Alliances, plateformes et coalitions politiques : D’éphémères antichambres pour aller à la mangeoire

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L’unité affichée par l’opposition avant le référendum constitutionnel de 2015 n’est plus qu’un souvenir. Dissensions internes, méfiance ou suspicions entre dirigeants, absence de stratégie politique adaptée au contexte actuel ont abouti à la réalité d’aujourd’hui: la division. Aujourd’hui, l’opposition est dans plusieurs branches: le Collectif des partis de l’opposition congolaise (CPOC) et l’Alliance pour la République et la démocratie (ARD) dirigés par Mathias Dzon;

la Fédération de l’opposition congolaise et le Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique (FROCAD) dirigées par Claudine Munari; la Convention des partis républicains (COPAR) présidée par Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint Eudes; l’Initiative pour la démocratie au Congo (IDC) de René Serge Blanchard Oba; l’Opposition politique congolaise par Pascal Tsaty-Mabiala. On s’y perd!

L’opposition est plurielle, mais elle suit le parcours de devanciers qui se sont enfoncés dans les sables mouvants de la division. Qu’on se rappelle : au Congo, on a connu en 1992, l’Alliance URD-PCT et apparentés créée après la rupture de l’alliance UPADS-PCT au lendemain de l’élection de Pascal Lissouba à la tête du pays. Elle volera en éclats en 1994 lorsque le MCDDI décide de s’allier à l’UPADS. Au cours de cette même année, le PCT et ses apparentés créent les Forces démocratiques unies (FDU).
En 1996, le président de la République, Pascal Lissouba, et Bernard Kolélas se retrouvent tous deux à Paris. Une rumeur fait état de la signature d’un accord secret sur l’élection présidentielle de juillet 1997. L’UDR-Mwinda, jalouse, tourne le dos à Pascal Lissouba. Cette rumeur se confirme en 1997 par la création de l’Espace républicain pour la défense de la démocratie et de l’unité nationale (ERDDUN) et la nomination de Bernard Kolélas au poste de premier ministre. L’Alliance URD-PCT qui veut être le socle de l’unité nationale est secouée. Un cafouillis dans les affinités et un vagabondage politique vont conduire le pays aux guerres fratricides et meurtrières de 1997.
A peine créée, l’ADP-MBONGWANA qui regroupait 44 partis et associations de l’opposition signataires du mémorandum du 15 novembre 2001, finit par voler en éclats en 2002. Certains partis politiques n’ont pas admis que Jean-Michel Bokamba-Yangouma en soit le leader. Les sept partis membres à part entière de l’ADP dirigés par Abel Wilson Ndessabeka, dénoncent en des termes vifs cette imposture qui relevait, à leurs yeux, de la «pire escroquerie politicienne, teintée de filouterie, si ce n’est tout simplement de forfaiture à l’extrême».
Pour mieux aborder les échéances électorales de 2002, la CODESA, un nouveau mouvement de l’opposition, voit le jour le 29 mars 2002. Il avait pour leader André Milongo, président de l’UDR-MWINDA. Cette plateforme rassemblait la plupart des leaders de l’opposition. Son combat s’inscrivait dans la continuité des actions que l’opposition congolaise n’a cessé de mener pour obtenir la transparence dans l’organisation des élections au Congo.
En 2004, Me Hervé Ambroise Malonga, président du Convention des républicains (CR), quitte la CODESA et forme avec 13 leaders d’autres partis et associations politiques de l’opposition, le 7 août, la Coordination de l’opposition pour une alternance démocratique (CODE A) dont il sera le président. Elle se définissait comme un cadre de concertation, d’analyse et d’action politique. Les partis comme l’UPADS, UDR-MWINDA et le RDD présidé à l’époque par Saturnin Okabé, n’en étaient pas membres.
Dans l’entre-temps, la CODESA qui comptait 9 partis politiques à l’origine, n’en a eu plus compté que 6 en 2006, année de sa disparition. Son leader André Milongo claque la porte et crée le 29 avril, en compagnie d’autres responsables, le Front démocratique pour la commission électorale indépendante (FDCEI) dont il sera le président. Les fondateurs de cette nouvelle alliance politique justifiaient sa création par le fait que les élections de 2002, organisées par la Commission nationale d’organisation des élections (CONEL), étaient entachées de «graves irrégularités».
A peine créé, le FDCEI s’étiole et disparaît comme il venait de naître. André Milongo, président de l’UDR-Mwinda, forme avec l’UPADS et le RDD l’Alliance pour une nouvelle République (ANR) qui a brillé par son immobilisme. L’accord portant création de ce groupement a été signé le 11 mai 2007. Son objectif était de «conquérir le pouvoir par les voies démocratiques, afin de proposer aux Congolais un projet politique alternatif crédible et salvateur, fondateur d’une nouvelle République».
A cette initiative, Mathias Dzon, président de l’UPRN, avec 11 autres leaders des partis et associations politiques opposent l’Alliance pour la République et la démocratie (ARD), afin de consolider, selon eux, «la démocratie au Congo et de militer pour une alternance politique». Parmi ces partis, le MGCC de Jean-Michel Bokamba-Yangouma, le RDR du général Raymond Damase Ngollo, la Convergence citoyenne de Bonaventure Mbaya et le PSDC de Clément Miérassa. Sa sortie officielle a eu lieu le 25 octobre 2007.
Le 12 avril 2008, Jean-Michel Bokamba-Yangouma et Luc Daniel Adamo Mateta créent la coalition des partis du centre (CPC).
En février 2009, l’opposition organise ses états généraux, au cours desquels seront adoptés un certain nombre de documents fondamentaux. Ainsi est né le Front des partis de l’opposition congolaise (FPOC) dont l’objectif initial était l’exigence, par la concertation, des élections libres, transparentes et équitables au Congo.
A l’instar des coalitions d’opposition qui l’ont précédé, le FPOC n’a pas fait preuve de plus d’originalité: nature hétéroclite des membres qui le composaient et comportement calculateur et un minimum de points de convergence (exigence d’une élection libre, transparente et équitable), sur tout le reste les partis membres du FPOC ne se sont accordés sur rien. Chaque leader a adhéré à ce cartel politique, en conservant toutes les marges de manœuvre de son autonomie, chacun avec son agenda caché, sa ligne et sa stratégie politiques.
Pendant que le pouvoir s’obstinait à distinguer, au sein des forces d’opposition, modérés d’un côté et radicaux de l’autre, l’ARD au sein du FPOC s’attribue le label de «vraie opposition», contre les autres partenaires suspectés en permanence d’intelligence avec Mpila, et considérés comme de faux opposants.
A vrai dire, le FPOC portait les germes de la division depuis sa création. Car, comme dans toutes les autres coalitions d’opposition n’ayant jamais survécu à leurs contradictions internes, au FPOC, chaque leader était venu avec l’intention cachée de se servir de l’autre comme marche-pied. D’où le climat empreint de suspicions des uns contre les autres, ainsi que les invectives qui caractérisaient les débats au niveau des instances et qui l’ont contraint à la disparition forcée.
Présidé par Rigobert Ngouolali, le FPOC a, malgré les fortes dissensions en son sein, nées de la participation de certains de ses membres à la concertation politique d’Ewo, su préserver son unité, jusqu’en novembre 2012. Dans la perspective de la tenue de sa convention nationale, instance habilitée à apprécier le bilan de l’exercice 2011-2012 ; à renouveler les instances et à élire un nouveau président qui, selon ses textes, devait provenir du Groupement politique ARD, le collège des présidents fut convoqué pour fixer la date de la convention et adopter son budget. Curieusement et bizarrement, les jours convenus les présidents, pourtant bien informés, sont absents.
La politique de la chaise vide fait son entrée, annonçant ainsi la fin d’une aventure.
Le Mouvement citoyen pour le respect de l’ordre constitutionnel, une plate-forme regroupant des associations, des syndicats, des partis politiques et des individualités et qui s’oppose au changement de la constitution est créé le 24 mai 2014. Son ambition était claire: stopper net, selon son président Clément Miérassa, le changement de la Constitution, en se proposant d’être le garant de sa défense et du respect des règles communément admises dans le cadre de cette constitution.
Face aux enjeux électoraux de 2016, quarante-cinq partis, associations et personnalités indépendantes opposés au changement de la Constitution se réunissent le 15 janvier 2015 pour signer une déclaration dans laquelle ils exigent le respect de l’ordre constitutionnel et la convocation d’une concertation sur la préparation de l’élection présidentielle. C’est la naissance du Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique (FROCAD) avec pour but de s’opposer, démocratiquement, au changement de la Constitution de 2002. Il a pour coordonnateur national Paul-Marie Mpouelé qui va démissionner quelques mois plus tard, pour cause de suspicion dont il faisait l’objet de la part de certains membres de cette coalition.
Il sera remplacé par Pascal Tsaty-Mabiala, premier secrétaire de l’UPADS qui sera lui, remplacé au pied levé par Claudine Munari, pour avoir pris acte des résultats de l’élection présidentielle du 20 mars 2016. Cette dernière a été, officiellement, investie dans ses fonctions le vendredi 15 juillet 2016.
Une nouvelle plateforme opposée au changement de la Constitution du 20 janvier 2002 verra le jour, à Brazzaville, le 1er aout 2015. Dénommée: Initiative pour la démocratie au Congo (IDC), elle a été lancée lors de la cérémonie de signature de sa convention de création qui réunit, au domicile de l’ancien ministre André Okombi-Salissa, Guy-Brice Parfait Kolélas, René Serge Blanchard Oba, le député Mabio Mavoungou-Zinga, Guy Maûmba, Nicolas Kossalobade, Jean-Baptiste Bouboutou-Mbemba…
Le 22 août 2015, les leaders du FROCAD et de l’IDC s’unissaient à travers un accord de partenariat, en vue de «défendre et promouvoir le respect de l’ordre constitutionnel; la gouvernance électorale pour des élections crédibles, libres et transparentes; la justice et l’égalité pour tous; concevoir et mettre en œuvre des actions communes crédibles, efficaces et des approches de résistance non-violente et légale». Du 8 au 13 janvier 2016, à Brazzaville, ils tenaient une convention dont on attendait, entre autres, la désignation d’un candidat unique à l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016.
Au lieu de cela, cette opposition choisit finalement la stratégie des candidatures multiples parce que, expliquait-elle avec emphase, pour s’attaquer à un éléphant, «il faut être plusieurs». L’image ne traduisait pas moins sa difficulté à se donner un chef derrière lequel tout le monde se rangerait. Et quand on sait que dans cette opposition, d’autres ténors comme Mathias Dzon faisaient déjà bande à part, on ne pouvait pas s’attendre à autre qu’à des rangs dispersés pour des résultats émiettés à l’élection présidentielle.
Guy-Brice Parfait Kolélas avait déjà annoncé, lors d’une rencontre avec ses militants au siège du MCDDI à Makélékélé, sa propre candidature à l’élection présidentielle. Et du côté du FROCAD, Pascal Tsaty-Mabiala et Claudine Munari se déclaraient eux aussi candidats. Tout comme André Okombi-Salissa à l’IDC. Une IDC dans le désarroi et la crainte de la démission ou non de Guy-Brice Parfait Kolélas et son initiative de tenir sa convention. Les cadres et militants sont médusés devant ce spectacle de mésentente publique, alors que les législatives de 2016 pointent à l’horizon.
Défendre la Constitution et promouvoir l’alternance démocratique. Telles étaient les objectifs de la charte citoyenne signée le 10 novembre 2015 par Clément Mierassa, président du Parti social-démocrate congolais (PSDC), le Mouvement citoyen pour le respect de l’ordre constitutionnel (MCROC), Anatole Limbongo-Ngoka de la Plate-forme de la société civile pour le respect de la Constitution du 20 janvier 2002 et Paul-Marie Mpouelé de l’Association «Sauvons le Congo».  
Se définissant comme des organisations non violentes, les trois associations ambitionnaient de régler, par les moyens pacifiques tout différend, de telle manière que la paix, la sécurité nationale et la justice ne soient pas mises en danger. Les signataires se proposaient aussi de se consulter chaque fois que, de l’avis de l’une d’entre elles, l’intégrité de leurs structures, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties seraient menacées.
Le 20 juillet 2016, Paul-Marie Mpouelé, Armand Mpourou, Clotaire Mboussa Hella et les autres créent une coalition de l’opposition appelée le Rassemblement pour l’opposition congolaise (ROC), un groupement d’une dizaine de petits partis politiques sans élus (même au niveau de quartier !). Cette plateforme envisageait de mener autrement la politique de l’opposition qui n’aurait évolué, selon elle, que pour aller d’échecs en échecs.
Sans surprise, René Serge Blanchard Oba annonçait le 20 septembre 2016, exclusion de Guy Brice Parfait Kolélas de l’IDC.
Une nouvelle plateforme voit le jour le 23 juin 2018, l’Opposition politique congolaise réunie autour de Pascal Tsaty-Mabiala, chef de file de l’opposition.
Depuis les élections démocratiques de 1992, le processus démocratique engagé par la Conférence nationale souveraine en 1991 souffre de l’incurie des coalitions politiques d’opposition, trop souvent fondées sur des alliances contre-nature, sans convergence sur les principes.
Des alliances hétéroclites sont nées, et même des alliances contre-nature, qui n’ont fait que mener à l’impasse la dynamique démocratique impulsée par la Conférence nationale souveraine en 1991.
L’histoire retiendra que tous ces cartels politiques d’opposition n’ont été que de véritables salles d’attente d’où plusieurs personnalités des élites nationales, vivant très mal la perte des privilèges du pouvoir, attendent d’être rappelées à la table du festin.
Cette politique du ventre explique les convulsions et les déchirements qui font des coalitions politiques d’opposition de simples espaces de recrutement, en vue du renforcement et de la pérennisation du pouvoir.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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