Un mois déjà

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Un mois s’écoule et nous sommes toujours remplis de l’espérance que tous nos problèmes vont trouver leurs solutions idéales l’instant d’après. Nous sommes en 2019; l’an dernier, nous étions en 2018, aurait dit Lapalisse. La différence n’est pas dans le chiffre, mais dans la perspective d’une vie meilleure au fur et à mesure que les jours passent. Et qu’ils se transforment en une uniformité de rêves auxquels on ne veut même plus croire, à peine formulés ou à peine entendus.


Nous sommes toujours dans l‘attente de la signature d’un accord-programme avec le FMI. Nous l’avions espéré pour avril de l’an dernier, puis juin, puis décembre. Fataliste, le Congolais hausse les épaules et se met à boucher les trous de la rue devant chez lui. «Bof !, vous y croyez encore, vous?». Les promesses de toutes parts, du Gouvernement comme de l’opposition qui feint de croire qu’elle n’est pour rien dans la faillite générale, ont eu comme un air de déjà entendu. Nous vivrions plus vertueusement, si l’opposition était aux affaires, nous dit-on. Pourtant, aucun des opposants de gros calibre d’aujourd’hui ne s’est illustré par plus de sérieux hier «aux affaires» !
Nous vivons mal aujourd’hui parce que nous vivrons mieux demain, nous dit le Gouvernement ; c’est juste une mauvaise passe qui finira par être derrière nous. Sous l’air du vivre mieux demain, nous savons à quoi ne pas nous attendre. Parce que c’est un air déjà entendu en d’autres temps dans notre pays et qui ne s’est jamais traduit par du palpable dans le panier de la ménagère. Sinon, on n’en serait pas là !
Nous avons déjà consommé un mois de l’année 2019, et nous en sommes encore à nous demander quand, véritablement, la lutte contre la corruption se déclenchera. Et quand, donc, les gros poissons dénoncés par le président prendront leur place visible dans la nasse  de la Justice. Quand la lutte contre la corruption, antivaleur unanimement décriée par l’Eglise et l’Etat, deviendra un mot d’ordre traduisible en actes. Car, jusqu’ici, la petite corruption ordinaire, celle qu’on subit au coin de la rue; ou à  l’hôpital et à la mairie est toujours là. Inébranlable.
Nous en avons même fait un élément indispensable du décor administratif congolais. Pas moyen de faire un pas sans qu’on ne soit amené à «se faire gratter» par un agent, un fonctionnaire, un assermenté: tel est l’usage. Pas moyen de faire aboutir une cause juste dans la gratuité. Et comme par définition les causes non-justes mettent plus de moyens à faire pencher la balance vers elles, entre les deux causes, la différence se déclinera en billets de banque.  
Mouliner les concepts contre la corruption ne servira à rien tant que la volonté de bien faire n’épousera pas la ferme détermination à changer. Tant qu’il s’agira, seulement, de répondre aux injonctions du FMI, nous retomberons dans les mêmes travers qui  nous font raconter les épisodes de détournements de fonds aussi légèrement qu’une fable de grand-mère. Il a volé? 50 millions, seulement? Les lois les plus sévères ont leurs limites, parce que la loi s’applique pour un ennemi ou un faible mais s’interprètera toujours pour les amis. Les commissions de lutte contre la corruption ne vaudront que ce que valent les hommes qui les animent.

Albert S. MIANZOUKOUTA