Devoirs de solidarité

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Il est heureux de constater que la solidarité africaine peut donner, de temps en temps, des signes de vie. C’est comme une prise de conscience nouvelle des Etats africains face à leurs devoirs de solidarité. Car dans les crises que nous connaissons, les guerres des pauvres que nous nous livrons, la sagesse du pompier qui vient de loin n’est pas toujours le réflexe sage qu’on prétend. Si les porteurs d’allumettes sont les Africains (et encore !), il est de bon ton que les porteurs d’extincteurs soient Africains aussi.


Non, cela n’ajoute pas à l’efficacité. Dans une guerre, un conflit ou un gros litige, ce qui compte c’est en sortir et ne pas ajouter aux souffrances des populations. Peu importe si la main secourable qui nous est tendue est suspecte d’intentions peu désintéressées. La paix n’est pas bonne en fonction de qui nous aide à l’acquérir, c’est vrai. Mais lorsqu’elle nous est proposée par des frères, elle peut avoir un air de douceur et désarmer des réflexes ataviques de rejet. Elle ne nous est pas imposée.
Ces jours-ci, l’Ethiopie nous donne à voir un bel exemple de cette solidarité qui sait voler au-delà des montagnes pour aller au secours de frères. Alors que sa propre situation intérieure requiert la plus grande attention, avec des remous sanglants en région Amhara, l’Ethiopie pourrait peut-être représenter la bouée de secours du Soudan voisin en effervescence. Geste louable qui ne conforte pas des égoïsmes intérieurs. Comme nous aimons à répéter sur cet espace, la case du voisin brûle, n’attends pas que le feu gagne ta demeure pour te mêler aux secours.
De tels gestes ne sont pas rares, même s’ils manquent parfois de constance. Le Nigeria vient d’intervenir pour faciliter la sortie du Bénin de Thomas Boni Yayi, l’ancien chef d’Etat autour duquel des crispations avec mort d’hommes ont été constatées.
Parlant de nous-mêmes, nous savons que le Congo mène une laborieuse approche de réconciliation en Libye. Beaucoup s’en sont émus, demandant que le pays et son président commencent par apaiser son propre territoire.
Nous soutenons que la paix est la priorité, toujours. La faire précéder de «mais» et de «si»; la faire dépendre de la résolution première de nos propres problèmes, c’est l’affaiblir. Mais si l‘Afrique se (re)met au devoir de voler au secours des frères, elle ne doit pas se contenter du seul geste mécanique de médiateur. Elle doit aussi, sans doute, assurer plus vigoureusement en amont, les empêcheurs de fabriquer les raisons des guerres. Chez soi et chez les autres.

Albert S. MIANZOUKOUTA  

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