Colloque à Paris sur la Libye : La voie africaine reprend la main

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Une conférence consacrée à la Libye et aux efforts de l’Union africaine pour la résolution de la crise qui affecte ce pays s’ouvre ce mardi à Paris, en France. Elle est une initiative de l’Institut Robert Schuman pour l’Europe et devrait rassembler dans la grande salle de la Maison de l’Amérique latine,  une série d’importants acteurs de la vie publique libyenne et de ceux qui agissent aujourd’hui pour l’extinction des différents foyers qui embrassent ce pays.

 

“L’Union Africaine, un avenir pour la paix en Libye? ” : c’est sur ce thème que les travaux, prévus pour s’ouvrir en soirée de ce mardi, devraient se tenir.
Un tel colloque marque assurément un évident constat de nécessaire et double retour aux sources. Car beaucoup retiennent que c’est bien de Paris, sous le président Nicolas Sarkozy, que la mèche de la bombe libyenne fut allumée avec, en octobre 2011, l’assassinat du colonel Kadhafi. Mais en plus, cet événement qui devait générer une ouverture de vannes vers l’anarchie et les flux migratoires, aurait pu être évité si la voix de l’Afrique avait été écoutée. Dirigeants singuliers de pays et exécutif de l’Union africaine avaient, alors, mis en garde contre l’aventurisme d’une intervention unilatérale en Libye, suppliant littéralement pour que, au moins, l’ONU soit associée ou au moins entendue.
Les capitales occidentales qui déployaient naguère le tapis rouge, découvraient dans le colonel Kadhafi un dictateur que la contagion supposée des Printemps arabes devait emporter.
Le Printemps dit arabe a bien secoué la Tunisie ; le colonel Kadhafi a bel et bien été éliminé, mais dans son pays comme dans d’autres nations arabes, le scénario obtenu n’est pas à l’identique de celui qui a marqué la Tunisie.
Aujourd’hui, la Libye, ce sont deux gouvernements : à Tobrouk et à Tripoli, la capitale, le seul que reconnaît la communauté internationale; ce sont deux Parlements antagonistes, des groupuscules armés sévissant sur des pans de territoire et se disputant la ressource première du pays, le pétrole. Avec, en prime, une cacophonie assurée au plan international, chacune des grandes puissances militaires du moment, les Etats-Unis et la Russie, marquant leur préférence pour tel protagoniste positionné à l’ouest, à l’est ou dans la capitale.
Et comme un mal ne vient jamais seul, la Libye est en passe de devenir le terrain de jeu de l’islamisme armé virulent qui a dévasté l’Irak et une partie de la Syrie: le mouvement de l’Etat islamique. Comme pour bien narguer le destin qui lui a facilité une aussi rapide qu’éphémère expansion, c’est dans en Cyrénaïque, la région qui a vu la naissance du colonel Kadhafi – et de l’Union Africaine! – que l’Etat islamique tente de s’implanter suscitant l’indignation unanime des frères ennemis libyens désormais ligués contre les radicaux de l’islam.
La désormais passoire libyenne a également favorisé toutes sortes de trafics, et d’abord celui des êtres humains. Dans sa déliquescence, le pays a vu passer des flots de réfugiés remontant des pays du Sud et voulant tenter l’aventure en Europe, à partir des côtes italiennes proches. Le bilan, approximatif, est effroyable : plus de 5000 morts par noyade en Méditerranée, de soif dans le désert ou de sévices dans des prisons libyennes dont on a du mal à identifier les responsables certifiés.
Pour toutes ces raisons l’Union africaine se devait bien de reprendre la main sur ce dossier, encouragée par une volonté onusienne plus affirmée et plus audible aujourd’hui, de privilégier les solutions africaines aux problèmes africains.
Il y a deux semaines, le Comité de haut-niveau de l’Union africaine sur la crise libyenne s’est retrouvé à Brazzaville autour du président Denis Sassou-Nguesso, médiateur officiel. Et alors que tout laissait entendre le contraire, même le maréchal Haftar, l’homme fort de l’est libyen, est venu redire à Brazzaville (même si c’était loin dans le temps et l’espace de Kintélé où s’était retrouvée la Commission de haut-niveau) que lui aussi restait attaché à une solution africaine à la crise de son pays.
Le colloque de ce mardi à Paris redonne donc de la vigueur à une approche africaine parfois méprisée. Les intervenants annoncés sont loin d’être des figurants opportunistes : tous ont quelque chose à dire sur ce dossier, et tous sont des militants de la première de la solution africaine pour la Libye. Ils devaient intervenir sur des sous-thèmes re-soulignant que pour un pays aussi central de sa diplomatie passée, le continent ne pouvait attendre que les cailles lui tombent rôties dans la bouche à propos de la Libye.  
Un premier atelier devait traiter du sous-thème : «L’Union Africaine, acteur incontournable dans la crise libyenne. La place de l’Union Africaine, utopie ou réalité». Il devait être développé, sauf imprévu , par Ageli Abdulslam Breni, Président du Haut Conseil des tribus et villes de Libye ; Hélène Bravin, journaliste, auteur  «Kadhafi vie et mort d’un dictateur» ; Lansana Kouyaté, ex-Premier Ministre de Guinée ; Yayi Boni, ancien Président du Bénin, ou encore Mohamed Abbou, ancien Ministre algérien de la Communication et de la  Culture.
Le deuxième atelier, sur deux autres points majeurs : l’avenir de concorde en Libye et la question des migrants, était laissé à la compétence de Yamina Benguigui, Présidente de l’Institut Robert Schuman, ancienne Ministre de la Francophonie ; Pierre Henry, Directeur général de France terre d’asile, ou encore Ghaleb Bencheick, Président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, journaliste et écrivain,  entre autres. Nous aurons sans doute l’occasion  de vous en dire plus dans notre prochaine édition.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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