Commission finances et économie de l’assemblée nationale : Le gouvernement à l'épreuve du budget à objectifs

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Tels des élèves qui doivent reprendre leurs copies, les experts des cabinets ministériels, notamment les D.e.p (Directeurs des études et de la planification) sont obligés de revoir leurs copies, en matière de budget d'investissement, devant la commission finances et économie de l'assemblée nationale. Habitués à confectionner des budgets programmes, ils sont contraints, à partir du budget de l'Etat, exercice 2012, de passer au budget à objectifs, qui oblige de définir, pour chaque montant sollicité, l'action à réaliser et les indicateurs de performance. Une grande école de gestion publique!


On ne le dira jamais assez, le Congo est sur un  scandaleux paradoxe: d'un côté, des ressources financières abondantes (qui permettent même de faire, ces dernières années, d'importantes réserves) et, de l'autre, une large partie de la population ployant sous le joug de la pauvreté, avec, par exemple, des élèves assis à même le sol, dans des écoles publiques. A y regarder de près, le problème principal est celui de la gestion publique des ressources financières.
Jusque-là, les budgets d'investissements étaient faits sur la base de programmes auxquels on affectait d'importantes sommes d'argent, sans garantie d'obligation de résultats. Au fil des années, cette méthode de gestion du budget d'investissement de l'Etat a fini par créer une culture favorisant la déperdition d'importants financements. Et, chaque année budgétaire, on pouvait reconduire les mêmes libellés, sans s'assurer que les actions inscrites au budget d'investissements sont, concrètement, réalisées. En somme, le parlement, représentant du peuple, ne disposait pas d'outils efficaces pour contrôler l'exécution du budget d'investissement de l'Etat.
Le passage au budget à objectifs donne les outils nécessaires au contrôle budgétaire, assuré par le parlement. Dans cette nouvelle méthode de gestion, l'affectation du budget d'investissement est, en effet, soumise à des actions dont les indicateurs de performances sont préalablement définis. De telle sorte que, lorsque les financements sont décaissés, on peut contrôler, à partir des indicateurs de performance, si leurs objectifs, tels qu'inscrits au budget, ont été atteints. C'est le travail qu'est en train de réaliser, actuellement, la commission finances et économie de l'assemblée nationale. Pour y parvenir, celle-ci a dû obtenir du gouvernement, la mise en place d'une commission ad hoc, composée de députés et des experts des cabinets ministériels, c'est-à-dire les D.e.p.
Ainsi, chaque ministère, par la voix de son directeur des études et de la planification, décline les actions qu'il entend programmer dans le budget d'investissement demandé, en définissant, en même temps, les indicateurs de performance.
Le budget à objectifs rentre dans la droite ligne de la G.a.r (Gestion axée sur les résultats) et de l'évaluation trimestrielle de l'action du gouvernement. Ce sont des outils modernes de gestion publique auxquels le Congo ne peut pas échapper, s'il entend devenir un pays émergent, dans une quinzaine d'années. Mais, le plus difficile, c'est l'acceptation, par les acteurs politiques, de ces nouvelles méthodes de gestion. Habitués aux facilités du passé, beaucoup d'entre eux trouvent ces nouvelles méthodes compliquées et longues. En réalité, il n'y a pas d'autre choix, si l'on veut que les ressources de l'Etat contribuent, réellement, à l'amélioration des conditions de vie de l'ensemble de la population. Ce qui aidera le Congo à sortir de son scandaleux paradoxe de pays riche, mais où la majorité de la population est confrontée à la pauvreté.

Joël NSONI

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