Il y a toujours un réveil, mais il faut y travailler

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L’Etat est à genou. Il n’arrive plus à assurer le fonctionnement régulier de ses différents services. La crise économique et financière sévit, particulièrement, dans les pays exportateurs de pétrole de la Cemac (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale) (Congo-Brazzaville, Guinée Equatoriale, Gabon et Tchad), dont les économies, portées par un prix du baril de pétrole au-delà de cent dollars pendant une décennie (2004-2014), n’ont pas créé les conditions de la diversification de leurs productions.

Les dirigeants de ces pays avaient oublié que les prix du pétrole ont un caractère volatile, qui devrait obliger à développer une politique économique prudente reposant sur une diversification de l’économie.

Autrement, quand on se laisse emporter par l’euphorie de l’argent du pétrole, le piège finit toujours par arriver. En janvier 2016, Roger Ndokolo lançait l’alerte dans La Semaine Africaine, en écrivant: «Quand le brut se vend bien sur le marché international, le Congo engrange, dans l’euphorie, une généreuse manne et tous les indicateurs sont au vert: les caisses de l’Etat se remplissent à ras-le-bol et la croissance prend de l’envol vers des hauteurs inespérées. Le retour de la manivelle est souvent aussi brutal que l’envolée. Il suffit qu’une conjoncture morose contracte, peu ou prou, les prix de ce produit-miracle, il suffit que les cours mondiaux se dégradent, pour que les mêmes indicateurs tournent au rouge. Les finances publiques et les secteurs d’activités qu’elles irriguent, directement ou indirectement, deviennent, soudain, une équation plus ou moins difficile à résoudre. Et le spectre d’un endettement systémique réapparaît en grimaçant». Il nous renvoyait alors à la sagesse ou à l’esprit de prévoyance de la fourmi, dans la célèbre fable de La Fontaine. Mais, trop tard!
«Il faut travailler résolument à la diversification de l’économie congolaise», suggère-t-il ensuite. Là, il avait bien vu. Mais, la réalité est toute triste: «Entreprendre au Congo équivaut à un terrible parcours du combattant». Les commerçants et autres opérateurs économiques sont là pour en témoigner. Au fait, la diversification de l’économie congolaise est là! Sauf que dans notre pays, les gens entreprennent dans l’informel plutôt que dans le formel. Les obstacles administratifs combinés à la mentalité des fonctionnaires à «plumer» ceux qui entreprennent condamnent à la faillite ceux qui se lancent dans le formel. Or, l’informel, c’est ce qui échappe au contrôle de l’administration. Dans son ouvrage «L’unité de production informelle et la comptabilité: expérience du Congo», publié l’année dernière, Victorine Rachel Taty démontre les maux qui minent l’émergence de la diversification économique dans notre pays. «Si, dans le cas du secteur privé formel et parapublic, l’on remarque une insuffisance des pratiques en matière de comptabilité et d’audit financier, avec pour corollaire l’absence de transparence financière, le secteur informel, quant à lui, se caractérise par l’absence totale de statistiques, qui obère les comptes nationaux», dit-elle dans une interview à La Semaine Africaine, au mois de juin 2016. L’Etat doit organiser, faciliter et rendre transparent le monde des affaires, pour qu’il prélève proprement ce qui lui est dû.
Dans une interview qui paraît dans les colonnes de cette même édition, le Dr Kitsoro Firmin Kinzounza signale que l’Etat congolais fait de grands manques à gagner, en matière de recettes fiscales, avec les «redressements fiscaux classés sans suite, après interventions intempestives des autorités politico-administratives, et les exonérations fiscales». Quand on sait que les manques à gagner en recettes fiscales représentent plus de mille milliards de francs Cfa par année, il y a lieu de croire que le pays aurait pu s’en sortir, malgré la chute du prix du baril de pétrole. C’est pourquoi la Banque mondiale constate, dans son récent rapport, que les pays exportateurs de pétrole de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), sont aujourd’hui confrontés à de sérieuses difficultés économiques, après la chute du prix du baril de pétrole. Pour s’en relever, il n’y a pas d’autre miracle que de mettre en œuvre la rupture, la vérité et la rigueur prônées par le Chef de l’Etat. C’est là où l’on attend les gouvernants, car, Il y a toujours un réveil, mais il faut y travailler.

Joachim MBANZA

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