Nous (nous) jugeons

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Avec les audiences du général Jean-Marie Michel Mokoko, s’ouvrent une série de procès qui vont tenir la Nation en haleine. Des hauts commis de l’Etat, des proches collaborateurs du Chef de l’Etat, des décideurs hier du sort de notre pays sont à la barre. Ils sont appelés à répondre de méfaits que l’opinion apprendra par elle-même à juger. Le tribunal va siéger à charge et à décharge. C’est-à-dire que les pour et les contre vont s’entrecroiser au prétoire et nous donner à voir les écarts de conduite de hauts fonctionnaires, hier tout-puissants, et aujourd’hui prenant l’opinion à témoin pour la validation de leur innocence.


En face, l’Etat va s’employer à les dépeindre pire qu’ils n’étaient, broyer leurs prétentions et nous préparer aux verdicts qui fatalement seront prononcés. A voir les premières audiences ouvertes lundi, on reste perplexes. Le général Moukoko, dans le peu de parole qu’il nous a donné à entendre, soutient que les charges contre lui sont surfaites; que l’interprétation des faits qui lui sont reprochés est marquée du sceau de la distorsion volontaire.
L’enjeu de ces joutes oratoires, pour ou contre, ne nous conduira sans doute pas à cerner la vérité. Et d’ailleurs laquelle ? Des hauts fonctionnaires interpelés, passant à la barre, acceptant ou non de parler, sont indicateurs d’un fait: il nous faudra user d’imagination pour combler les lacunes qui fatalement se feront jour. Procès pas politiques ? Voire! Dans des procès qui voient défiler à la barre d’anciens plénipotentiaires, il n’est pas facile de délimiter au scalpel fin là où commence le citoyen, justiciable sans épithète, et là où s’arrête le politique. Surtout si les faits révélés ou reprochés ont tous la singulière particularité d’avoir été commis en un instant politiquement marqué de notre pays !
Les procès qui s’ouvrent ne seront peut-être pas politiques, c’est ainsi que veulent les présenter… les politiques. Mais, à coup sûr, leurs conclusions seront éminemment politiques. En ce qu’elles devront garantir la paix et la stabilité et non pas nous fournir le énième prétexte politique pour nous jeter de nouveau à la gorge les uns des autres. La justice est un jeu d’équilibre à trouver, toujours, entre victimes et violateurs. Pour ce que représentent tous ces procès retentissants, l’équilibre ne sera que là où la Nation trouvera son compte. C’est-à-dire empêcher les déchirements qui nous valent les tombes encore fraîches de nos cimetières.


Albert S. MIANZOUKOUTA

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