Crise du Pool : En parler pour ne pas y replonger

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Tous les signes indiquent que l’on s’achemine vers une sortie de crise au Pool. Pour la première et de manière officielle, des groupes de miliciens Nsiloulou indiquent leur lassitude d’une situation sans issue et veulent sortir des forêts. Pour la première fois aussi les institutions de la République donnent à voir une réelle implication pour mettre fin à l’absurde d’une guerre dont le but est encore à rechercher. Les signes de cette volonté-là existent.

Ils sont tout petits et ténus ; ils sont fragiles et courent le risque de tout processus de sortie de crise. Les acteurs multiples, aussi bien dans les opérations de violence que dans la recherche de la paix, sont toujours exposés à la menace d’une provocation et d’un dérapage. Ils se sont d’ailleurs multipliés au fil des temps, apportant chacun son approche plus efficace que celle du voisin, plus coûteuse en argent aussi : le Pool, c’est aussi une situation de précarité qui ne peut pas avoir fait que des malheureux partout !

Les petits trafics le long des routes, la multiplication des points de contrôle payants de l’armée, la relative prospérité des miliciens dans les villages vidés de leurs habitants : tout cela mettra du temps à s’oublier. Car la situation normale ici n’est certainement pas, pas tout de suite en tout cas, un retour fluide et sans réticences à la quiète réalité d’il y a deux ans qui n’était déjà pas exemptes de frustrations. Il faudra certainement beaucoup pour faire oublier un «anormal» brutalement surgi d’un malaise diffus autour d’un référendum constitutionnel et d’une élection présidentielle discutés pour le moins. Mais le porte-drapeau de la contestation : Ntoumi ; la méthode de contestation choisie : la violence et la brutalité contre des populations qui ne demandaient pas mieux qu’à gérer leur misère ; la riposte organisée qui est allée, en certains endroit, au-delà des attentes de paysans qui ne savaient plus faire qu’une chose, fuir les miliciens et fuir l’armée : c’est tout cela qui devra prendre fin.
Avec un retour rapide souhaité de la confiance des paysans dans leurs élus, leurs forces de l’ordre et même, tout simplement, dans leurs enfants de village. Il y a de la sagesse dans les campagnes ; de la résilience chez tous ceux qui aujourd’hui peuvent brandir ou non les marques des violences subies, de leurs églises profanées, de leurs villages brûlés et pillés, des arbres fruitiers arrachés ou coupés, de leurs plantations livrées à une jachère involontaire à l’heure où l’arachide et le maïs devaient y exhiber de la verte exubérance. Il faudra parvenir à surmonter cela, et il n’y a aucune raison de penser qu’on n’y arrive pas.
Pourtant, resteront immuables, trois interrogations majeures :
- Quelles leçons tirera-t-on de cette aventure sans nom? L’avenir nous réserve-t-il d’autres épisodes de douleur dans une Nation où une partie a vécu la paralysie et la souffrance d’un département (du fait des agissements de ses propres natifs) et l’autre partie a été partagée entre le haussement d’épaule du spectateur blasé et une forte indignation ? Ntoumi sort-il (sortira-t-il) grandi ou non de cette parenthèse rocambolesque ?
- La deuxième série d’interrogations est dans la nature de la paix en programmation: une paix en fusion dans la République ou une manière de colt fumant et menaçant ? Les opérations de DDR (Démobilisation – désarmement- réconciliation), le Congo en a déjà connu. Toujours également avec les Ninjas et toujours avec un rôle gardien de la flamme de la paix pour Ntoumi. Les feux de joie célébrant le départ en fumée des armes de la rébellion s’allument-ils seulement avec des armes défectueuses ; celles qui fonctionnent étant cachées pour alimenter la prochaine saison d’exactions ?
- Et les citoyens, en quoi peuvent-ils – doivent-ils jouer – un rôle pour que ce qui se fait en leur nom, et souvent contre eux, suscite une indignation et une réprobation qui rendent toute manipulation possible ? L’insurrection dont on tente d’éteindre les flammèches aujourd’hui, a été allumée en avril 2015 : deux longues années pour l’éteindre, signe de faiblesse ou manifestation d’une adhésion partielle ?
Il nous faudra sans doute nous asseoir en république et examiner en toute objectivité les raisons d’une parenthèse de sang. Car, on l’oublie trop vit: pendant les deux ans écoulés des militaires sont morts ; des miliciens aussi sans doute mais plus encore des populations civiles qui n’ont ni cherché ni désiré une mort sortie de nulle part. Des deuils ont été célébrés en public, d’autres en cachette mais toujours pour des vies humaines emportées par un ouragan de nullité. Parler d’indemnisations, de justice, de normalisation sonne tellement creux face à ce qu’un geste ne pourra rattraper ! Qui rendra justice à ces mères violées? Qui tient le compte du nombre des hommes et femmes souffletés pour avoir rouspété ou pour s’être rebellé à la rébellion; des petites activités économiques paralysées, des ménages brisés et de ces vieillards terrassés dans un coin de savane par un coup de palu sévère qui ne leur a arraché aucun cri de protestation ?
Nous avons plongé dans une folie partielle dont il faudra tirer les tenants et les aboutissants. Mais pour faire quoi ensuite, alors qu’alentours rode la pestilence de la sévère crise ?

Albert S. MIANZOUKOUTA

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