Cette Chine-là

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La République populaire de Chine a célébré lundi dernier les 70 ans de sa fondation. Le gotha de ce que Brazzaville compte de sommités officielles a été convié dans un grand hôtel de la place pour partager le pot de l’amitié avec les officiels chinois. Le discours de l’ambassadeur Ma Fu  Lin pour l’occasion a été un modèle d’éloges pour cette Chine qui se glorifie, à juste titre, d’avancées époustouflantes en moins d’un siècle.


Les Congolais conviés ont applaudi avec enthousiasme, bu et mangé pour saluer la coopération congolo-chinoise appelée, nous le disons en page 4, à relever de plus grands défis encore à l’avenir. Un film a été projeté aussi sur les réalisations accomplies par un pays qui, à terme, offrira «d’importantes opportunités au monde entier et d’énormes contributions au progrès de l’humanité».
Même en des termes diplomatiques, on ne saurait mieux souligner que la Chine entend dépasser les réalisations qui font d’elle, jusqu’ici, deuxième ou troisième en de nombreux secteurs, pour être une première puissance reconnue. L’autre jour, à la télévision française, un commentateur soulignait qu’aujourd’hui 3 objets sur 5 fabriqués dans le monde, sont chinois. Cela va des chaussures aux avions; des machines à outil aux voitures hybrides et aux ordinateurs.
Grands exploits assurément, qui ne relèguent pourtant pas au second plan les besoins vitaux des Chinois. Car ces progrès ont été accomplis en faveur du peuple chinois en premier: l’éducation, la santé et l’alimentation. C’est d’abord pour sa population que la Chine a fait ses grands bonds en avant, salués par tous, même par ceux qui se torchent le nez sur la question des libertés et des droits de l’homme. Laissons de côté ces controverses et penchons-nous, nous Congolais, sur ce que nous pourrions tirer de la coopération avec la Chine.
La question est : pourquoi, en 55 ans d’amitié multiforme, le Congo n’a-t-il tiré aucun bénéfice patent du contact avec la Chine? Pourquoi, lui qui sait se couper en quatre pour reproduire ici les plus frivoles des modes de l’Occident, ne réussit-il pas à importer le modèle de l’abnégation chinoise sur les berges du fleuve Congo? Pourquoi l’ancien parti unique, aujourd’hui toujours dominant d’ailleurs, ne puise-t-il pas dans l’exemplarité chinoise la voie sur laquelle engager «les larges masses populaires» ?
Les contacts sont fréquents entre les deux partis pourtant, mais les velléités de mimétisme ne sont jamais allées aussi loin que le slogan pour les annoncer. Ou les enterrer. La corruption règne chez les militants du parti, au vu et au su des proclamations officielles, mais aucune exclusion n’est prononcée. La concussion et les esprits de clan dominent, et ceux qui s’en émeuvent ne passent pas le cap de la simple posture électoraliste. Le limogeage récent de la ministre Ingani semble ne procéder que de la gêne de ses propos sur la place publique. Pas d’une sincérité à «faire autrement désormais». Sinon des têtes seraient tombées avant, et d’autres auraient suivi après.
La Chine montre au moins la voie de bien faire pour ceux qui veulent. Nous sommes à la traîne, quêtant la moindre subvention même pour mettre une patate douce en terre. Nous passons de bienfaiteurs en paternalistes et ne remuons aucun cocotier pour faire prendre le pli de l’orgueil régénérateur à ceux qui doivent nous nourrir, nous soigner ou nous alphabétiser.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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