12 octobre 2003 – 12 octobre 2015 : Bientôt douze ans, disparaissait l’écrivain et homme politique Antoine Létembet-Ambily

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Dans la nuit du 12 au 13 octobre 2003, Antoine Letembet-Ambily, l’un des grands dramaturges congolais, nous quittait, laissant derrière lui un grand héritage dans le domaine des œuvres de l’esprit. Homme politique et écrivain à califourchon entre l’avant et l’après indépendance, Letembet-Ambily s’est fait remarquer par sa franchise politique et son œuvre littéraire. Né en décembre 1929 à Otségué, dans le Congo septentrional, Antoine Létembet-Ambily arrive à Brazzaville en 1936, pour ses études primaires et secondaires, chez les Pères du Saint-Esprit, de 1937 à 1944.

Il entre au Petit-séminaire de Mbamou, pour six ans d’humanités gréco-latines, de 1944 à 1950. Il fait ensuite deux ans d’études philosophiques au Grand-séminaire Libermann (1950-1952).
Ayant abandonné le chemin du sacerdoce, il embrasse une carrière de fonctionnaire. Il a travaillé à la mairie de Brazzaville, à la C.n.p.s (Caisse nationale de prévoyance sociale) et à la Division presse et information du Ministère des affaires étrangères. Il renoue avec les études supérieures deux décennies plus tard et découvre l’Université de Paris où il obtient une  licence, une maîtrise en théâtre (1973) et soutient un doctorat es lettres (1975).
Dans les fonctions administratives, Létembet-Ambily a occupé successivement les fonctions de conseiller économique et social à Bruxelles;  de directeur général des affaires culturelles (1977); conseiller culturel à l’Ambassade du Congo à Paris (1980); conseiller culturel  à l’Ambassade du Congo à Bonn (1983).
De retour au pays à la fin  des années 80, il est maître-assistant à l’Université Marien Ngouabi et en même temps, il poursuit ses activités politiques au M.c.d.d.i.
Côté politique justement, il a commencé au M.s.a (Mouvement socialiste africain) de Jacques Opangault, avant de jeter son dévolu sur l’U.d.d.ia (Union pour la défense des intérêts africains) du président Fulbert Youlou dont il a été le directeur de cabinet durant la période de l’indépendance, en 1960. Au début des années 90, il est avec Bernard Kolélas quand ce dernier crée le M.c.d.d.i et lui confie le poste de secrétaire général. Létembet-Ambily a été aussi député à l’assemblée nationale (1989), ministre de la culture dans le gouvernement de transition dirigé par André Milongo (1991-1992), sénateur et conseiller municipal de Brazzaville (1997).
Ecrivain de renom, il prit part à la rédaction de la revue «Liaison», qui fit le premier foyer de la littérature écrite congolaise, entre 1950 et 1959. On doit à Letembet-Ambily une grande partie de la littérature nationale, particulièrement au niveau de la dramaturgie. Son œuvre littéraire se focalise sur le politique et le social et ses thèmes favoris sont les relations humaines dans la société à travers la politique et la place de la femme dans l’univers des  hommes. Dans sa vie d’écrivain, il a presque embrassé tous les genres littéraires. En collaborant à la revue  «Liaison», grand carrefour des intellectuels de l’Afrique équatoriale française de 1950 à 1960, il se découvre dans un premier temps comme poète avec des textes tels que «Vox Africa», «Amour brisé»,  et «Ode aéfienne»  (néologisme à partir du sigle A.e.f) pour ne citer que ces quelques poèmes.
La puissance d’Antoine Létembet-Ambily s’extériorise après quelques secousses politiques aux côtés de Jacques Opangault  et Fulbert Youlou, avec lesquels il découvre les affres de la politique. Dans les années 60, le succès qu’obtient son cadet du monde littéraire, Guy Menga, avec «La marmite de Koka Mbala» et «L’Oracle» dans le cadre du théâtre interafricain, le pousse à se démarquer de ses compatriotes comme Patrice Lhoni, Maurice Battambica et Ferdinand Mouangassa.
Sa première pièce, «L’Europe inculpée», obtient, en 1969, le Grand-Prix du théâtre interafricain de l’O.r.t.f, prix déjà décerné à Guy Menga en 1968, avec «La marmite de Koka-Mbala» et «L’Oracle». L’Europe inculpée ouvre grandement la porte du Congo au théâtre qui mettra en exergue, quelques années plus tard, d’autres dramaturges comme Maxime Ndébéka, Sylvain Mbemba et le phénoménal Sony Labou Tansi. «L’Europe inculpée» apparaît comme un baume dans les spéculations anticolonialistes de l’époque.  Et devant la volonté de puissance  des peuples africains, l’auteur appelle de tous ses vœux l’entente et l’amour qui doivent régner sur tous les continents. Sur la thématique politique, on lui doit aussi «Le roi déchu» (1964), «Les Aryennes» (1977) et une pièce sur la vie de Barthélémy Boganda, ancien président centrafricain.
Létembet-Ambily a réfléchi aussi sur la place de la femme dans la société. Dans une amalgame de tensions sur fond d’amour, d’infidélité et de divorce, il réalise une pièce de théâtre qui évolue en dents de scie et qui se termine contre toute attente, par une scène  de réconciliation entre Ngala, l’infidèle, et son mari Bakala. Pour n’avoir pas châtié Ngala à cause de son infidélité, Létembet-Ambily met en relief la puissance de la femme dans la société (congolaise?). Pour l’auteur, la femme représente, malgré ses faiblesses, une entité émotionnelle qu’il faut sauvegarder. Elle ne lui échappe pas quand il s’intéresse au roman. En 1994, Antoine Létembet-Ambily publie son premier roman intitulé «La femme d’espoir» qui vient corriger «La femme  infidèle». Roman anticolonial, «La femme d’espoir», qui a pour héroïne principale Gnamvoua, se définit comme roman de la dignité féminine où l’écriture poétique de l’auteur étonne le lecteur habitué de le lire sur le plan de sa dramaturgique.

Christo BOTEV

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