Crise humanitaire dans le Pool : Mindouli, ce qu’il en reste

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C’est une succession d’images de désolation qui frappent par la suggestion qu’elles portent de la sauvagerie intervenue ici. Mindouli, jadis carrefour de tous les dynamismes économiques d’une bourgade à la confluence frontalière des deux Congo, n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. La gare ferroviaire, fierté de cette originalité architecturale coloniale faite de briques rouges s’alignant depuis Kibossi jusqu’à Bouansa, n’a plus d’intacte que le nom de la gare, en émail rouge.

 

Cela donne encore plus d’émotion, car ce qui se dresse devant la vue n’est que le squelette d’une splendeur passée. Eventrée, détôlée, avec des murs dont on ne peut plus dire si leur lépreuse robe d’aujourd’hui, contraste entre le blanc cassé qui fut et la meurtrière insouciance des bombardements et des pillages, se dresse là pour témoigner, dénoncer ou implorer Mindouli, la dynamique gare d’hier, où le voyageur était toujours assuré de trouver un corossol, de l’oseille en bouteille, du gombo ou d’autres légumes s’est parée, sans doute à son corps défendant d’une telle végétation haute qu’on aurait dit un champ de cannes. La gare était jadis le cœur de ce qui s’annonçait comme une ville pleine de vie. Le centre est mort ; les entrepôts sont morts, les voies d’aiguillage se rouillent alors que les rails se distinguent à peine dans les frondaisons. Mindouli est morte, comme est morte une grande partie du département du Pool prise sous la féroce et gratuite violence de Ntumi, et de ceux venus pour lui donner la traque et qui ont sonné, en toute insouciance, l’hallali Il a fallu bombarder, attaquer, contre-attaquer. Il a fallu s’y livrer à l’inutile guerre de deux ans que Ntoumi a déclarée à sa propre région. Avec ce que cela suppose de conséquences atroces pour des populations qui ne demandaient pas à arpenter les collines escarpées de la région pour fuir devant toute personne portant une arme. Fuir les viols et les pillages ; les rackets et les délits de faciès qui vous font vite passer pour «traître», «agent de renseignement» devant Ntoumi et ses soudards, ou devant l’armée énervée d’avoir à subir une guerre absurde. Et presque sans cause.
Ces populations-là sont aujourd’hui amassées à la préfecture et dans d’autres sites de regroupement. Elles qui vivaient d’agriculture sont suspendues aujourd’hui aux vivres venues de loin et portées là par le Programme alimentaire mondial, le PAM. Un synonyme de survie.
Dans une action dont on peut chaque fois mesurer la part d’engagement, Mme Antoinette Dinga Dzondo, ministre des Affaires sociales et de l’action humanitaire, a conduit mercredi une mission conjointe avec le PAM pour l’identification des populations déplacées et procédé à la démonstration d’une méthode de distribution de vivres. Le ministère et les organismes multilatéraux attendent, en effet, beaucoup de la «prouesse technologique» dénommée: SCOPE. Il s’agit d’une plateforme numérique par laquelle le PAM peut mieux contrôler les bénéficiaires de son aide. Les personnes répertoriées se présentent avec une carte numérisée dans une boutique présélectionnée et y choisissent les denrées de leurs nécessités. Le PAM procède ensuite au payement électronique, comme dans un système de transfert d’argent par téléphone mobile. Les avantages sont multiples. La personne ou la famille se présentant à la boutique est bien la personne dans le besoin ; les produits prélevés sont bien  ceux qui servent effectivement aux populations cibles ; pas d’argent et donc pas de risque de pillage. Le système a été testé en Somalie et au Niger en Afrique ; il aurait donné des résultats encourageants.
Mme Dinga Dzondo a rassuré les populations et les autorités locales du mieux qu’elle pouvait : sur une distribution prochaine de semences, une meilleure prise en compte des familles d’hébergement pour les déplacés. Mais elle a également mené une opération de vérité consistant à faire comprendre que le Gouvernement ne pouvait donner que ce qu’il recevait. Les donateurs, dont l’Union européenne qui avait une de ses représentantes dans la délégation, ont pris bonne note. Notamment sur le dénuement des hôpitaux et des centres de santé, confrontés à des pénuries d’une telle gravité qu’à la préfecture, a indiqué le sous-préfet Tela, on a parfois procédé à des cotisations pour affronter les cas les plus désespérés.
La ministre Dzondo a insisté sur l’action déterminante des chefs de quartier pour, à la fois, affiner l’identification des déplacés et leur faire arriver les aides éventuelles. Le sous-préfet Tela a remercié la ministre pour avoir affronté, à plusieurs reprises « même au plus fort de la crise », les routes du Pool et du district de Mindouli pour aller au contact des réalités.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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