Politique : Pascal Tsaty-Mabiala met sur la table la feuille de route de l’opposition congolaise

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A deux ans de l’élection présidentielle, l’opposition politique congolaise monte au créneau. Elle a dévoilé, mercredi 24 avril dernier, au cours d’une conférence de presse animée par Pascal Tsaty-Mabiala, son chef de file, sa feuille de route qui trace les axes de son combat pour 2019. Le chef de l’opposition a aussi donné sa position sur un éventuel dialogue national si commenté au sein de la classe politique congolaise.

 

Pascal Tsaty-Mabiala a réitéré l’engagement de sa plateforme à sublimer la nation plus que tout, à privilégier l’intérêt général face aux intérêts partisans. «Les crises que traverse le Congo ne sont pas insurmontables, il y a tout simplement un manque de volonté de la part des gouvernants. Le temps est arrivé de nous asseoir et de discuter sans passion, dans le respect de nos différences, pour trouver des solutions aux problèmes des Congolais. Le peuple nous attend là», a-t-il dit.

Des revendications

Pour l’opposition politique congolaise, son combat pour l’année est axé sur quatre points: D’abord, la gouvernance électorale. A ce sujet, elle a promis déposer prochainement sur la table du Gouvernement ses préoccupations traduites sous la forme d’un cahier des charges, afin de «baliser la voie et offrir au peuple congolais un processus électoral débarrassé des dysfonctionnements qui l’ont souvent caractérisé depuis 2002», a indiqué Pascal Tsaty-Mabiala qui était entouré des autres leaders de cette plateforme politique de l’opposition, dont Guy-Brice Parfait Kolélas, leader de l’UDH-Yuki. Les points inscrits dans ce cahier portent, selon le président de l’opposition politique congolaise, sur la refonte du fichier électoral; la réécriture de la loi électorale en y intégrant les nouvelles réformes liées sur la plénitude des compétences de la CNEI; la nouvelle clé de répartition du découpage électoral, la redéfinition du rôle du ministre chargé des élections dans le processus électoral, l’implication des informaticiens de l’opposition dans le traitement des données au sein de la sous-commission Informatique du comité technique de la CNEI, la révision à la baisse du montant des cautionnements pour toutes les élections, le plafonnement des dépenses des campagnes électorales et le renforcement des mesures de lutte contre la fraude et la corruption électorale; la mise en place d’une nouvelle CNEI et la nomination par son bureau des membres des commissions locales pour garantir la transparence et l’équité dans la gestion du processus électoral; la mise en œuvre de la carte électorale biométrique, afin d’ «éviter le vote multiple tel qu’il se pratique dans le pays»; l’audit du fichier général électoral par l’organisation internationale de la Francophonie (OIF).

‘’Toute élection doit refléter la volonté du peuple...’’

Tout compte fait, l’Opposition politique congolaise entend accorder tout son intérêt à la crédibilisation des processus électoraux dans le pays. «Toute élection doit refléter la volonté du peuple et non le contraire. En cela, les acteurs politiques de toutes les obédiences, y compris l’administration, devraient œuvrer au renforcement des valeurs démocratiques pour lesquelles la primauté est accordée au respect du choix du souverain primaire», a expliqué le conférencier.
Puis, la communication interne. «Il s’agira pour l’ensemble des forces politiques appartenant à notre rassemblement de renforcer leur communication et leur visibilité sur l’échiquier national et international. Pour cela, une cellule de communication est déjà mise en place dans le but de promouvoir les activités de l’Opposition politique congolaise en assurant le marketing. Nous allons soigner notre image dans les différents médias disponibles, en mettant régulièrement à la disposition de l’opinion des informations ou des messages de notre combat politique», a informé Pascal Tsaty-Mabiala.
Ensuite, la crise du Pool. La résolution de cette crise ne se résume pas seulement à la paix des armes, estime l’opposition. «Le peuple ne comprend pas pourquoi tant de mystères entourent la problématique de la crise du Pool! Et pour cause, pendant que nous demandons la tenue d’une table ronde afin de débattre au fond de tous les aspects des guerres récurrentes dans ce département sinistré, le Gouvernement, toujours dans une posture de fuite en avant, fait la sourde oreille en privilégiant une démarche exclusive, comme s’il y avait des secrets auxquels le peuple congolais n’a pas le droit d’accéder. Et puis, cette guerre dont on se serait pourtant passé impose des efforts de la part du Gouvernement en vue d’accompagner la phase de réinsertion sociale des ex combattants. Là aussi rien de sérieux ne s’exécute sur le terrain, parce que les autorités se soustraient de leur responsabilité en ne comptant, comme d’habitude, que sur l’aide internationale. Pour sa part, la communauté internationale estime à raison que la situation étant avant tout congolais, il appartient en premier lieu au Gouvernement d’apporter sa contrepartie. On n’est pas loin de l’impasse», a précisé Pascal Tsaty-Mabiala, tout en réitérant l’interpellation de l’opposition au Gouvernement de les associer à la résolution définitive de la crise du Pool.
Enfin, la crise socio-économique et financière qui cisaille le pays. Pour cette plateforme de l’opposition, le Congo est au bord de l’étranglement, de l’asphyxie et de l’explosion sociale. «Notre exigence porte sur la prise par le Gouvernement des mesures appropriées, celles prescrites par le FMI en vue de conclure au plus vite un programme d’ajustement budgétaire et de relance économique», a dit Pascal Tsaty-Mabiala qui a marqué, par ailleurs, l’indignation de l’opposition et sa désapprobation quant à l’esprit de la loi instituant la Haute autorité de lutte contre la corruption déjà votée mais qui, selon lui, «ne garantit aucunement l’indépendance de cet organe et fragilise ses capacités opérationnelles».
La même indignation se rapporte à la loi sur la déclaration des patrimoines. Pour le président de l’opposition politique congolais, il faut mettre en place des mécanismes permettant de contrôler, de connaître l’origine des colossales fortunes dont disposent les hommes politiques. «De notoriété publique, des soupçons d’enrichissement illicite pèsent sur plusieurs gestionnaires d’entreprises et d’administrations publiques. Ce qui laisse présager l’existence d’une impunité que l’Etat a du mal à arrêter, aussi longtemps que des criminels en col blanc prospéreront paisiblement», a-t-il regretté.

La classe politique doit se parler

Sur la question du dialogue qui suscite aujourd’hui passion et division au sein de la classe politique, l’opposition politique congolaise estime que l’essentiel n’est pas la matérialisation ou la manifestation des exigences, des revendications légitimes des uns ou des autres. «Le dialogue trouve son essence dans la résolution des problèmes des Congolais, d’aplanir les divergences qui empêchent l’émergence de la confiance pour que la classe politique regarde dans la même direction. C’est pourquoi la tenue d’un dialogue intra ou extra cadre institutionnel ne devrait pas être la principale préoccupation des acteurs politiques. A contrario, seul le dialogue pris dans son sens étymologique pourrait, sans aucun doute, ouvrir d’autres perspectives à notre pays aujourd’hui à genoux et meurtri. Il y a urgence à ce que la classe politique se parle et le temps nous est compté. Le peuple congolais, extenué par l’incurie des gouvernants, risque de surprendre», a-t-il averti.
Pascal Tsaty-Mabiala a invité le président de la République à lever les obstacles psychologiques et toute sorte de réticence pour que soit tenu ce dialogue tant attendu et réclamé à cor et à cri. Quant au contenu de ces éventuels échanges, l’opposition politique congolaise suggère de soumettre prioritairement en débat les questions de la gouvernance politique. «Nous entendons par là le règlement des mésaventures subies par notre peuple au travers des situations qui déchirent le tissu social et poussent à la division. En d’autres termes, nous devons trouver des réponses aux questions de l’unité nationale, de redistribution équitable du revenu national, de la démocratie, de l’utilisation des cadres dans les entreprises et administrations publiques, de la Force publique, de l’administration de la justice, de la gestion pétrolière, etc.».

Cyr Armel
YABBAT-NGO

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