RD Congo : Après l’investiture, quelle marge de manœuvre pour Tshisekedi?

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Investi jeudi 24 janvier, Félix Tshisekedi, leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le premier parti d’opposition hérité de son père, est le cinquième président de la République démocratique du Congo depuis son indépendance en 1960. Il devient ainsi, le tout premier président de l’alternance démocratique pacifique du pays de Lumumba. Mais, au début de son règne, le nouveau président va devoir composer avec un Parlement et un Sénat dominés par le Front commun pour le Congo (FCC), la coalition du pouvoir sortant de Joseph Kabila et avec un Premier ministre issu de l’actuelle majorité parlementaire.



Félix Tshisekedi débute son règne dans un contexte où l’on peut s’interroger sur les faits, les pouvoirs du président et ce que prévoit la Constitution congolaise. On peut s’interroger également sur sa marge de manœuvre pour s’impliquer résolument à l’accomplissement du projet de société pour lequel il a été élu. Parmi les pouvoirs que le président exerce seul, celui de diriger l’armée, il y a le droit de grâce aussi qui permet de réduire, commuer ou carrément effacer une peine de prison. Comme chef de l’Etat, il peut également relever de ses fonctions son Premier ministre en cas de blocage.
Pour le reste, rien ou presque ne se fait sans l’approbation du Gouvernement. Que ce soit pour nommer ou révoquer des officiers de l’armée, de la police, le chef d’Etat-major général, tous les postes au sein des forces de sécurité, les hauts fonctionnaires de l’administration, les responsables des établissements publics ou même les ambassadeurs... A chaque fois, selon la Constitution, le président devra avoir l’aval de son gouvernement. Ce qui, dans une configuration classique, peut se révéler être une formalité peut aussi, en cas de cohabitation, devenir un véritable casse-tête.
Dans ce contexte, Félix Tshisekedi aura-t-il le pouvoir de réformer l’armée comme il s’y est engagé, sachant qu’il ne dispose d’aucun soutien particulier au sein des services de sécurité et que les ministres pourront à chaque fois faire blocage? Même problème sur le volet économique où avoir la main pourrait s’annoncer difficile face à des ministres, nommés là aussi, sur proposition d’un Premier ministre issu des rangs de la coalition du président sortant.
Au regard de la situation économique difficile, malgré d’énormes potentialités, l’économie de la RD Congo reste fragile. Elle dépend de l’exportation des matières premières, dont 40% vont en Chine. C’est une économie dont la santé est dictée par l’évolution des cours des minerais, notamment le cobalt, faisant du pays le premier producteur mondial, et le cuivre, dont il est le premier producteur africain. Quant aux cultures d’exportation, leur part a fortement reculé. Celle du café par exemple, qui comptait beaucoup dans les années 1980, est insignifiante aujourd’hui. Et c’est le cas aussi pour le coton, le cacao, le thé ou encore l’hévéa. Cependant, la République démocratique du Congo est loin d’être un pays autosuffisant sur le plan alimentaire.
Le défi majeur du nouveau président est d’enclencher une dynamique vertueuse dans la gestion des recettes et d’en augmenter pour qu’elles profitent au plus grand nombre. Il hérite, en effet, de l’un des cinq pays les plus peuplés du continent. En tout 89 millions d’habitants, selon les estimations de la Banque mondiale. Le paysage politique actuel du pays oblige celui-ci à s’acheminer vers une cohabitation qui n’avantage guère le nouveau président. Il ne dispose pas du pouvoir de décision sur l’ensemble des réformes à adopter pour la mise en œuvre effective de son projet de société.

Marcellin MOUZITA MOUKOUAMOU 

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