On en redemanderait!

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Ainsi donc, les deux chambres de notre Parlement ont ouvert les travaux de leur session budgétaire. Nous sommes suivis, jaugés et jugés: le Congo a tellement donné la preuve de son peu de sérieux en matière de gestion de ses finances et de ses ressources qu’aujourd’hui, partout où on parle «argent», le citoyen s’approche pour en savoir plus. Et l’expert sort sa jauge. Que diraient les députés et les sénateurs de notre budget, se demandait-on dans l’opinion. Que diront-ils de notre situation d’ensemble ?


Ils ont dit de très belles choses, il faut le reconnaître. Ils ont invité à l’effort pour sortir de la crise, à respecter les injonctions du FMI pour mériter sa confiance et de nouveaux prêts, à traquer la corruption, les corrompus et les corrupteurs, à se départir des antivaleurs, à parler vrai: à parler moins, et à  agir plus. Beau, non?
Qui, sérieusement, récriminerait contre une telle planche de belles intentions dans un pays qui se classe toujours en bas de tableau dès qu’on parle de gouvernance économique et financière?
Qui pourrait tenir le discours contraire à celui de nos élus, tous vénérables en âge, tous honorables en action! Qui, dans les moments actuels où même nos amis épluchent en secret le libellé de nos engagements non-tenus avant de nous serrer la main en public, soutiendrait qu’un rappel à la fin de la récréation est mal venue? Nous sommes tenus de nous en sortir. Il y a, en face, une jeunesse qui réclame des bourses avant les emplois; des retraités qui réclament des pensions; des malades qui réclament des soins de qualité.
Nous avons une société en attente d’un mieux pour aujourd’hui, pas d’un meilleur seulement pour demain. Nous sommes tenus de parler le langage de la vérité et de ne pas toujours cacher sous le tapis de la République, les poussières et les crottes de nos talons répugnants. Il faut une attitude nouvelle devant la chose publique; il faut un langage nouveau pour l’accompagner. Donc, députés et sénateurs sont dans leur rôle en prenant cette fois la tête d’un combat qui s’engage.
Même pour un journal catholique comme le nôtre, «en finir avec le prêchi-prêcha» des politiciens et s’engager résolument dans les actes qui portent, ne sonne pas forcément comme un blasphème ou de l’anticléricalisme primaire. Il est plus que temps de dépasser l’incantation et de mettre la main au cambouis. L’un des présidents s’est même excusé pour le cas où il aurait frustré des collègues. Quelle élégance chrétienne: pour un peu, on en redemanderait. On solliciterait un «bis», des applaudissements. Et chapeau bas!
Sauf qu’il y a un hic: ces propos sont-ils sincères? Conduisent-ils le pays à s’engager résolument sur la voie de la vertu? Décrivent-ils la réalité des faits, ou seulement le vernis du moment, dans l’air du temps? Où étions-nous quand nous creusions l’énormité de l’insoutenable et abyssale dette extérieure? Par où sont passées les lois autorisant les avenants, les 10%, les surfacturations des marchés publics, les petites combines pour s’enrichir à moindre frais? Qui en étaient les ordonnateurs? Et, parfois, les bénéficiaires?
Le Parlement ne peut se faire hara-kiri, c’est vrai. Mais il ne peut dénoncer seulement les méfaits des autres. Parce que les autres, à certains moments de notre passé très récent, c’étaient aussi eux !

Albert S. MIANZOUKOUTA

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