Rencontre à Dolisie du président de la République avec les sages du Niari : Les cadres de la majorité présidentielle demandent le changement de constitution

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En séjour de travail à Dolisie, commune et chef-lieu du département du Niari, le président de la République, Denis Sassou Nguesso, s’est entretenu, samedi 22 mars 2014, dans la salle de conférences de la préfecture, avec les cadres et sages du Niari. Prévue pour être le lieu de s’enquérir des doléances et des maux qui minent ce département, cette rencontre s’est, plutôt, transformée, à l’initiative des cadres et sages de la majorité présidentielle originaires de ce département, en une exhortation au président de la République de pouvoir changer la constitution, pour lui permettre de briguer un nouveau mandat.

Les questions brûlantes telles que l’échec de la municipalisation accélérée du Niari, le manque d’entretien et la dégradation avancée des voiries urbaines de Dolisie et des routes secondaires, la dégradation des établissements publics et de tables-bancs dans les écoles et bien d’autres préoccupations ont été, simplement, renvoyées aux calendes grecques.

Le Niari est le deuxième département, après la Likouala à, exhorter le chef de l’Etat à changer la constitution, pour qu’il brigue un nouveau mandat. Mais à Dolisie, cette décision n’a pas été du goût de tous les cadres et sages du Niari, qui voulaient aborder avec le chef de l’Etat, les questions sur le devenir de leur département. Les désaccords entre cadres et sages avaient émaillé les deux réunions de concertation qu’ils ont eues pour décider de ce qu’ils allaient dire et les personnes censées parler au chef de l’Etat.
Par manque de consensus et devant l’échec constaté de ces rencontres, un schéma a été donc conçu. Le président de l’assemblée nationale, Justin Koumba, devrait introduire le sujet et laisser la place au ministre Pierre Mabiala, pour argumenter. Le président des sages était carrément mis hors-jeu, lui qui devrait avoir la responsabilité de présenter les doléances au président de la République.
Déjà, l’entrée dans la salle était conditionnée à la présence du nom sur la liste. Une méthode qui a frustré bon nombre de cadres et sages qui ont rebroussé chemin.
Qu’à cela ne tienne, la rencontre avec le chef de l’Etat s’est tenue avec, à son ordre du jour, un seul point. Ce qui a, d’ailleurs, surpris le président de la République, lui-même, alors qu’il s’attendait à un dialogue franc et direct sur les questions récurrentes qui minent le département du Niari.
Or, pour Justin Koumba, ces questions peuvent être, directement, posées et facilement résolues par les ministres. A un sage de s’exclamer, en chuchotant: «Pourquoi, depuis longtemps, ces ministres ne règlent pas ces questions, si tant est qu’elles sont simples à régler». Pour le président de l’assemblée nationale, Justin Koumba, à l’unanimité, selon lui, «nous avons choisi de poser le problème important qui ne peut qu’être résolu par vous. Il s’agit du fétichisme de la constitution». S’appuyant sur la mauvaise interprétation de l’article 75 de la constitution de 1992 qui a engendré les crises, il a fait savoir qu’il ne faut plus revenir sur certains travers. D’où son appel au changement de la constitution. «Le Niari, unanimement, a pensé que nous pouvons vous demander de ne pas hésiter à envisager le changement de la constitution», a-t-il affirmé, avant de laisser, selon le schéma tracé, la place au ministre Pierre Mabiala d’argumenter sur les raisons de cette proposition des sages du Niari de changer la constitution du 20 janvier 2002.
D’emblée, il a fait constater que cette constitution était conçue pour régler un certain nombre de questions de l’époque et a permis de reconquérir la paix. Néanmoins, a-t-il ajouté, «cette constitution pose deux verrous: l’âge et le nombre de mandats. Entre les deux verrous, il y a le devoir républicain de continuité». Il a rappelé au président de la République qu’il était l’homme qui conduit et détermine la politique de la nation. «Le Niari, rassemblé dans toute sa diversité, pose le problème réel et objectif de changement de constitution», a-t-il signifié au chef de l’Etat, visiblement attentif. Le Congo ne doit pas perdre ses acquis, au-delà de 2016. L’unique alternative, pour lui, de franchir cette étape, est développée dans ces propos: «La pensée du Niari nous permet de dire qu’il n’y a pas plusieurs Congolais qui puissent avoir les capacités à la fois historique, politique, économique, sociale et diplomatique. Puisque, c’est vous qui conduisez et déterminez la politique de la nation, répondez à cette question que nous vous soumettons».
Le président Sassou Nguesso a, tout d’abord, remercié les cadres et sages du Niari pour l’accueil. Heureux de se retrouver sur ses terres de jeunesse, Denis Sassou Nguesso a rappelé ses souvenirs d’enfance vécus à Dolisie, au moment où il fut élève à Mbounda. Pour rassurer l’assistance, il a fait savoir qu’il est à Dolisie, non seulement, pour inaugurer une cimenterie, mais aussi, «vous écouter sur ce qui va ou ne marche. Même si vous ne parlez pas, j’ai mes enquêtes et je connais la réalité», a signifié le président aux cadres et sages du Niari, rattrapés dans leur stratégie à toujours vouloir étouffer la vérité qu’on veut dire au chef de l’Etat.
Tout en les rassurant sur un certain nombre de réalisations qui seront faites, le président de la République a expliqué aux cadres et sages qu’ils étaient libres de dire ce qu’ils pensent. «J’écoute tout ce que vous dites, bon ou mauvais. Un jour viendra où je vais décider. Une seule hirondelle ne fait pas le printemps. Vous avez parlé, le président a entendu. Je tiens à vous remercier de votre franchise et courage, parce que ce problème est très crucial et capital pour l’avenir de notre pays. Je vous dis merci et félicitations», a répondu le chef de l’Etat, précisant que même dans la salle où ils se trouvent, il y en a qui ne sont pas de cet avis. Il faut donc travailler pour convaincre les autres.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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