Guy !

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Les drames liés à l’électricité ne se comptent plus dans les grandes villes du Congo. Elles revêtent toujours pour nous, dans la presse, le caractère d’une insupportable liste d’anecdotes désincarnées. Sauf cette semaine, avec la mort de Guy-Robert Akouli. Cadre de la CAPPED, organisme financier proche de l’Eglise et avec lequel nous avons un partenariat presque de filiation, Guy, comme nous l’appelions, était l’incarnation même de la pondération et de l’efficacité silencieuse qui caractérisent tout cadre pétri d’humanisme chrétien.

 

Au début de cette année, il a été chargé de mener pour nous un audit pour voir les errements de gestion, les décisions hasardeuses, un passé d’insouciances, parfois, qui expliquent la difficulté à boucler les fins de mois, ou à faire face aux obligations fiscales ou sociales, et en sortir. Son rapport circonstancié, concis, précis et sans complaisance comme doivent l’être les rapports utiles, faisait l’objet d’une analyse d’ensemble. Et chaque fois que nous le sollicitions, que nous demandions ou fournissions des précisions, il accourait, son laptop à la main, son sérieux bien disposé.
Une première fois, ce travail avait été interrompu. Pour raisons de santé. Notamment cette tension artérielle qui savait lui jouer des tours dont nos médecins savaient pourtant le soulager. Avec forces recommandations dont beaucoup insistant sur le repos. Le bosseur qu’il était savait se faire violence, et ne pas trop s’étendre sur ses malheurs. En plein travail, il savait adopter une de ses postures préférées qui ramènent à l’essentiel quand l’assemblée semble se perdre en digressions et pinailler sur les virgules et les points. Il savait aller à l’essentiel des choses.
L’adage de chez nous annonce et dénonce: «Tout mort est beau» ! C’est vrai: l’hypocrisie de rigueur voudrait dépeindre tout décédé aux couleurs des meilleures vertus. Et ne voir en lui (en elle) que la façade pimpante et ripolinée d’un Nobel de la paix, d’un stakhanoviste du labeur, d’un sage à la discipline chevillée au corps. Guy n’était peut-être pas tout cela, mais il n’était certainement pas celui que l’insouciance et la légèreté des autres devaient terrasser. Parce qu’il était correct avec la vie et avec le travail, on n’aurait pas pu imaginer plus absurde raison de mort que l’insouciance (Voir article de Paul Dah, en page 15).
La vie nous échappe de mille manières. Elle n’est pas nôtre; il n’est pas sûr qu’avec un hôpital plus performant et rutilant de technologues avancées, nous eussions réussi à sauver toutes les vies en hospitalisation. Il n’est pas davantage sûr que la conscience médicale ne commence qu’avec le bistouri bien effilé et bien désinfecté. Une saine gestion de nos structures de santé doit aussi faire le compte avec le détail de la vie au menu: du fonctionnement du circuit électrique ou des générateurs d’appoint; de l’oxygène dans les couveuses; de la salubrité dans l’hôpital et autour; des garde-malades abrités ailleurs que sous un arbre ou sur une natte, dehors; à l’absence de tout racket…
Et si, en plus, on pouvait y rencontrer un peu de cette conscience professionnelle, denrée rare de nos jours, nous n’en serions pas à conter plus les manquements mortels que les guérisons «miraculeuses». Or, tout le temps, c’est Sisyphe qui roule son boulet au pied de la montagne. Une restauration coûteuse, mais un laisser-aller mortel aussi; ou un volet non fermé, une valve non ouverte, une intraveineuse prise pour une intramusculaire… Les scandales au CHU, on ne les compte plus. Nous les oublions souvent, parce que dans la masse des agents, il en est qui veulent bien faire. Sans doute.
Mais Guy est mort de n’avoir pas rencontré la chaîne des vertus et des consciences fonctionnant du début à la fin. Sur son dernier parcours de vie, il aurait pourtant suffi de si peu: de quinze minutes d’électricité seulement!

Albert S. MIANZOUKOUTA