Ntumi la paix, Ntumi la guerre

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Il y en a qui appuient sur l’accélérateur et d’autres qui s’arcboutent sur les freins dans la crise du Pool. La paix est le nouveau leitmotiv dans la bouche de tous. Rebelles d’hier comme forces gouvernementales n’ont plus que ce mot-là à la bouche. Le Pool doit revivre. Et toutes les entraves qui l’ont réduit à un amas de paillasses ayant survécu aux feux des vandales doivent disparaître. C’est une volonté affichée par tous. Tous, absolument, la main sur le cœur jurent qu’ils n’ont jamais été que des serviteurs de la paix, des promoteurs de paix, des artisans de paix. La ficelle est grosse?


Peu importe; elle réussit à convaincre ceux-là même qui la déroulent. Les ex-belligérants  Ninjas se feraient donner la communion sans  confession aujourd’hui, tellement ils brûlent de la passion nouvelle de faire la guerre à la guerre. Mais, qui donc hier parlait de renverser un pouvoir qu’ils vénèrent aujourd’hui, d’établir un ordre nouveau qui prend désormais les aspects d’une réclamation bruyante de privilèges?
Mais cette affaire n’en est pas à une contradiction près. Car, même dans le camp gouvernemental où l’on multiplie les trémolos, chaque saut de joie cache mal les gros points d’interrogation qui demeurent. L’accord de cessation des hostilités signé à Kinkala, en décembre, était assorti d’une clause de remise de tous ses droits au guru Frédéric Bintsamou, dit «Pasteur Ntumi». Dans la doucette et innocente euphorie de ceux qui voulaient entamer la nouvelle année avec des feux de joie et des hourras, cette clause semblait aller de soi.
Sauf que retirer tout mandat d’arrêt sur la tête de Ntumi; lui redonner le droit de circuler dans toute la République, c’est lui rendre les allumettes avec lesquelles il va rejouer demain. L’homme est coutumier de toutes les volte-faces les plus acrobatiques, les reniements les plus abscons, des va-et-vient de pensée qui lui ont permis de prendre sa propre région en otage. Sans émoi. Et de se présenter aujourd’hui à la soupe de la paix, en se présentant comme le faiseur des sérénités. Qui ne doit être ni jugé, ni condamné, au nom de la paix. Sa paix à lui où les blessures doivent être placées sous plâtre, les tombes de ses victimes militaires et civiles passées sous le rouleau compresseur de l’histoire qui ne tolère plus le moindre gémissement tant que lui ou ses mandants ne l’auront pas décidé ainsi. Et l’histoire se répétera; et la justice attendra.
Au moment où se déroulent des procès retentissants à Brazzaville, mettant en exergue les manquements au devoir de généraux plus ou moins épais de notre armée, Ntumi fait office d’officier d’opérette qui reçoit des égards de roitelet. Qui se remettra en scène demain pour tourmenter les civils au nom d’un idéal que jusqu’ici personne n’a réussi à cerner. Au temps où les mots avaient leur sens, le banditisme n’avait pas d’autre synonyme.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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