La prochaine crise

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Nous sommes immergés dans une crise dont le commentateur de la rue dit qu’elle est la plus sévère. Normal: telle est la conclusion classique  de tous ceux qui, sans voir la rive, pensent que le fleuve dans lequel ils se noient a les dimensions de l’océan. Pourtant il n’y a pas de doute: le pays est bien en souffrance. Mais il s’agit d’avoir le recul historique suffisant pour rappeler que le Congo a déjà connu des crises sévères qui, à l’époque, étaient déjà vécues comme les pires de son Histoire.

Des tronçons de route laissés plusieurs mois en jachère ; des grues rouillées sur des chantiers inachevés; des avancements sans effets financiers ou même de longs mois de  non-renversement des retraites; des hôpitaux où l’aspirine qui n’était déjà pas gratuite devient rare; de beaux projets infrastructurels ou sociaux déguerpis du jour au lendemain par des coopérants étrangers ayant humé l’odeur de la fin; des Plans d’ajustement structurel (PAS) déboulonnant les plus établies des positions de rente : tout cela, c’est du déjà-vu. La cruauté du moment est seulement dans le fait que ceux qui avaient vécu ces temps-là croyaient ne les avoir vécus que pour eux. Pas pour leurs enfants, devenus nettoyeurs de WC aujourd’hui avec une licence en mathématique, ou chauffeur de taxi avec un master d’informatique en poche ! De là, la question: doit-on penser à la prochaine crise après celle-ci? Sommes-nous appelés à vivre, pour la troisième fois, une panne aussi dévastatrice? Si oui : que pouvons-nous faire aujourd’hui qui pourrait empêcher ce demain? La réponse n’est ni unique ni simple. Mais sans doute devrions-nous apprendre, dès aujourd’hui, à ne pas nous en tenir à la méthode Coué. A faire la cigale quand nous pouvons faire la fourmi. Et donc commencer par sortir de la crise actuelle pour envisager le pire possible de demain. Au concret: il nous faut tirer les enseignements des temps fastes pour ne pas avoir à reproduire les mêmes approximations en temps de disette. Pas simple, mais pas impossible.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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