Diabète en explosion

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On ne compte plus les cas de diabète dans le pays désormais. Chaque famille a un ou plusieurs membres affectés par cette pathologie d’autant plus tueuse qu’elle est silencieuse. Car, non pris en charge, le diabète tue. Et il ne s’installe pas dans les corps sans un cortège d’autres affections tout aussi gênantes et dangereuses: une tension artérielle en hausse, des problèmes de vision ou un endommagement des reins. Toutes ces maladies d’accompagnement (sauf pour les reins) sont parfaitement prises en charge par nos médecins; ils sont compétents et engagés avec une abnégation qu’on n’imaginait plus.


Mais ne nous berçons pas de l’illusion des préjugés d’antan. Le diabète n’est plus la maladie des seuls riches, comme nous nous sommes habitués à le penser. On a vu jeudi, lors de la célébration de la Journée mondiale du diabète, qu’il a littéralement crevé les strates sociales et s’est installé chez tous: chez les enfants comme chez les adultes, les femmes enceintes comme les jeunes filles, les hommes âgés comme chez ceux qui sont encore dans la force du travail, dans les couches aisées comme chez les pauvres. Et cette généreuse répartition chez tous n’est pas une consolation.
C’est une alerte qui devrait appeler à une unanimité dans l’action ou la prise de conscience. Certes, dans une société qui ne s’est pas encore débarrassée des maladies endémiques «classiques», le paludisme, la tuberculose ou le sida, c’est une mobilisation d’ensemble qui est requise pour contrer ces bombes à retardement. Le diabète s’ajoute à d’autres mobilisations sollicitées. Il n’y a pas un ordre de priorité à établir, toutes les maladies sont une menace. Toutes ces incommodités doivent être vaincues avec les moyens de la science. Car les technologues et les médications existent.
C’est pourquoi toutes les superstitions autour du diabète sont autant de facteurs retardant et ralentissant l’élan dans la mobilisation. Tout charlatanisme et toute pratique ne passant pas par le diagnostic sûr, la thérapie contrôlable et des mesures d’accompagnement tout aussi strictement décrites et recommandées ne vont pas dans le sens souhaité. En dehors de ce cadre, tout le reste n’est que théorie des docteurs Diafoirius. Le diabète est à prendre au sérieux, sa lutte passe par un sérieux dans le comportement. Sa prévention ne suggère pas des mesures coûteuses : de l’activité physique, une alimentation saine notamment.
La difficulté réside justement dans la simplicité des moyens de prévention. Nous sommes une société ayant connu des pénuries, aujourd’hui acculée à la malbouffe par nos interminables conflits. De sorte que recommander au Congolais de manger du légume tous les jours, c’est lui rappeler une condition de paysan qu’il voudrait quitter. Acheter du bœuf congelé fait chic; acheter du poisson surgelé est commode; les graisses animales sont un plus  et le manioc bourratif est ce qu’il y a de mieux pour «caler» les ventres. C’est ainsi que nous faisons le lit de cette maladie ravageuse, mais sournoise.
Nos habitudes alimentaires d’aujourd’hui sont donc un problème aussi; ils sont le fruit de difficultés financières généralisées, pas d’habitudes et traditions gastronomiques bien assises. Nous recourrons volontiers au piraté, achetons des friperies en masse, nous approvisionnons en nourriture moins chère, négocions nos ordonnances médicales au rabais et n’hésitons plus désormais à abandonner nos morts dans les morgues, faute d’argent pour les ensevelir. Tous ces traits se liguent et nous concoctent des comportements avec des retombées sur la santé dont on n’a pas fini de mesurer les ravages.
Le pays est en grave situation économique, évitons de nous ajouter les problèmes dont la résolution est à notre portée. Faisons cet effort là pour contrer le diabète, pour résorber ou limiter les effets de cette véritable explosion qui le caractérise désormais chez nous. Tout n’est peut-être pas lié aux aides du FMI ; ce que nous pouvons faire par nous-mêmes, pour nous-mêmes, faisons-le!

Albert S. MIANZOUKOUTA

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