Livre : Le Dr Jacques Batchy a présenté son ‘’Entre deux mondes‘’ à Paris

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‘’Entre deux mondes‘’ est le titre du livre autobiographique du Docteur Jacques Batchy, paru en avril 2014 et présenté le 25 janvier 2015, dans le cadre de la Première Semaine culturelle congolaise organisée par les Editions PAARi, au quartier latin, à Paris. En 137 pages et 11 chapitres, l’auteur passe en revue les grands moments privés et professionnels de son existence. A près de 74 ans (il les aura le 3 septembre prochain), l’ophtalmologiste a ressenti le besoin de parler de sa vie et de se dévoiler avec une certaine pudeur!

 

Le titre ’’Entre deux mondes’’ fait penser à la chanson ’’Le cul entre deux chaises’’ du groupe Bisso na Bisso. Comme la chanson, le livre parle, entre autres, de la difficulté d’être immigré africain en France, partagé entre le pays d’origine et le pays d’accueil, même avec des capacités reconnues d’intégration comme pour la cas du Docteur Jaques Batchy, ophtalmologiste, dont le cabinet est implanté à Franconville, dans le Val d’Oise, depuis des décen-nies. Position compliquée car, de part et d’autre, mal perçu et incompris: pas assez français pour la France et trop français pour l’Afrique.  L’ophtalmologiste est dans cette position inconfortable, depuis plusieurs années. ’’Par-delà le plaisir de rassembler des souvenirs lointains, de faire revivre mes parents, et de rendre hommage à une famille aimante, ces pages veulent faire partager l’expérience d’un Africain, qui, malgré des efforts d’adaptation couronnés de succès, a, souvent, vécu dans une position inconfortable’’, souligne-t-il. Pourtant, rien ne destinait le Docteur Jacques Batchy à être dans cette position, les aléas de la vie l’ont amené à revoir ses plans. A travers le récit, l’on découvre, progressivement, non seulement les causes de cette situation, mais aussi, les enseignements qu’il en a tiré!
Après une jeunesse difficile marquée par le divorce de ses parents et la maladie de sa sœur aînée, il avait pu obtenir une bourse pour étudier à l’Ecole Militaire de santé navale à Bordeaux où il arrive en 1961. Dans un environnement nouveau, il découvre la solitude, l’éloignement et le racisme. Mais,  ’’animé d’une farouche volonté de réussir, en dépit des obstacles’’, il tient le coup. Cette combativité lui vaudra le surnom de Bakl’ Mpanda (homme battant, combatif, intrépide ou téméraire, en langue vili). Le contact avec l’extérieur lui permet de voir les choses différemment. Ce qui n’est pas du goût de son employeur, l’Etat congolais.  
En 1977, dans la fougue de la trentaine, avec une certaine part de naïveté, il avait écrit une lettre à son ami, le président Marien Ngouabi,  ’’pour lui exprimer mon mé-contentement par rapport à sa politique qui ne favorisait pas le dévelop-pement du pays et qui conduirait les Congolais à l’affrontement’’! Cet acte courageux allait avoir des conséquences sur sa vie: il est rétrogradé de médecin-capitaine à soldat 2è classe. ’’Au fond, avec le recul, je crois que Marien Ngouabi, un homme idéaliste et honnête, était sous influence d’une clique rapace, incompétente et corrompue’’, peut-on lire, à la page 59.
Ne pouvant plus rentrer au pays, il n’avait pas d’autre choix que celui de s’installer, en ouvrant un cabinet. Ce fut très difficile! ’’Il fallait être courageux, patient et avoir confiance en ses capacités. Ma femme m’aidait et elle pleurait, lorsqu’elle voyait la salle d’attente vide’’, se souvient-il. On découvre, à travers le livre, que sa femme, Claudette, à qui le livre est dédié, est plus qu’une aide semblable, c’est son alter ego, elle est le pilier sur lequel le médecin s’est appuyé dans la vie, il ne fait rien sans elle. Lorsqu’elle dé-cède, en 2012, après 44 ans de vie commune, il interrompt, pendant deux ans, son projet d’écriture, avant de le relancer, l’année dernière. Il voulait témoigner, pour que les Congolais, les Africains et les générations futures qui vont étudier l’histoire du Congo se rendent compte qu’un certain Jacques Batchy a existé.
Dans ’’Entre deux mondes’’, le médecin aborde, aussi, les questions de l’éducation (écartelé entre les valeurs africaines et occidentales), la sorcellerie (l’incompréhension de l’Africain vivant en Occident face à certaines croyances) et l’immobilisme des Africains. Sur ce dernier point, il demande aux Africains de se secouer, afin de se libérer. ’’Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un nègre d’être libre’’, dit-il. Ici, il n’est pas question d’un emprisonnement physique, mais mental. Il conseille aussi aux jeunes Africains vivant en France de ’’ne pas attendre d’avoir un emploi de salarié, mais d’entreprendre. Ce n’est pas facile mais, il faut se lancer!’’ Il est bien placé pour le savoir, il a l’expérience à ce niveau et en dépit de toutes les difficultés qu’il a rencontrées, certaines liées au fait qu’il est Noir, il s’en est sorti. L’environnement est plus propice à cela que l’environnement africain! A ce titre, c’est un exemple à suivre.

Anthony MOUYOUNGUI


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