Coupe du monde, et après?

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Plus que quelques heures et le monde apprendra le nom du champion du monde de football 2018 à l’issue de la rencontre de ce 15 juillet France-Croatie (ou Croatie-France, c’est selon). La rue congolaise est en ébullition, et les paris ne donnent à vrai dire aucune chance à la Croatie de ce côté-ci de la Planète. Pays peu connu sous nos latitudes, indépendant depuis quelques années seulement, c’est à peine si le Congolais se souvient que la Croatie et la Yougoslavie ne faisaient qu’une; que l’une est née parce que l’autre a disparu. Trop compliqué, on préfère se concentrer sur le match!


Les bars de projection publique du match, bien commodes dans les quartiers soumis aux impitoyables délestages, donnent à voir des Congolais résolument acquis à la cause des Français, ne se donnant pas même une minute de remise en cause. Pourtant, un match de football, les Congolais le savent, c’est 90 minutes en principe et 22 joueurs sur le terrain qui, en finale, se séparent sur la victoire obligée de l’une des deux équipes. A Pointe-Noire et à Brazzaville, il ne vient à l’idée de personne que la compétition qui s’achève ce 15 juillet en Russie est de celles qui ont vu le renversement de bien des certitudes. Mais, soyons justes: le Congolais a épousé la cause française, on n’en parle plus!
La Coupe du monde de football va donc s’achever. Et lundi bonjour la gueule de bois! Pendant un mois, ce spectacle aura servi d’exutoire à notre jeunesse. Dans les rues et les transports, on a pu entendre les commentaires les plus passionnés au lendemain d’une rencontre. Les dribbles les plus époustouflants, les passes les plus précises, les coupes de cheveux les plus abracadabrantes et les scores les plus larges ou les plus soufferts ont été disséqués par de grands connaisseurs aux (deux) bords du fleuve Congo. On a vibré, on a éclusé de la bière en masse, puis tout va retomber dans un flop de lendemains d’illusions.
Un exutoire va éteindre ses lampions et nous allons retourner à notre ennui – nos ennuis - de toujours. Le délestage va nous apparaître plus injuste désormais, le silence du robinet d’eau plus assourdissant et les fins de mois se rappelleront au bon souvenir de tous avec plus de difficulté encore. On n’a plus parlé du FMI et de la Banque mondiale pendant tout le temps d’une compétition elle aussi mondiale. C’est à se demander s’il ne nous faut pas vivre tout le temps en Coupe du monde! Parce que, de nous évader de notre condition le temps de compétitions lointaines, ne vaut rien si l’on doit se retrouver avec le mur du voisin encore plus décrépi et les nuits de quartier toujours animées par les sempiternelles veillées mortuaires, toujours aussi tristes.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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