PR LUPWISHI MBUYAMBA, PRÉSIDENT DU CONSEIL AFRICAIN DE LA MUSIQUE (CAM) : Une bibliothèque musicale panafricaine à Brazzaville!

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Implanter la Bibliothèque musicale panafricaine à Brazzaville. Tel est le projet que veut voir se réaliser le Conseil africain de la musique (CAM). Le président de cette institution, le Pr Lupwishi Mbuyamba, nous a accordé une interview exclusive dans laquelle il parle de ce projet novateur.

 

*Professeur, quel est l’objet de votre visite à Brazzaville?
** Le CAM a son siège à Brazzaville. Il est normal que le président de ce Conseil, de façon régulière, visite le Secrétariat, et, en principe, je viens travailler, en moyenne, une semaine ou dix jours à Brazzaville, tous les six mois. Là, je suis venu pour voir l’évolution de la mise en œuvre des programmes qui avaient été décidés, mais en même temps, examiner la faisabilité de certains projets importants dont celui de la Bibliothèque musicale panafricaine. Mais en même temps, évidemment, comme il y a des événements musicaux importants comme le 70e anniversaire du Conseil international de la musique, qui est notre maison-mère, nous avons pensé qu’il fallait mobiliser, re-conscientiser les musiciens, les membres du CAM et du CIM à l’événement, pour que nous puissions, à cette occasion, renforcer ce que nous faisons déjà, dans le cadre de la promotion musicale africaine.

* A propos de la Bibliothèque musicale panafricaine, justement, quelle est votre sentiment, en tant que président du CAM et Congolais, sur le choix de Brazzaville?
** Depuis 2013, le CAM a un accord de siège avec la République du Congo. Ensuite, cette ville, au lendemain même de la décision de solliciter l’accord du pays pour installer le siège du CAM, le dossier de la ville de Brazzaville, comme ville créative était sur la table de l’UNESCO. Et les différentes consultations ont conduit à la décision de proclamer Brazzaville ville créative de l’UNESCO dans la catégorie musique. Parce qu’il y a le FESPAM, créé à l’initiative de l’Union Africaine, mais également parce qu’il y a toutes ces activités musicales dans le pays qui ne  laissent pas indifférent. Moi-même, bien avant la création du FESPAM, je suis venu dans cette ville plusieurs fois, à l’invitation soit du ministre de la Culture lui-même ou des collègues, participer au lancement, entre autres, du festival qui s’appelait Festi Musique, que nous avons célébré ici, au Ciné Vog, il y a longtemps. Déjà, à ce moment-là, on avait perçu qu’il y avait dans cette ville, non seulement la volonté et la vocation ou les prédispositions pour une telle œuvre, qu’il y avait là à compter sur une organisation qui allait marcher.

*Vous avez rencontré certaines autorités congolaises à propos de ce projet, que vous ont-elles dit?
**Le projet de la bibliothèque, nous en parlons depuis quelques temps déjà. J’avais exprimé ce souhait, avec un document, à Monsieur le maire de la ville, il y a deux ans. J’ai signalé au ministre de la Culture (ndlr: Dieudonné Moyongo), au moment où il entrait en fonction que j’en avais dit un mot à son prédécesseur (ndlr: Jean-Claude Gakosso). Et là maintenant, à l’occasion de cette visite, on a revu le ministre de la Culture. Avec tout son staff, nous avons examiné la question pendant une heure de discussion. Et nous pensons que nous sommes sur la même longueur d’ondes. Le ministre a exprimé le souhait que ce projet puisse réussir et s’est engagé à ce que le cadre de l’expression de ce projet, le cadre de la mise en œuvre de la structure matérielle, physique et la facilitation des autres aspects de l’alimentation de la bibliothèque, que tout cela fasse partie de sa préoccupation. Au moment où on se séparait, on s’est dit, nous sommes ensemble, on va se battre pour que ça réussisse. Maintenant, nous sommes au niveau technique, il faut remonter la pente, aller plus haut pour que l’autorité centrale puisse également être d’abord largement informée, sans doute sensibilisée, qu’une décision puisse permettre à l’ensemble de la communauté nationale, d’abord, de voir que c’est un projet non seulement prometteur, sur le plan politique, culturel, diplomatique, mais c’est un projet prometteur sur le plan économique; c’est un projet de rassemblement de tout ce qui s’intéresse à la musique: chercheurs, créateurs, compositeurs, chanteurs, instrumentistes, mais également les personnes intéressées par les questions de développement, le domaine de l’esprit.

*De quoi sera constituée cette bibliothèque?
**De tous les aspects de la promotion musicale: les écrits, les partitions, les compositions, les enregistrements, tous les supports, y compris les nouvelles technologies dont nous avons longuement parlé et qui sont incontournables dans la promotion et même dans la création. Il y aura l’aspect bibliothèque classique, mais également les aspects d’animation qui seront privilégiés. En même temps, les études, la recherche occuperont une place importante. Et, à terme, c’est le rendez-vous du continent pour la musique qui sera renforcé, qui est déjà amorcé par l’existence ici du FESPAM et du CAM. Mais avec la bibliothèque musicale, les chercheurs, créateurs, promoteurs vont se donner rendez-vous ici à Brazzaville. Ça, c’est notre ambition.

*Qui financera la construction de cette bibliothèque?
**Tout le monde, toutes les bonnes volontés. Nous pensons aux pays, aux bonnes volontés professionnelles, techniques, aux institutions. Nous pensons également à la coopération, et aux bonnes volontés de la société civile professionnelle. Vous avez dans le pays des hommes d’affaires, des promoteurs, des professionnels qui sont capables d’intervenir. On ne peut pas ne compter que sur l’Etat, qui a un domaine dans lequel il a la primauté de la décision. Mais au-delà des interventions de l’Etat, il peut indiquer un bâtiment, les autres interviendront pour le réhabiliter. Et ces autres, ils sont dans le pays, ils sont en Afrique, ils sont dans le monde.  

*Existe-t-il une évaluation sur le coût du projet, notamment sa construction?
** Construction, le mot est fort, disons plutôt aménagement. Il existe une estimation du début de la préparation. Nous voulons que pendant les deux années qui viennent, nous puissions arriver à la construction, avec les techniciens du bâtiment, les techniciens du patrimoine, à un budget réel, un budget banquable.

*Il y a un grand événement qui pointe à l’horizon, l’anniversaire du CIM. Pouvez-vous nous en dire un mot?
**Le CIM, créé à l’initiative de l’UNESCO, en 1949, a 70 ans, en 2019. Il y a donc une célébration haute en couleurs qui est en préparation à Paris, où il siège, depuis sa création, à l’UNESCO même. Mais les manifestations se dérouleront au-delà des bâtiments du siège de l’UNESCO. Le monde entier se donne rendez-vous. Il y aura les assemblées administratives des cinq continents. Mais il y aura ensuite le 6e Forum mondial du Conseil international de la musique dont le sujet principal portera sur les droits de la musique, des cinq droits de la musique qui sont les plus importants.

Propos recueillis par
Véran Carrhol YANGA                

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