Elections législatives et locales 2017 : quand le Congo tourne le dos au numérique

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Comme tout rendez-vous politique électoral, les élections législatives et locales de cette année ont constitué un événement majeur qui a mobilisé la Nation. Au cœur de cet événement, la communication. Les organisateurs du vote, comme les candidats, se sont adressés à leurs concitoyens, à travers plusieurs modes d’expression (interviews, affiches, banderoles, spots publicitaires, carnavals, discours, messages, causerie, meetings populaires, informations dans les médias, etc.).

Mais, à l’heure de la révolution numérique (année 80 à aujourd’hui), caractérisée depuis les années 2000 par l’apparition du smartphone, ce téléphone portable qui n’est rien d’autre qu’un petit ordinateur en main, on peut déplorer profondément l’emploi marginal du langage numérique dans notre pays, au cours de cet événement national. C’est à croire que le Congo, plus que jamais, tourne le dos au monde numérique, pour privilégier les modes d’expression archaïques, comme la proclamation des résultats des élections à la radio et à la télévision.

Chercher un site Internet sur l’organisation des élections au Congo. Nenni! Toutes les institutions en charge du vote n’en disposent pas: la C.n.e.i (Commission nationale électorale indépendante), la D.g.a.e (Direction générale des affaires électorales), le Ministère de l’intérieur, de la décentralisation et du développement local. Et cela n’est pas un scandale dans notre pays. Conséquence: trouver une information pratique vous oblige à recourir aux fonctionnaires et aux responsables de ces institutions ou, en tout cas, à des connaissances. Il faut téléphoner ou se déplacer ou à une de ces institutions en charge des élections.
Ainsi, les résultats des élections ne sont disponibles sur aucun site Internet officiel. Ce sont des initiatives privées qui mettent à la disposition du public, sur leurs sites Internet et dans les réseaux sociaux, les quelques statistiques concernant ces élections. A utiliser à vos risques et périls. Les noms des candidats peuvent, par exemple, être mal écrits. Les journalistes ne savaient pas à quel saint se vouer, devant l’impossibilité de trouver les résultats des élections législatives sur un document écrit, au lendemain de leur proclamation officielle. Il faut seulement se contenter de ce que le ministre de l’intérieur lit à la radio et à la télévision. On ne connaît pas le taux de participation dans chaque circonscription. Au Congo, on se préoccupe seulement de celui qui a gagné. Les statistiques sont pourtant produites au niveau des bureaux de vote et rassemblées au niveau de chaque commission locale en charge des élections. Mais, leur production publique officielle est laconique et absente du monde numérique, tout au moins sur le plan officiel.
Il n’y a pas que les pouvoirs publics qui tournent le dos au numérique. Du côté des candidats, rares sont ceux qui ont mis à profit les avantages du système de communication lié au numérique dans leur campagne électorale. Certains candidats ont ouvert des pages facebook, juste pour poster les vidéos, les images de leurs meetings, affiches et banderoles. Pas de communication dynamique.
Au fait, à travers cet événement national, il y a lieu de se rendre à l’évidence que notre pays n’a pas encore réellement pris le train de la révolution numérique, en dépit des discours mirobolants sur l’accès à l’Internet. L’usage du numérique est encore marginal,même en milieu professionnel. Dans la presse audiovisuelle, par exemple, on ne trouve aucun média (radio et télévision) disposant d’un site Internet faisant la promotion de ses programmes, comme on le voit ailleurs sur le continent. La diffusion des programmes radio et télé en streaming est encore méconnue. La T.n.t (Télévision numérique terrestre) n’a fait son entrée dans les deux grandes villes du pays que grâce à des sociétés privées internationales.
La situation est si préoccupante que les observateurs de l’Union africaine se sont donné le devoir de recommander aux institutions congolaises en charge des élections, notamment la C.n.e.i (Commission nationale électorale indépendante), et la D.g.e.a (Direction générale des affaires électorales), d’améliorer leur communication sur le processus électoral, notamment par la mise en ligne d’un site informatif relayant l’ensemble des informations pertinentes et des textes relatifs aux opérations électorales et de rendre les données statistiques et qualitatives relatives au processus électoral disponibles au public. Recommandation en l’air? Il y a de quoi le penser, quand on sait les réticences culturelles qui pèsent sur l’entrée dans le monde  numérique.
Enfin, il y a lieu de relever, tout de même, qu’une communauté d’internautes sans cesse croissante est très active en milieu congolais, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. C’est le grand signe qui témoigne de ce que le Congo n’est pas, malgré tout, en marge de la révolution numérique. Seulement, le climat y est encore dominé par l’invective, la désinformation, la subversion, l’intoxication, le fanatisme… Tout ce qui éloigne de tout esprit constructif.

Joël NSONI

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