C’est un peuple qui s’est libéré d’une tyrannie!

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L’épilogue de la révolution libyenne a embarrassé de nombreux Africains qui voyaient dans la personnalité de Mouammar Kadhafi, un dirigeant non seulement animé d’une grande vision panafricaniste, mais aussi, capable de tenir tête à l’Occident. C’était l’image que le défunt «roi des rois d’Afrique» s’était donné de lui-même, ces dernières années, sur le continent, avec son engagement ayant abouti à la création de l’Union africaine, tout en cherchant même à aller plus loin que cela, par le projet de création des Etats-Unis d’Afrique.
Mais, l’histoire a fini par nous démontrer que son panafricanisme n’était que l’arbre qui cachait la forêt. Dans son pays, le colonel Kadhafi était un tyran dont le peuple voulait se débarrasser. Il est incompréhensible que peu d’Africains n’aient pas été choqués par la manière dont il a traité ses propres compatriotes qui avaient déclenché des manifestations hostiles à  son régime, au mois de février dernier. Il les avait alors traités de «rats» et que l’armée allait nettoyer les villes libyennes, maison par maison, pour les débarrasser de ces «rats».
Avec son armada militaire constituée grâce à la manne pétrolière et sa conception totalitariste du pouvoir, Kadhafi était sûr de lui. Le printemps arabe n’avait aucune chance de voir le jour en Libye. Aucune chance alors! Totalement étranger à la notion de droits de l’homme, Kadhafi était prêt à écraser, dans le sang, toute révolte à son régime, au nom de sa vision exprimée dans son fameux livre vert. Pour lui, la vie des Libyens n’avait aucun sens sans la soumission à son pouvoir. Il a enrôlé des centaines d’étrangers africains dans son armée (au nom du panafricanisme), pour tenir en respect un peuple privé de libertés.
C’est la communauté internationale, avec en tête la France et la Grande-Bretagne, qui a fait la différence. S’étant appuyés sur la résolution 1973 des Nations unies, les Occidentaux ont saisi cette opportunité diplomatique en or, pour agir, à travers une intervention militaire aérienne. La diplomatie de l’Union africaine n’a pas eu d’arguments solides pour changer le destin de ce qui était noué avec la résolution 1973 des Nations unies. Les dirigeants africains, à quelques rares exceptions, comme le président sénégalais Abdoulaye Wade, n’avaient pas compris qu’il était plus facile de faire passer un chameau à travers le chas d’une aiguille que de nouer le dialogue entre le colonel Kadhafi et la rébellion qui avait vu le jour dans son pays. La preuve: même quand il a été renversé, avec la prise de Tripoli, le 21 août dernier, par les rebelles du C.n.t, Kadhafi ne s’est pas avoué vaincu. Il a continué à appeler ses partisans à la résistance armée, alors qu’on ne savait plus où il se trouvait. Fidèle à son principe de résister jusqu’à la dernière goutte de sang, il a connu un sort malheureux semblable à la fin de nombreux tyrans: une mort violente. Malheureusement, pour lui, le martyr est celui qui verse son sang pour le bien de son peuple. Mais, lorsque ton propre peuple te vomit…
Les images des Libyens dansant, à l’annonce du décès de leur ex-guide, confondent, assurément, de nombreux Africains. Le peuple libyen est le seul bien placé qui peut dire ce que signifie être 42 ans durant, sous la dictature de Kadhafi. L’accueil triomphal du président français, Nicolas Sarkozy, et du premier ministre britannique, David Cameron, le 15 septembre, à Tripoli et à Benghazi, est une gifle à l’anti-occidentalisme primaire dans lequel baigne une grande partie de l’élite africaine. Le vrai problème n’était pas entre l’Occident et un pays africain, la Libye, mais bien entre le peuple libyen et son guide éclairé.
Une Libye démocratique et souveraine fait la fierté de l’Afrique, qu’une Libye sous la férule d’un tyran qui arrose de ses pétrodollars, un continent qui ferme les yeux sur le sort d’un peuple privé de libertés. Quoique l’avenir soit difficile, car le chemin de la démocratie est jonché de nombreux écueils, il faut souhaiter à la Libye libérée, un avenir démocratique radieux et que les Africains aident ce pays à se relever de 42 ans de dictature sanguinaire et de huit mois d’une guerre sanglante.

Joachim MBANZA

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