Drôle de fête !

Note utilisateur:  / 2
MauvaisTrès bien 

Comme l’an dernier, nous sommes invités à nous demander quel est le sens que revêt chez nous (et en nous) la notion d’indépendance. Cette année, nous n’avons pas de nouvelle route à inaugurer, de nouvelles infrastructures à exhiber à la face du monde ou de l’ancien colonisateur. Le pays est en panne d’idées, parce que son économie traîne le pied. Les fêtes tournantes et les municipalisations ont vécu.


Notre indépendance théorique se célèbre cette année autour de l’accord entre le Congo et le Fonds monétaire international. Une petite somme d’aide qui ouvrirait la bourse des donateurs habituels. Une petite bouffée d’oxygène, juste le temps de prendre conscience que nous sombrons. Ou de nous remettre en chemin, sébille à la main,  pour la quête des nouvelles dettes, à structurer plus tard. Ou à effacer, ce qui est son synonyme, avant la prochaine vague tuante de nos incuries en tout.
C’est donc une drôle de fête que celle de ce 15 août 2019. Et une drôle d’indépendance que celle qui célèbre l’arrachage au FMI d’un accord de survie. Nous applaudissons à nos propres indépendances, la corde au cou, nos pieds lestés de gueuse. Qu’importe: l’an prochain, nous referons ce que nous avons toujours fait. Nous ferons l’exact contraire de ce que nous recommande le FMI. La corruption, les détournements de fonds, les comportements qu’on nous demande d’abandonner: nous sommes indépendants !
Indépendants, c’est-à-dire libres de contracter les dettes que nous voulons, de lier nos alliances avec qui nous voulons. En somme, nous sommes indépendants de dépendre de quelqu’un: la Chine, la France ou des traders qui se saisissent de nos cargaisons de pétrole pour les revendre, sans nous, à qui ils veulent.
Notre indépendance est factice. D’abord parce qu’elle nous fut octroyée. Lorsque le maître donne sa liberté à qui ne l’a pas revendiquée, c’est que cette indépendance est conditionnelle, seulement. Pas effective et qu’elle s’échinera à sauver les apparences pour masquer le fond. Les trois plus grandes villes de notre pays ont gardé leur nom colonial. Difficile d’imaginer une indépendance dans le corset où nous tient l’histoire. Se posera toujours la question: nous sommes indépendants, mais de qui ou de quoi ?

Albert S. MIANZOUKOUTA

Informations supplémentaires