Ramassage des armes dans le Pool : Ntumi appelle l’Etat à reconstruire ses maisons!

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«Ma commission est limitée. Nous sommes fiers d’avoir atteint cette étape. Nous sollicitons que vous preniez le relai, parce que c’est vous qui avez signé les accords de paix. Nous ne sommes que des ouvriers. Maintenant, nous sommes bloqués», a-t-il avoué. Ubuesque, Ntumi a rétorqué: «C’est la partie gouvernementale qui bloque». La rencontre s’est déroulée dans la sobriété, mais elle aura permis au Gouvernement de dialoguer directement avec le chef des insurgés du Pool.


Tout a commencé par une prière qui s’est clôturée par une salve d’applaudissements. Séraphin Ondélé était le premier à prendre la parole. Il a circonscrit le cadre des débats en rappelant à son interlocuteur qu’il était un homme de Dieu, «un homme très spirituel. La paix, c’est la seule chose que le Seigneur nous a laissée. Nous travaillons à cela. Depuis janvier, nous avons fait de la liberté du personnage que vous êtes notre priorité», a-t-il dit.
 La président de la commission ad-hoc a fait remarquer qu’il a fallu passer par des moments difficiles pour obtenir toutes les avancées, notamment la levée du mandat d’arrêt émis contre Ntumi en 2016. Parce que, selon lui, le chemin de la paix n’est pas pavé d’avance. «Nous pensons que le temps est venu pour faire la paix. Nous voulons travailler à ce que l’image qui est la vôtre soit présentée autrement par rapport à ce que l’opinion pense. Je viens auprès de vous solliciter un appel à la paix, votre appel au ramassage des armes. Je sais qu’il y a beaucoup de choses auxquelles moi, président de la commission ad-hoc, je ne peux pas répondre», s’est-il contenté de dire.
En toute responsabilité, Séraphin Ondélé a reconnu que sa commission était limitée, comme s’il ne voulait pas assumer les échecs ou les ratés des négociations. Néanmoins, il s’est dit fier d’avoir oeuvré jusqu’à atteindre cette étape de venir rencontrer le Pasteur Ntumi, afin de lui demander de prendre le relai. «C’est vous qui avez signé l’accord de paix. (…). Monsieur le président, le génie n’a qu’un siècle. Nous tous, si nous avons la chance, on ne peut pas atteindre un siècle, mais le Congo vivra éternellement. Dites quelque chose à ces Congolais qui vous écoutent, j’espère que votre seul mot va changer l’idée de certains sur vous», a-t-il exhorté.
En réponse, le Pasteur Ntumi a commencé par remercier son interlocuteur d’avoir eu le courage d’arriver jusqu’à Miheté. Pour lui, seule la compréhension permet de faire paix. «La paix, c’est un dépassement. Si vous m’avez encore vu vivant, ce n’est pas à cause des armes, c’est Dieu qui m’a protégé», a-t-il laissé entendre, d’un un ton mal assuré.
Il a dit ne pas être responsable du blocage ; la partie gouvernementale ne respecte pas les engagements pris. «Ce n’est pas votre manière de faire, ni le fait d’aller vite ramasser les armes qui va ramener la paix», a-t-il dit à Séraphin Ondélé. «Il faut que les deux parties s’assument, s’entendent et se comprennent», a laissé entendre Ntumi qui pense que le ramassage des armes n’est pas une priorité. «C’est plutôt les cœurs les gens. On peut remettre les armes, mais si la situation qui a poussé la personne à prendre l’arme n’est pas réglée, c’est comme si on n’avait rien fait. Il y a bien une cause», a-t-il dit. Il a fustigé la méthode du Gouvernement consistant, selon lui, à privilégier le ramassage des armes au détriment de sa sortie officielle. «Je pensais que je devais d’abord être en face de la population, et après, lancer l’opération».
 Mais il a dit vouloir faire ce qu’il faut : «J’irai à Mayama lancer cette opération», a rassuré le pasteur Ntumi, se drapant dans la peau d’une victime de la Nation. Il a posé un préalable à s sortie. «Je n’ai pas de maison, je vous le dis au nom de Dieu. Je ne dors pas dans une maison, mais dehors. En venant ici, vous êtes sortis d’une maison. Je ne suis pas seul, j’ai une famille et des enfants. Je suis un humain comme vous. Si je sors, c’est pour m’installer définitivement. Les pluies vont bientôt commencer, que dois-je faire? Repartir dans la forêt, trouver des feuilles pour faire des huttes? Je ne pose pas de conditions, n’allez pas transformer mes propos», at-il averti.
De ce fait, Ntumi a sollicité que le Gouvernement puisse réhabiliter sa maison de Mayama. «Même si vous ne pouvez pas la terminer en un jour ou en une semaine, donnez-moi les moyens», a-t-il argué, tout en revendiquant ses autres résidences bien que détruites et encore occupées par la force publique, notamment à Soumouna et Bouabouri. «Si le Gouvernement ne les libèrent pas maintenant, je serai en face de qui pour les déclarer?».
 S’agissant de la paix, il a rappelé au président de la Commission ad-hoc qu’il s’était impliqué depuis 1999 pour que celle-ci s’installe dans tout le Pool. Sans aller dans les détails, il a simplement affirmé que c’était une langue histoire. Ntumi a demandé à son interlocuteur qu’il l’édifie sur les difficultés rencontrées par la commission. «Moi, je vais vous répondre : je ne bloque rien. S’il faut que je vous accompagne, je vais vous accompagner pour l’intérêt de la paix», a-t-il conclu. Après quoi, les deux parties se sont retrouvées à huis clos. Rien n’a filtré des entretiens.
 
Cyr Armel
YABBAT-NGO

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