Lutte contre le Vih-sida et la Tuberculose : Risque d’extinction, à petit feu, de l’espèce humaine par deux pandémies

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Après la tenue de l’atelier de présentation du processus de planification stratégique Vih-sida et la Tuberculose, la ministre de la Santé Jacqueline Lydia Mikolo a lancé, jeudi 6 septembre 2018, à Brazzaville, la phase opérationnelle de ce processus. Elle doter le pays de deux outils programmatiques de dernière génération pour guider la réponse aux deux maladies au cours des quatre prochaines années, en l’occurrence, le cadre stratégique national de lutte contre le Sida et les IST 2019-2022, et le Plan stratégique national de lutte contre la tuberculose.

Le lancement s’est effectué en présence des ministres Antoinette Dinga Dzondo, des Affaires sociales et Ingrid Ghyslaine Ebouka-Babackas, du Plan.
L’objectif de ce processus est de définir la vision, les missions, les principes directeurs, les priorités, les axes stratégiques, les domaines de prestation de services, les cibles, les résultats à atteindre, le budget requis ainsi que les dispositifs de gouvernance à mettre en place «au regard de l’ampleur, du poids de la morbidité et de la mortalité imputables aux deux pathologies, afin d’avancer vers la fin de ces deux épidémies à l’horizon 2030», a expliqué la ministre.
Pour Jacqueline Lydia Mikolo, ce processus de planification stratégique qui va être conduit de septembre à octobre 2018 s’intègre dans la dynamique induite au niveau national par le PND 2018-2022 et consécutivement au PNDS 2019-2022. «Les cadres stratégiques de lutte contre les deux épidémies qui seront élaborés au terme de ce processus méritent une attention toute particulière, du fait qu’il nous faut mettre fin au sida comme problème de santé publique d’ici 2030, mais également du fait que la tuberculose reste une préoccupation majeure, non seulement dans la population générale, mais beaucoup plus encore pour les personnes touchées par le Vih», a précisé la ministre qui a manifesté l’engagement du Gouvernement à mobiliser et, voir augmenter les ressources nécessaires au financement des deux cadres.
Elle a, par ailleurs, lancé un message d’espérance et de solidarité en direction de toutes les personnes vivant avec le Vih, qui subissent des actes de stigmatisation et de discrimination dans différents contextes de vie, notamment les familles, entourages, églises, communautés, milieux de travail et formations sanitaires, etc.
Aussi, a-t-elle lancé l’initiative «ville sans sida» pour les villes de Brazzaville, Pointe-Noire et Ouesso. Rappelons que la prévalence du Vih en 2017 était de 35,2% à Brazzaville auprès des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) et 46,8% à Pointe-Noire. Chez les détenus, 5,7% (Brazzaville), 2,0% (Pointe-Noire). Chez les personnes vivant du sexe (PS), Brazzaville compte 10,5%, Pointe-Noire (5,6%), Dolisie (13,0%), Ouesso (4,5%) et Pokola (6,3%).
Selon les estimations de l’ONUSIDA, en 2017, 100.000 personnes vivaient avec le Vih dont 9000 enfants, 7900 nouvellement infectées dont 1700 enfants, 4900 décès enregistrés dont 1200 enfants de moins de 15 ans, 27400 adultes étaient sous TAR et 1700 enfants, 6300 femmes avaient besoin de la PTME et 700 seulement des femmes enceintes ont reçues les ARV pour réduire le taux de TME.
Par contre, 18 407 des adultes étaient sous antirétroviraux et 1773 des enfants, 969 personnes vivant avec le Vih ont bénéficié de l’examen de la charge virale (CV) et 276 avaient une charge virale indétectable (risque de transmission du Vih très faible).
S’agissant de la tuberculose, les estimations du rapport mondial montrent une incidence de 378 pour 100.000 habitants enregistrés en 2017 et 60 décès pour 100.000 habitants. «10.263 cas de tuberculose ont été suivi, 77% de succès thérapeutiques enregistrés, 19% de malades déclarés guéris, 58% de malades ont terminé le traitement, 1% d’échec de traitement enregistré, 5% des malades perdus de vue, 2% de décès et 28 cas de tuberculose multi résistante ont été sous régime long (20 mois). La co-infection Vih-tuberculose était de 13%, 29,7% des patients tuberculeux ont été co-infectés et 272 d’entre eux étaient sous antirétroviraux», indique le rapport.
«Le défi majeur actuel dans cet environnement de crise est donc la mobilisation des ressources nécessaires pour le financement  de la réponse nationale qui devra être orientée au préalable par l’élaboration de deux cadres stratégiques nationaux», a déclaré Jacqueline Lydia Mikolo.

Que devient le Conseil
national de lutte contre
le VIH-SIDA et les IST ?

Le 24 juillet 2013, le Congo se dotait d’un nouvel organe dans le domaine de la lutte contre le sida: le Conseil national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (IST). La cérémonie d’installation de cet organe était patronnée par le chef de l’Etat Denis Sassou-Nguesso, son président. «La cérémonie de ce jour est une riposte de notre pays, au plus redoutable défi: le défi de l’extinction, à petit feu, de l’espèce humaine par les ravages de la pandémie du VIH-SIDA», déclarait-il avec gravité.
Une nouvelle institution était donc née. Elle était l’organe supérieur de coordination du plan national multisectoriel et représentant l’instance décisionnelle de lutte contre le VIH-SIDA  et les infections sexuellement transmissibles (IST). Un secrétariat exécutif permanent, organe technique du Conseil avait été constitué.
Dans son allocution, le chef de l’Etat avait demandé aux membres du Conseil national de lutte contre le Sida et les infections sexuellement transmissibles (IST), de veiller à ce que se réalise une révolution dans le changement des comportements afin d’arrêter la progression de l’infection à VIH.
Deux mois après, le 13 septembre, il avait été mis en place le Conseil de lutte contre le Sida pour le compte du département de Brazzaville. Structure décentralisée, elle avait pour missions de renforcer l’engagement politique et d’insuffler un dynamisme nouveau dans la coordination de la mise en œuvre liées aux actions de lutte contre le VIH-SIDA et les infections sexuellement transmissibles (IST).
En dépit des multiples plans successifs de lutte contre le sida élaborés, une réduction de la séroprévalence estimée à l’époque à 7,8% pour une population de près de 4 millions d’habitants, alors que 110.000 personnes étaient séropositives, ne fut pas constatée.
Parmi les causes structurelles et fonctionnelles qui ont freiné  la lutte contre le sida au Congo figuraient, entre autres, l’insuffisance de l’engagement et de leadership dans la lutte contre la pandémie, l’insuffisance des ressources humaines et financières, la faiblesse du partenariat, l’absence d’un cadre institutionnel, multidisciplinaire et multisectoriel, devant jouer le rôle de coordination des interventions d’une part, et de concertation entre les acteurs et les partenaires de la lutte contre le VIH-SIDA  et les IST d’autre part.
La mise en place du Conseil national de lutte contre le sida fut donc un espoir pour tout un pays. Le centre national de lutte contre le sida (CNLS), fruit de cet effort avait redonné la confiance à toutes celles des personnes vivant avec le VIH ou atteintes du sida. Les actions étaient entreprises, les campagnes de dépistage gratuite organisées à travers le pays.
En juin 2008, la gratuité de la prise en charge du VIH-SIDA a été instituée.
Depuis lors, plus rien. La structure est devenue l’ombre d’elle-même, accumulant arriérés de salaire et difficultés de fonctionnement.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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