Peu importe

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Finalement, peu importe que les séquences ne se suivent pas dans l’ordre annoncé: au Pool, les choses bougent enfin. Nous en sommes aux premiers gestes annonciateurs d’une volonté partagée de paix. Peu importe donc que les choses se déroulent sous la contrainte et la pression d’une crise économique qui engage tous les secteurs de la réalité nationale: même obtenue aux forceps, une paix est toujours préférable à la guerre.

Surtout si celle-ci, dans son absurdité absolue, est menée par des acteurs qui ne savent pas où ils vont, quels résultats ils espèrent, quelle cause ils poursuivent, pour le bénéfice de quel peuple. Peu importe même si une justice quelconque sera possible dans cette aventure insensée : justice pour les trop nombreuses morts infligées (et donc pour tout ce que cela suppose de familles endeuillées), pour des populations civiles prises en otage et conduites à la pauvreté extrême par la violence de ceux qui ont commencé et de ceux qui ont réprimé. Peu importe si un jour nous saurons la vérité sur les commanditaires et leurs comparses. Peu importe que l’on ait du mal à qualifier cette issue de victoire construite par quelqu’un. Peu importe que sur cette attaque des quartiers sud le 4 avril 2016, démarrage apparent de tout, il reste dans l’opinion plus de doutes que de certitudes…
Cela fait beaucoup de zones d’ombres, de malentendus à dissiper ; de «peu importe» à aligner: mais la paix suppose aussi l’effort à passer par des étapes où ce qui est imparfait, inachevé, injuste même, doit concourir au résultat d’apaisement final. Nous n’irons pas à la paix en costume-cravate; il nous faudra faire place à ceux qui viendront au bal en haillons, en se pavanant et se proclamant héros d’une cause mal définie. Que voulaient-ils:  faire tomber un régime, réclamer un plus de démocratie, la reprise d’élections ou l’annulation de celles contestées? La paix nous trouve dans la situation du moment; nous devons la faire vivre et la maintenir entre gens qui se regardaient hier en ennemis et appelés aujourd’hui à collaborer, même sourires forcés aux lèvres.
Pour ce faire, il s’agit de la faire passer au rang de cause nationale, de cause supérieure. Pas la paix au Pool ou, pire, la paix du Pool seulement, mais la paix du Congo. Car c’est à toute une nation que cette paix-là devrait parler. Et cela, même s’il est rageant de constater qu’on aurait pu parvenir à ces résultats sans cette parenthèse d’une longue année de sang inutile. Peu importe !

Albert S. MIANZOUKOUTA

Informations supplémentaires