Un énième dialogue national ?

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Des membres de la classe politique, généralement de l’opposition, réclament la tenue d’un dialogue national pour sortir de la crise dans laquelle nous sommes plongés. Le dialogue, nous nous empressons de le souligner, est une vertu. En user éloigne assurément de la tentation à recourir à la violence. Il met en relation pacifique des parties animées de la commune volonté d’arriver à un point d’accord.

Et pour un journal catholique comme La Semaine Africaine, il serait incongru de rejeter le dialogue comme mode de résolution des crises: le Christ en personne nous en donne la mission. Il nous fait même l’obligation de pardonner «jusqu’à soixante-dix fois sept fois» (Matthieu 18. 21-22), étant entendu que le pardon qui peut sanctionner un dialogue politique réussi est une valeur ajoutée.
Donc, le dialogue en soi ne devrait pas faire de mal à une Nation congolaise tellement écartelée. Mais, aussi, tellement pauvre que toute possibilité d’enrichissement ou d’amélioration d’un ordinaire de misère voit accourir une meute avide. Or, les dialogues et concertations politiques congolaises ont donné à voir jusqu’ici une sortie énorme de deniers publics, portés par malles jusqu’aux participants qui ont joué du coude pour en être. En 1991, il en fut ainsi : nous avons créé des partis et des associations de toute nature pour la seule raison de figurer sur la liste des bénéficiaires d’un per diem conséquent. Il en fut ainsi à Dolisie et Ewo. Il en a été ainsi à Sibiti, en 2015, où on se rappelle avec nostalgie le bon temps, celui du dialogue délocalisé dans la Lékoumou, et donc des avantages financiers.
Mais avons-nous pu résoudre les problèmes et avancer sur la voie de la démocratie que tous appelons de nos vœux? La demande à cor et à cri de la tenue d’un énième dialogue national est-elle signe que nous voulons ne plus recourir aux moyens de violence pour nous expliquer, ou l’aveu que, jusqu’ici, nous n’avons pu rien obtenir ni concéder? Depuis 1991, combien de morts politiques? Combien de résolutions de crises aussi par la tenue d’un forum dispendieux? Combien de dialogues qui se soient achevés par l’établissement unanime d’un diagnostic et la recommandation tout aussi unanime d’une thérapie?
Tirons les leçons du récent passé et gagnons du temps sur l’Histoire. Ou alors proposons la tenue de dialogues nationaux orignaux ! Par exemple, en renonçant que les participants y soient à la charge de l’Etat. Ou, au contraire, qu’ils soient financés à parts égales par les partis politiques eux-mêmes. Et que les formations qui y participent soient disqualifiées pour les prochaines échéances électorales en cas de violation de charte. Ou que le Dialogue politique national devienne une institution à consulter à date régulière, avec des membres choisis et représentatifs de toutes les sensibilités.
Et même, pourquoi pas, une commission de suivi qui se composerait d’hommes et femmes au-dessus des partis pour une fois choisis sur une base pluraliste réelle. Et non pas cooptés suivant des affinités qui feraient s’aligner des casquettes en apparence différentes, mais en réalité des émanations ou porte voix des écuries déjà en présence au Parlement. Des caméléons. Une telle utopie, je le sais, n’a pas de chance de se réaliser. A bien voir, il est à se demander si elle serait même souhaitable. Donc, si nous ne pouvons tirer d’un dialogue national les raisons du mieux-vivre de demain, l’idéal ne serait-il pas d’y renoncer et d’éviter une nouvelle source de chamailleries ainsi qu’une saignée de nos finances mal en point?

Albert S. MIANZOUKOUTA  

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