Corrupteurs ou corrompus ?

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A force de la côtoyer, on ne la voit plus. La corruption est devenue notre compagne fidèle, on la quitte au coucher, on la retrouve sur nos chemins au lever. Tellement présente qu’il faut faire un grand effort de mémoire pour nous rappeler ce que c’est, en quoi elle est nocive, pourquoi les organismes internationaux l’épinglent, pourquoi les politiques semblent un coup la stigmatiser fortement, et un coup s’en accommoder. Et nous avec eux !


Notre pays est corrompu, tous les standards le disent. Cette corruption concerne des chiffres énormes, qui suffiraient à sauver notre CHU-B, le plus grand hôpital du pays. Redonner des emplois aux jeunes, ou seulement le sourire aux salariés. Tout disparaît dans un véritable tonneau de Danaïdes. Les chiffres, de notre prospérité ou de nos efforts à attirer les capitaux des autres chez nous, sont à peine énoncés qu’il faut déjà sortir une torche pour les retrouver.
Nous avons eu un compte pour les générations futures. Savoir où sont passés les milliards de son contenu est un exercice ardu, presque de l’incivisme, tellement les réponses paraissent incroyables mais se résument toutes à: «X a pris tant, tel autre projet a englouti tant et quelques». Des «et quelques» suffisamment brouillons pour ne plus savoir compter les zéros qu’ils recouvrent. On voulait construire une route, un immeuble public, une infrastructure de développement; on voulait payer une pension de retraite, une indemnité: on devra attendre. Parce que, peut-être, une discrète sébile est passée et a tout siphonné.
Mais la corruption revêt aussi des visages ordinaires. Pourquoi parler de sommes folles, déclinées en monnaies étrangères? Devant le pas de notre porte, chaque jour, il faut (savoir) graisser la patte: pour se faire servir son plein d’essence ou son jerrican; avoir une bouteille de gaz correctement remplie; monter dans le bon bus ; convoyer dans les meilleurs délais le corps d’un défunt (avec ou sans sirènes !) vers le cimetière;  faire recruter son enfant dans une société publique ou privée, ou lui faire passer un examen scolaire…
Naturellement, lorsqu’on a fait «ce qu’il faut» pour enfin figurer sur la liste des brillants admis, on oublie bien vite qu’on a gagné son titre, sa place ou sa distinction à coups de prébendes. Dans de telles conditions, corrompre et être corrompu vont de soi. Pas question de recourir à des sermons d’Hippocrate surannés pour octroyer une poche de sang qui manque pour sauver la vie d’un (e) futur (e) transfusé (e), inscrire un malade sur la liste des opérables en urgence. Nous sommes à la fois victimes et bénéficiaires de cet état des faits.
Nous vivons dans une société qui a profondément intégré qu’il faut «donner quelque chose pour obtenir quelque chose», même de l’administration, même quand c’est gratuit en principe. Nous sommes une société qui a parfaitement intégré qu’un ministre ne peut que voler (parce que c’est ce que nous ferions à sa place) ; qu’il faut une part de flottement conséquent dans un budget pour que le responsable de sa mise en œuvre «mange» un peu ; pour que les slogans de la lutte sans pitié contre la corruption soient prononcés et qu’à la fin des comptes tout se passe toujours strictement comme avant.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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