La ministre Ebouka-Babackas, de retour de Busan (Corée du Sud) : «Il est plus que grand temps d’industrialiser l’Afrique»

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La ville de Busan, en Corée du Sud, a abrité, du 21 au 25 mai dernier, les assemblées annuelles du groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD), sur le thème «Accélérer l’industrialisation de l’Afrique», et la Conférence sur la Coopération économique entre la Corée du Sud et l’Afrique (KOAFEC). Le Congo y a été représenté par Mme Ingrid Olga Ghilaine Ebouka-Babackas, ministre du Plan, de la statistique et de l’intégration régionale. Dans l’interview ci-après, elle fait le point de ces deux rencontres.

 

*Quel a été l’objet de votre mission?
**A Busan, j’ai pris part du 21 au 25 mai dernier aux assemblées annuelles du groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) et à la Conférence sur la Coopération économique entre la Corée et l’Afrique (KOAFEC 2018). S’agissant de la BAD, il y a lieu de rappeler que c’est une institution financière multinationale de développement ayant pour actionnaires les Etats africains, mais aussi quelques Etats des autres régions du monde. Elle vise au développement et au progrès social des états africains à travers son assistance technique, mais surtout son apport financier pour la réalisation de programmes ou projets publics majeurs nationaux ou sous-régionaux.
Aujourd’hui, son programme d’activités qui permettrait au continent africain de tirer parti de ses potentialités s’articule autour de cinq domaines prioritaires ou Top 5: éclairer et électrifier l’Afrique, nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique, et enfin améliorer la qualité de vie des populations en Afrique. Les assemblées annuelles sont des assises classiques qui réunissent les actionnaires de la BAD chaque année avant la fin du 1er semestre pour évaluer la gestion de la direction générale et approuver les états financiers à travers différents rapports d’activités.
Une particularité, toutefois: cette fois-ci, les actionnaires ont décidé d’entamer les discussions sur la 7e augmentation générale du capital de la BAD pour couvrir les besoins exprimés par les pays africains. En outre, les assemblées annuelles retiennent toujours un thème central autour duquel des séminaires et des présentations sont des moments de partage d’expérience. Le thème de cette année a été «Accélérer l’industrialisation de l’Afrique». Concernant la Conférence 2018 sur la «Coopération économique entre la Corée et l’Afrique» (KOAFEC 2018), il s’agit d’indiquer que cette plateforme majeure du partenariat entre le continent africain et cet Etat du Sud Est a été lancée en 2006.
La KOAFEC vise à produire des résultats concrets à travers les projets d’investissement indicatifs dans six domaines de coopération, à savoir: l’énergie et les infrastructures, les Technologies de l’information et de la communication (T.I.C), le développement des ressources humaines, le développement agricole et rural, le changement climatique et le partage des connaissances en matière de développement en s’inspirant du cas de la Corée. Les deux éléments constitutifs principaux de la KOAFEC sont la Table Ronde Ministérielle et le Forum de Partenariat Public-Privé (PPP).
Nous avons participé à la table ronde ministérielle de la KOAFEC qui est la plus grande assemblée intergouvernementale représentée au plus haut niveau, réunissant les ministres de l’Economie des pays africains, les délégations africaines (les acteurs principaux des ministères du gouvernement), et les organisations internationales en Afrique comme l’Union Africaine. La Table Ronde sert de plate-forme pour promouvoir un dialogue politique de haut-niveau sur le partenariat Corée-Afrique. Elle a débouché sur l’adoption de la déclaration conjointe KOAFEC 2018 et la confirmation du Plan d’Action KOAFEC pour 2019 & 2020.

*Que pouvons-nous retenir d’essentiels de votre participation aux assises de Busan?
**Trois points. Sur la santé financière de la BAD, c’est qu’elle est excellente, car notre banque de développement est notée AAA par les agences de rating, mais pour maintenir cette note et faire face aux défis de développement des pays membres régionaux, il faut, à très court terme, renforcer ses fonds propres par une 7e augmentation de capital. Les discussions sont ouvertes.
Sur le thème «Accélérer l’industrialisation», il est évident qu’il est plus que grand temps d’industrialiser l’Afrique, en s’appuyant sur sa démographie galopante, son urbanisation grandissante, la croissance du marché intérieur et de la classe moyenne et, enfin, la 4e révolution industrielle. Elle est fondée sur l’usine intelligente, qui se caractérise par une interconnexion des machines et des systèmes au sein des sites de production, mais aussi entre eux et à l’extérieur.
Cette 4e révolution industrielle fait le lien avec le 3e point essentiel de notre séjour en Corée, l’apport du KOAFEC. Les gouvernements africains et la Corée se sont engagés à collaborer pour mettre les technologies intelligentes au service de l’industrialisation rapide du continent. Le Gouvernement coréen apporterait ainsi des solutions innovantes, notamment grâce à des drones spécialement conçus pour aider les pays africains à se développer plus rapidement.

*Que pouvons-nous attendre de notre coopération avec la BAD?
**Comme tout actionnaire, le Congo peut attendre de la BAD ses conseils, son assistance technique pour la mise en œuvre des réformes actuelles qui s’imposent pour le redressement de sa situation économique et financière. En outre, le Gouvernement peut obtenir son appui financier dans le cadre de sa politique en matière budgétaire, après un accord de programme avec le FMI.
Par ailleurs, le portefeuille actif de la BAD au Congo comprend 9 projets du secteur public, totalisant un engagement net d’environ 442 millions USD, avec un fort contenu multinational (72%). L’augmentation souhaitée du capital de la Banque permettra au Congo d’accroitre son portefeuille de projets à venir, afin d’accélérer les progrès vers sa transformation économique. Dès à présent, nous voulons nous faire l’écho d’une nouvelle initiative de la BAD pour attirer les fonds de pension africains et mondiaux, les fonds souverains ainsi que d’autres investisseurs institutionnels en Afrique, il s’agit du Forum africain de l’investissement.
Cette plateforme mettra activement à contribution le secteur privé et s’intéressera à des transactions ou projets ayant la capacité de transformer le continent. La première édition aura lieu du 7 au 9 novembre 2018, à Johannesburg, en Afrique du Sud. A travers l’appui technique et financier de la BAD, et de telles initiatives, le futur Plan national de développement 2018-2022 trouvera une partie des ressources nécessaires à la mise en œuvre des projets d’investissement publics du Congo.

Propos recueillis par Sévérine EGNIMBA

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