Vient de paraître : «La ‘’cybermigration maritale’’ des femmes camerounaises»

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Tel est le titre de l’ouvrage que vient de publier, aux Editions L’Harmattan-Cameroun, Brice Arsène Mankou. Ce livre de 176 pages est une véritable étude sociologique de la problématique des femmes africaines, en général, et camerounaises, en particulier, à l’ère de la mondialisation. La présentation de cette œuvre a eu lieu, le 2 avril dernier, à Yaoundé, au Cameroun. Pour Brice Arsène Mankou, la cybermigration maritale se définit comme «Une forme de mobilité d’un genre nouveau qui place la femme au cœur des défis du XXIème siècle (p.17).

Cette mobilité se noue grâce aux T.i.c (Technologies de l’information et de la communication) et dans les cybercafés de Yaoundé.
Faisant une ethnographie de ces lieux mythiques de rencontres de la femme camerounaise et du conjoint blanc, le sociologue décrit ces lieux dans sa dimension spatio-temporelle. La ville de Yaoundé, constate l’auteur, présente deux lieux mythiques: les cybercafés et les bars-dancing. La quête du conjoint blanc à tout prix par les Camerounaises montre que l’ouvrage sociologique extrait de la thèse de Brice Arsène Mankou est une nouvelle piste de recherche sur une forme de mobilité féminine inédite de la migration mondialisée. C’est, par conséquent, un ouvrage dont l’actualité est retentissante, quand on sait que les femmes camerounaises n’émigrent plus grâce aux regroupements familiaux, mais aussi de façon indépendante, en choisissant des conjoints blancs capables de les épouser, de les faire sortir du Cameroun.
Cet ouvrage pose, clairement, les rapports entre les femmes camerounaises en quête d’immigration et les conjoints blancs en recherche de seconde vie auprès de jeunes femmes camerounaises.  
Les questions sociologiques soulevées dans cet ouvrage vont au-delà de simples aspects anecdotiques, pour ouvrir un champ nouveau de la sociologie contemporaine. La cybermigration maritale est, donc, un des moyens plus sûrs de migrer sans trop de difficultés. Dans un pays où les cybercafés sont ouverts, dans la quasi-totalité des quartiers de Yaoundé, cet ouvrage est très éclairant sur un phénomène qui touche une famille sur deux.
Cet ouvrage a su oublier les faits de société et les problématiques contemporaines des femmes camerounaises. Ces femmes qui ont vu, dans l’outil Internet, un formidable moyen de migrer en contournant les dispositions drastiques des demandes de visas Schengen imposées par la France et les autres pays européens.
L’auteur, qui connaît bien le Cameroun, pour y avoir enseigné et fait une partie de ses études secondaires, a choisi de consacrer une thèse sur la cybermigration maritale qui est un néologisme forgé par l’auteur, lui-même, pour sortir des sentiers battus.
Le cas du Cameroun qu’il a choisi comme terrain, n’est qu’une illustration d’un phénomène de société qui est entretenu et auto-entretenu par ce que Bourdieu appelait «le bal des célibataires» qui ont inventé mille «manières d’inventer leur quotidien à travers Internet». Michel de Certeau, dans son ouvrage, ‘’L’invention du quotidien’’ ne dit pas le contraire.
Brice Arsène Mankou s’inscrit, par conséquent, dans la lignée des sociologues contemporains qui abordent les questions de société avec le contexte qui est le leur. Ce contexte est bien celui de la mondialisation des peuples qui dépassent les identités nationales.
La cybermigration maritale des femmes camerounaises est l’une des formes contemporaines de la migration économique. Derrière la réalité de la misère et de la pauvreté des femmes camerounaises se cachent l’envie de s’en sortir, le goût de l’aventure et l’esprit de débrouillardise. Ces migrations, quoique matrimoniales, n’ont qu’un objectif: fuir la pauvreté pour accéder au mode de vie européen dont l’image est transmise par les médias (télévision, radio et Internet) et qui alimente une sorte d’imaginaire migratoire.
Signalons que Brice Arsène Mankou est docteur en sociologie de l’université de Lille-1. Chercheur associé au Clersé 8019, UMR du CNRS, il enseigne la sociologie à l’Université du Littoral, Côte d’Opale, de Dunkerque et à l’ISCID-Co. Ses recherches sociologiques portent sur les dynamiques migratoires féminines en Afrique centrale et la sociologie de la jeunesse, du sport, de l’éducation et des loisirs. Membre de l’A.f.s (Association française de sociologie), il fait partie du comité scientifique de l’université catholique de Bertoua (Cameroun) et de celui de l’université internationale de Brazzaville (Congo). Il a, déjà, plus d’un ouvrage dans sa valise livresque, notamment «Pour une France multicolore» (Editions  Cultures croisées), paru en 2005.

Espérancia MBOSSA-OKANDZE

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