Assemblée nationale : Séance des questions orales avec débats au Gouvernement

Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien 

Le Gouvernement était face à la représentation nationale le 6 avril 2018. Objectif, répondre à une série de préoccupations des députés qui n’ont pas fait de quartier aux 20 ministres concernés par cette interpellation qui a duré sept heures. Une situation inédite, alors que le règlement intérieur de l’Assemblée nationale ne prévoit que 3h30 mn. Les travaux de cette séance des questions orales avec débats au Gouvernement conduit par Clément Mouamba, étaient présidés par Isidore Mvouba, président de la chambre basse du Parlement.

 

Le chaud et le froid : les débats étaient houleux, mais empreints de sérénité. La population elle, était en attente d’écouter les vérités qui viendraient dissiper angoisses et inquiétudes.  A un moment, on a eu l’impression que la majorité semblait se retourner contre ses propres ministres. Ils ont été 28 députés à poser des questions. Le premier à ouvrir le bal était Raymond Isaac Follo qui pense que la rupture, telle qu’énoncée par le chef de l’Etat, tarde à sortir des ornières de la facilité. «La sensation d’une vie nouvelle est encore loin des attentes de nos populations», a-t-il observé. Le député a cité le ministère des transports et de l’aviation civile où un seul cadre surfe sur toutes les entreprises de ce département ministériel, soit en qualité de président du conseil d’administration, soit en qualité de président du comité de direction. Allusion faite à un certain membre du Gouvernement particulièrement cumulard.
Le député Apollinaire Tsiba a, quant à lui, interrogé le premier ministre sur les négociations avec le FMI. Joseph Mbossa est revenu sur la dissolution de la SNE et SNDE. Il voulait en savoir plus sur les motivations qui ont conduit le Gouvernement à prendre cette décision. Il aussi dénoncé l’abattage sauvage des bois par les exploitants chinois qui refuseraient de se présenter aux autorités locales et de présenter leur permis d’exploitation. Gérald Matsima Kibembé a porté son intervention sur la situation des retraités et les retards constatés dans le paiement de leurs pensions. Et Dieudonné Kourissa a  demandé quelles sont les dispositions prises par le Gouvernement en vue de sauver l’année scolaire 2017-2018, notamment pour les élèves qui vont se présenter au BEPC, dans certains districts du Pool.
D’autres préoccupations des députés ont porté sur l’exploitation de l’or par les Chinois, dans le district de Souanké, la baisse du niveau des réserves de change sans lesquels le pays ne peut procéder au règlement des importations et à celui des services de la dette extérieure en devises étrangères, la concession des routes nationales, la redevance audiovisuelle, etc.
Dans ses réponses, le premier ministre Clément Mouamba a estimé que la préoccupation du député Raymond Isaac Follo est une invite à la cessation des antivaleurs qui constituent un véritable frein à la marche vers le développement. Pour lui, «c’est la primauté de droit et de la justice sur l’arbitraire et l’impunité», a-t-il dit, en paraphrasant le président de la République. Et d’ajouter: «C’est un vaste programme qui touche toute notre société et interpelle chacun de nous. La rupture est de sens comportemental», a-t-il fait souligné.
Sur le cumul de fonctions, Clément Mouamba a simplement fait référence à la norme OHADA qui dispose qu’un individu peut être président d’un conseil d’administration dans trois structures différentes, «pourvu que cela soit dans divers domaines».
Justifiant la présence d’une délégation du FMI en République du Congo, le premier ministre a affirmé que cette institution est là pour ouvrir les négociations de fond sur la gouvernance, la dette, le cadre macro-économique. «Toutes les conditions sont réunies pour pouvoir signer un accord», a-t-il laissé entendre.
Parlant des retombées du contrôle physique des agents de l’Etat, Firmin Ayessa a commencé par reconnaitre que ce recensement a permis de constater le vieillissement des agents ainsi qu’en témoignent, selon lui, les départs massifs à la retraite. «19% des 62.800 agents recensés iront à la retraite dans 5 ans et 40% dans 10 ans», a averti le vice-premier ministre. Par contre, 8847 agents ne se sont pas présentés au recensement. «La solution, c’est de consigner leurs salaires, dans un mode de règlement MDR, au niveau des services de la solde pour les contraindre à se présenter aux agents recenseurs».
Le ministre Raymond Zéphirin Mboulou a, quant à lui, confirmé la création sous peu de la fonction publique territoriale. «Les choses sont déjà très avancées avec les ministères de la Santé, de l’Enseignement, etc». S’agissant de la mise en service du cimetière de Matari, le ministre de l’Intérieur a laissé entendre que 200 caveaux sont déjà prêts. Le handicap majeur, selon lui, reste la voie d’accès dont les travaux coûtent excessivement chers. «En rapport au coût, nous n’avions pu libérer que la moitié de l’investissement. En ce moment précis, nous attendons si les conditions financières le permettront, l’entreprise pourra répondre les travaux et faire de sorte que le cimetière soit opérationnel», a-t-il précisé.
Sur l’inefficacité de la police quant à la traque des bébés noirs, le ministre s’est réservé de ne pouvoir confirmer cette assertion. Bien au contraire, il a estimé qu’elle est très active. «La force publique travaille pour éradiquer ce phénomène. Il y a lieu de dire que la responsabilité incombe aussi aux parents. Voilà pourquoi, il faut utiliser les méthodes fortes. Quand on arrête un bébé noir, il faut aussi prendre le parent», a-t-il argué.
A son corps défendant, le ministre a fait savoir qu’il n’y a pas d’auxiliaires de police. «Ceux que vous voyez sont recrutés par les chefs de commissariat sur leurs propres initiatives. L’ayant constaté, j’ai ordonné leur sortie de toutes les structures de la police. Les laisser dans leur position, serait cautionner l’indiscipline des recruteurs», a affirmé Raymond Zéphirin Mboulou qui a rappelé que l’entrée à la police nationale se fait par voie de concours. Ce qui a fait rire les députés qui n’en croient pas, puisque la réalité est toute autre.
Par ailleurs, il a annoncé la reprise prochaine de la traversée par pirogue sur le Djoué. «Le temps que l’opération de ramassage des armes se fasse». Interrogé sur l’enquête sur la prétendue attaque terroriste déjouée visant les ambassades de France et des Etats-Unis, le 30 novembre 2017 où un Congolais de confession musulmane avait été arrêté, le ministre Thierry Lézin Moungalla, s’est défendu : «Je confirme avoir lu ce communiqué au nom du Gouvernement. Cette lecture, vous l’imaginez, n’était pas une initiative spontanée du porte-parole que je suis. Mais l’exécution d’une décision de ma hiérarchie qui considérait comme hautement nécessaire de rassurer l’opinion nationale, largement alerté ce jour-là. Il s’agit d’une affaire de sécurité, le porte-parole est certes l’expression publique de l’état, mais il n’est pas en charge des questions de sécurité. Votre questionnement m’emmène à vous dire que j’ai bien peur de ne pas être le véritable destinataire et pas le plus approprié de votre domaine d’éclaircissement tout à fait pertinent sur l’évolution de cette affaire», a-t-il souligné.
A signaler que l’identité du prévenu est inconnue jusqu’à ce jour. Et que des questions se posent sur la suite de cette enquête.

Cyr Armel
YABBAT-NGO

Informations supplémentaires