Présentation du programme d’action du Gouvernement à l’Assemblée nationale : Le redressement du pays est un devoir de survie, affirme Clément Mouamba

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Reconduit par le président de la République en tant que Premier ministre, chef du Gouvernement le 21 août 2017 après sa démission le 16 août 2017, Clément Mouamba a présenté jeudi, pour la deuxième fois aux députés, le programme d’action de son équipe. C’était  au cours d’une séance plénière spéciale présidée par Isidore Mvouba, président de l’Assemblée nationale.

Quarante-cinq minutes, c’est le temps qu’a duré la communication du chef du Gouvernement qui, 17 mois après sa première présentation du 3 juin 2016, pense que la situation  financière, économique et sociale du pays n’est guère reluisante, faute, selon lui, «de soutien additionnel et surtout du fait de l’atonie persistante de la croissance, malgré les mesures prises pour endiguer la dépense publique et les incitations en faveur du secteur productif».

Selon le Premier ministre, la présentation du programme d’action du Gouvernement intervient dans un contexte de déprime économique. Pour lui, la situation financière, économique et sociale difficile du Congo n’est plus un mystère pour personne. «Elle est préoccupante. Les cours du pétrole ont chuté de 45%, de 2014 à 2017. La situation financière, fortement obérée, se caractérise particulièrement par un resserrement de la trésorerie publique, une accumulation des arriérés de paiement, un accroissement de la dette intérieure et extérieure. L’endettement public, évalué à 110% du PIB par la récente mission des services techniques du FMI, a dépassé la limite communautaire fixée à 70% du PIB. Le resserrement de la trésorerie est illustré par les chiffres suivants: de 2015 à 2017, les recettes publiques ont chuté globalement de 31,3%; de 2015 à 2017, les recettes pétrolières ont chuté de 65,1%, les recettes des impôts de 17,6%, les recettes des douanes de 26,0% et les recettes de service de 12,8%», a indiqué Clément Mouamba.
Mais il a, tout de même, reconnu que l’effet de ciseaux résultant de l’évolution des courbes de la dépense et de la recette publique qui s’est produit en 2014 se traduit par des déficits budgétaires croissants en 2015, 2016 et 2017, «dont les financements se sont révélés de plus en plus précaires».
Tel est le fondement logique des difficultés économiques et sociales que connait actuellement le Congo et qui ont pour conséquences: arriérés ou retards des salaires, des bourses et des pensions, difficultés dans la mobilisation des budgets de transferts, retards de paiement du service de la dette pour les créanciers nationaux et internationaux etc. «Dans le contexte présent, nous ne pouvons échapper au phénomène des files d’attente dans la gestion budgétaire de plus en plus contraignante», a-t-il indiqué.
En plus d’un bon diagnostic et d’une dose de perspicacité, l’action du Gouvernement pour sortir de cette crise, a dit Clément Mouamba, nécessite de la méthode, «c’est pourquoi, nous avons besoin d’un cheminement ordonné, mieux, d’un cadre programmatique prédéfini, en l’occurrence le Plan national de développement (PND) 2018-2022. Il est axé sur deux grandes options stratégiques, à savoir: la formation et la diversification de l’économie, avec un accent particulier sur l’agriculture».
Pour le premier ministre, la mise en œuvre du PND sera d’autant moins difficile que des mesures d’ajustement interne, applicables à court terme seront prises et des réformes structurelles aux fins d’endiguer la dégradation du cadre macroéconomique.
Il a fait constater aux députés que rien de durable ne sera possible tant que la stabilité du cadre macroéconomique et la croissance ne seront pas de retour et cela le plus vite possible. «D’où l’obligation à laquelle sont tenus les Congolaises et les Congolais de se mobiliser à cette fin, en modifiant avant tout et radicalement leur rapport au travail ; on ne le dira jamais assez», a prévenu Clément Mouamba qui, selon l’article 103 de la Constitution, devrait présenter son programme d’action dès son entrée en fonction. D’où ses excuses au président de l’Assemblée nationale pour la date décalée de cet exercice constitutionnel.
Toutefois, le chef du Gouvernement a laissé entendre que s’il y a un domaine qui, en  période de crise, doit contribuer non seulement à renforcer la réforme de l’Etat, mais aussi à réorganiser la contribution de l’économie locale à la relance de la croissance, c’est la décentralisation que le pays conduit depuis bientôt une décennie.
Fort de la conviction qu’une nation éveillée n’a jamais vocation à disparaitre, du fait de la solidité des ressorts qui structurent sa résilience, Clément Mouamba a indiqué que le Gouvernement est déterminé dans le processus de sortie de la crise dans le pays. Raison pour laquelle cette «crise doit être traduite en opportunité pour renverser la vapeur en faveur d’une économie plus diversifiée, plus résiliente aux différentes chocs endogènes et exogènes», a-t-il déclaré.
Au cœur du succès de ce défi, le chef du Gouvernement qui n’a pas chiffré son programme pour être en phase avec le budget de l’Etat qui n’est pas toujours adopté en conseil des ministres, a encore insisté sur le travail.
Pour sécuriser le processus d’ajustement interne, le Gouvernement a pris l’option de signer un programme avec le FMI. «Ce choix a reçu un large consensus et ne peux donc être mis en cause», a fait savoir le Premier ministre, tout en indiquant qu’une mission du FMI est attendue au Congo, afin d’ouvrir les négociations sur ce programme qui selon lui, permettra d’accélérer les mesures d’ajustement interne mises en chantier par le Gouvernement et ouvrira la scène à d’autres qui, somme toute, «vont favoriser la sécurisation de la recette et la rationalisation de la dépense, les appuis budgétaires et le traitement d’une dette soutenable».
Comme pour préparer déjà l’opinion nationale à certaines mesures d’ajustement de ce programme, Clément Mouamba pense que, quel que soit l’intérêt de la facilitation du FMI, les Congolais doivent en assumer lucidement et courageusement le succès qui dépend avant tout de la conviction, de l’engagement et du patriotisme de chacun, pour en comprendre le sens et accepter les mesures d’ajustement interne jugées salutaires; pour réduire au mieux la durée de la période de sortie de crise; pour résister à la tentation du renoncement, de la facilité et de la surenchère verbale individuelle ou organisée, de la victimisation et de la fuite en avant; pour promouvoir le vivre-ensemble pour un mieux vivre-ensemble.
A ces mesures, le Premier ministre pense qu’il n’y a plus d’alternative qui ferait la  promesse d’un avenir meilleur et pour le retour au fonctionnement normal de l’Etat. C’est pourquoi, il a engagé le Gouvernement dans la protection du noyau dur des acquis sociaux et rassuré le peuple: tout sera mis en œuvre pour limiter l’impact social des mesures de sortie de crise et pour conduire un volant minimum d’investissement publics. Car, «le redressement du pays est un défi que les Congolais gagneront ensemble ou ils ne le gagneront pas. C’est un devoir de survie». Tel est le chemin, selon lui, du réalisme économique et social que le Gouvernement Mouamba II demande d’emprunter. «Notre appel s’adresse à tous toutes les forces vives de la nation et à tous nos parlementaires...Plus tôt nous agirons, plus vite nous atteindrons nos objectifs. Certaines mesures seront d’effets immédiats et d’autres d’effets induits dans la durée. La vigilance et la patience sont donc de mise», a-t-il dit.
Face à la crise, Clément Mouamba a fait remarquer qu’il n’y a pas d’autres choix que de sauver le pays. «Le Congo refuse d’être aliéné, d’être affaissé et d’être abaissé. Vous et nous, mettons-nous tous debout pour affronter cette crise parfaitement surmontable à tous les égards», a-t-il exhorté.

Cyr Armel
YABBAT-NGO