EXAMENS D’ETAT, SESSION DE JUIN 2019 : Tout a été réglé dans les moindres détails, rassure Anatole Collinet Makosso

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Ce mardi 18 juin, 74216 candidats répartis dans 197 centres sur l’ensemble du territoire national affrontent le Baccalauréat général. Dans cette interview, le ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation, Anatole Collinet Makosso, parle de l’ensemble des étapes de préparation des examens d’Etat et assure que le calendrier scolaire a été strictement respecté de bout en bout.

Il soutient aussi que les élèves et enseignants ont disposé du temps nécessaire à la préparation du Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE), du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) et du Baccalauréat. Le «premier candidat» aux examens d’Etat revient également sur les contours de la répression sans merci que le Gouvernement ne cesse d’engager contre les mafieux de l’industrie de la fraude.   

*L’actualité dans votre département, c’est le début, ce mardi 18 juin, des épreuves écrites du Baccalauréat général. Quelle est la particularité de cet examen, si l’année dernière, l’accent était mis sur la lutte contre la fraude en milieu scolaire?
**Le calendrier scolaire a été fait de façon que tirant les leçons de l’année passée, les élèves aient au moins un mois de préparation entre la période où ils passent le bac blanc et la période d’examen. Nous l’avons fait parce qu’on se rendait compte que les programmes n’étaient achevés qu’à peine à une semaine des examens. Avec toutes les perturbations, il pouvait arriver que les élèves soient allés au Bac blanc sans que le programme n’ait été totalement achevé. Après le bac blanc, il n’y avait plus de temps pour évaluer le travail des élèves au niveau du bac blanc, donc de corriger les lacunes. Nous avons ramené le Baccalauréat à partir du 18 juin, en faisant en sorte que le bac blanc, tout comme le BEPC et le CEPE blanc, aient lieu au plus tard le 15 mai, pour permettre aux enseignants et aux élèves d’avoir au moins cinq à six semaines de travail pour refixer les notions. C’est déjà l’une des particularités pour l’année scolaire.
En plus, comparativement aux années passées, tous les élèves en classe d’examen avaient au moins leurs professeurs, dès le début, qui ont été renforcés par les finalistes. Les chefs d’établissements se sont organisés de telle sorte que les finalistes prennent aussitôt les classes intermédiaires et les enseignants chevronnés se concentrent sur les classes d’examen.         
En termes d’organisation, cette année également, dans le cadre des inscriptions, il y a eu une forte réduction des candidats libres, pratiquement de moitié. Parce que le travail de dissuasion de dénonciation que nous avons réalisé l’année dernière sur la lutte contre la transhumance et le mercenariat a produit des effets. Nous avons organisé les choses de telle sorte que n’est plus candidat libre qui le veut.   
Les candidats libres devraient être enregistrés, immatriculés à la Direction générale de l’éducation non formelle. Celle-ci devrait s’assurer des conditions requises pour être candidats libres. Quand une personne se présente pour s’inscrire comme candidat libre, on vérifie son âge scolaire. Si ce dernier est encore conforme à une scolarité formelle, son dossier est rejeté. C’est là qu’on a fini par découvrir que ceux qui se présentaient comme candidats libres sont ceux qui fuyaient, c’était une sorte de fraude. Le candidat fuit l’établissement scolaire dans lequel il fréquente parce qu’il est connu. Il va s’inscrire dans une autre localité, sachant que ce n’est pas lui qui va composer, c’est quelqu’un d’autre. Comme personne ne le connait dans cette localité, il passe inaperçu. La Direction générale de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle a fait ce tri pour nous permettre d’accepter comme candidats libres que ceux qui méritent de l’être.
Toujours en termes d’organisation, le travail de la direction de la lutte contre la fraude a également produit des fruits, ainsi que celui de la direction des services d’information et de communication au travers de la carte magnétique numérisée qui permet d’identifier l’élève depuis le premier trimestre. Les inscriptions frauduleuses devraient déjà être maîtrisées. Voilà un certain nombre de dispositifs mis en place qui peut permettre d’affirmer qu’un petit effort vient d’être fait.
Je tiens à vous dire que l’industrie de la fraude fonctionne comme des cartels de drogue. C’est de la criminalité organisée. Ils ne dorment pas. Chaque fois que le Gouvernement met en œuvre une politique efficace de lutte, tout comme les cartels de la drogue, il ya des industriels de la fraude qui sont habitués à ces pratiques et s’organisent pour imaginer quelque chose. On ne sait pas ce qu’ils vont nous servir cette année.

*Est-ce que tout est fin prêt pour que l’examen se déroule dans les bonnes conditions?  
**Tout est fin prêt de la part des élèves, comme je vous l’ai dit. J’ai fait le tour des départements, nous avons tâté le pouls des élèves. Je pense qu’ils sont prêts, bien organisés. Du côté de l’administration aussi, les conditions sont réunies. Les membres du jury ont réceptionné les malles. Les délégations sont parties samedi. Au niveau des localités, les chefs d’établissements et les membres du jury qui les ont rejoints ont déjà pris toutes les dispositions pour que les lieux soient assainis. Je pense que ce mardi, à 10 heures, le bac aura lieu sur toute l’étendue du territoire national.     

*Est-ce que des mesures spéciales ont été prises pour les départements lointains, localités très éloignées de Brazzaville?
**Comme chaque année, quel que soit le lieu, dès l’instant où il y a des élèves qui y ont fréquenté, le bac se déroule normalement. Les membres du jury se sont déplacés dans les commodités habituelles qui leur permettent de faire leur travail en toute dignité.  

*Vous avez longuement parlé de la fraude, vous savez qu’en pareilles circonstances, les vendeurs d’illusion ne manquent jamais. Avez-vous pris des mesures pour que le regard des candidats ne soit pas détourné par ces perturbateurs?
**Je pense que c’est le travail que nous avons fait pendant toute l’année. Je voudrais aussi saluer l’apport des familles et des chefs religieux. Je pense qu’un grand travail d’élévation de la conscience nationale, de la conscience juvénile a été fait par tous ces acteurs qui amènent les enfants à comprendre qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres efforts et ne pas se fier aux marchands d’illusion, à la fraude et à tous ces artifices. L’ensemble du peuple s’est rendu compte de la gravité des éléments frauduleux. Parce que l’industrie de la fraude, telle que mise en place par certains compatriotes est une arme de destruction de la société, d’un Etat ou d’un Gouvernement. Qu’elle est aussi un axe efficace d’enrichissement illicite. Sur la base de ces deux éléments, les industriels de la fraude ne peuvent pas se décourager, même s’ils n’ont rien à offrir, ils sont obligés d’inventer. Il faut qu’ils montrent à tout prix leur existence.
Quand nous parlons de la campagne d’examens, chez eux, c’est la campagne des affaires. S’ils ratent cette année ou cette période, il leur faudra attendre 12 mois plus tard. C’est comme une activité foraine chez eux, ils vont multiplier des faux sujets sur les réseaux sociaux, rassurer les parents d’élèves moyennant quelque chose, subtiliser l’argent des parents pour qu’on puisse faire admettre l’enfant, qu’ils ont quelqu’un à l’informatique pour mettre le nom de l’enfant, vous aurez tout ça dans le pays.
Je demande aux enfants de se rassurer que ce qui passera à l’examen n’est pas dans les réseaux sociaux, mais dans les cahiers. Que leur attention ne soit pas détournée par ceux qui leur donneront des sujets de dernière minute. Du coup, ils risquent de ne plus réviser normalement, mais se concentreront sur ces sujets, vont chercher à les mémoriser pour arriver en classe et tomber sur des sujets tout à fait différents et ils risquent d’être déstabilisés.  

*En cas de fraude, quel est le sort réservé aux candidats qui seront surpris en flagrant délit de fraude?  
**Ils le savent déjà. Ils savent ce que leurs condisciples, leurs ainés ont subi l’année antérieure. Vous êtes totalement disqualifié, échoué d’office et vous avez trois ans sans passer l’examen. A part quelques éléments de la jeunesse, ce reflexe qui consiste à avoir un petit bout de papier, nos élèves ont pris conscience qu’ils n’ont plus besoin de simuler leur faiblesse par une connaissance artificielle au travers des moyens de ce genre. Mais, comme ils sont souvent victimes des industriels de la fraude, ils ont une conscience fragile, la tentation est grande d’essayer de les suivre un peu. Je pense que les élèves ont pris conscience parce que chaque année, nous avons moins d’élèves qui se livrent aux activités de ce genre.

*Dans cette affaire de fraude, il n’y a pas que les élèves, mais également des responsables commis à la tâche de surveiller les examens et les membres du jury. Quelles sanctions encourent-ils en cas de déviance?  
**Nous savons que dans toute action humaine, il ya quelques brebis galeuses. Nous déployons des centaines de jury, chefs de centres et chefs de centres adjoints, des milliers de surveillants, il ne peut pas manquer dans le lot des gens qui sont parfois des suppôts des industriels de la fraude. Vous pouvez avoir des fonctionnaires avertis avec une certaine probité, mais il ya ceux qui y vont pour des raisons de commerce. Toujours est-il que, comme dans toute société, malheur à vous lorsque vous vous ferez prendre. Nous avons rappelé à toute personne impliquée dans les examens les risques encourus en cas de fraude. Il y en a qui ont répondu devant le procureur de la République, ceux qui ont été détenus…Le dispositif répressif qui a été mis en place   est tel que malheur à celui qui se fera prendre!  

*A quelques heures du Baccalauréat, certains élèves n’ont pas trouvé leurs noms sur les listes définitives. Est-ce que cela a été réparé?
**Ça m’étonnerait. Les inscriptions ont été faites en ligne par les chefs d’établissements, et les candidats eux-mêmes. Ces inscriptions ont été suivies par la Direction départementale. Tout ce système a été modernisé. Nous avons publié les listes provisoires trois mois avant les examens. Vous avez certainement remarqué qu’il n’y a pas eu d’attroupement cette année à la DEC parce qu’un élève pouvait consulter, via son smartphone, son nom, son numéro et son centre d’examen. Tout ce travail a été finalisé, il ya un mois. Les réclamations ne manquent jamais, les choses ont été gérées avec beaucoup d’humilité et de responsabilité. C’est une œuvre humaine, les failles ne manquent jamais.
Qu’à cela ne tienne, il se pourrait, par extraordinaire, qu’un enfant, jusqu’à mardi, ne retrouve pas son nom, soit parce qu’il était en retard ou distrait. Si par quelques raisons que ce soit, un enfant n’a pas retrouvé son nom, qu’il se présente au centre d’examen le plus proche. On lui fera faire la composition et sa situation sera régularisée. Il n’y a aucun problème. Mais s’il n’a jamais été inscrit, on le saura, la technique va nous le démontrer. Mais on lui aura déjà donné l’occasion de passer son examen et de réduire les risques.

*Au lycée Thomas Sankara, il ya eu des détournements de fonds relatifs aux frais d’inscription au Baccalauréat, il y a eu des élèves victimes. Quel est leur sort, est-ce-que la situation a été résolue?
**Nous sommes un Etat responsable. C’était de la responsabilité de l’Etat, même si la responsabilité civile incombait aux auteurs du détournement, les procédures judiciaires ont été engagées en conséquence. Mais pour les enfants victimes, les dispositions ont été prises. L’Etat s’est substitué aux familles pour rembourser ses frais et les enfants ont été bel et bien inscrits.
Je pense que ces élèves vont composer. Ils sont inquiets parce qu’ils n’ont pas vu leur frais arriver à destination. Ils ont été inscrits parce que l’Etat avait pris toutes les dispositions pour que les élèves ne soient pas victimes du comportement véreux de nos compatriotes.

*L’année dernière, le département de la Likouala était dernier en termes de résultat au bac, est ce que cette année, les choses ont été revues pour améliorer les résultats?  
**Ce département a été placé dans les zones d’éducation prioritaire chez nous. Comme nous l’avions fait durant plusieurs années pour le département du Pool. Et vous avez vu, le ministre était descendu là-bas, il a pris des dispositions pour qu’il y ait un renforcement de capacités de nos élèves et des enseignants. Les inspecteurs ont été dépêchés de Brazzaville, dans toutes les disciplines pour aller former l’équipe pédagogique. Ils ont donné des cours de soutien, d’encadrement accéléré à nos élèves. Le défi que nous avons est de faire que le département de la Likouala ne soit pas, comme vous le dites, dernier. Ce programme va s’étendre sur plusieurs années pour que ce département se sente dans un esprit de compétitivité avec les autres et pourquoi ne pas espérer avoir les cinq premières places dans les années qui suivent?

*Un message à l’endroit des candidats?
**Je voudrais d’abord rendre un vibrant hommage au Président de la République et saluer l’action du Gouvernement qui a permis de réunir toutes les conditions nécessaires pour une organisation saine des examens d’Etat sur toute l’étendue du territoire national. Je voudrais également remercier les enseignants, les parents d’élèves qui ont accompagnés le Gouvernement dans ce processus d’une année scolaire calme; les responsables religieux qui ont pris le relais de la campagne de sensibilisation de lutte contre la fraude.
Je voudrais renouveler la confiance aux membres du jury, aux surveillants, pour qu’ils prennent la mesure de leurs responsabilités dans l’organisation des examens. Bien entendu, exhorter les élèves à faire preuve de plus de concentration, plus de relaxation et plus de réflexion pour passer leur Baccalauréat dans les conditions normales de température et de pression. Je voudrais souhaiter bonne chance à tous les candidats, y compris à moi-même, le premier candidat.  Quant à tous, nous devons unir nos efforts contre l’industrie de la fraude.

*Après le Baccalauréat, le tour reviendra mardi en huit aux élèves de la classe de 3e de passer le BEPC. Eu égard à votre agenda, est ce que vous pouvez profiter de l’occasion pour lancer également un message à l’égard de ces candidats?
**Ils ont le même message, celui de la concentration, de la réflexion, de la relaxation pour leur permettre de passer les examens dans les conditions normales de température et de pression, comme ils l’apprennent en chimie à l’école.  

*Le Pool a retrouvé la paix, y a-t-il beaucoup de centres dans ce département?
**Bien sûr. De toutes les façons, s’agissant du bac, on avait toujours les mêmes centres: Mindouli, Kinkala, Kintélé, Nganga Lingolo…C’est plutôt pour le BEPC que de nouveaux centres ont été ouverts. Nous avons tenu à ce que les localités qui étaient, semble-t-il, difficiles d’accès, dont les enfants étaient obligés d’être déplacés pour venir dans d’autres centres, on a tenu à ce que ces centres d’examens puissent fonctionner. C’est le cas de Mayama, Kimba, Vinza, Louomo, bref, de toutes les localités dont on disait que l’école n’a pas fonctionné. Nous avons désormais la preuve qu’elle a fonctionné.

*Monsieur le ministre, nous sommes en juin et nous remarquons qu’il n’ya pas d’harmonie au niveau des écoles privées, certaines sont en vacances et d’autres non, comment expliquez-vous cela?
**Le calendrier scolaire est le même sur toute l’étendue du territoire national. Les cours s’arrêtent le 30 juin et reprennent au début d’octobre. Il est possible et nous donnerons exceptionnellement l’autorisation aux établissements qui pourraient organiser un mois plus tôt les cours de remise à niveau. Nous verrons quelles sont les dispositions qui pourraient être prises. Mais pour l’ensemble, le calendrier scolaire est le même, que l’on soit dans une école publique, conventionnée ou privée.   

Propos recueillis par
Esperancia
MBOSSA-OKANDZE

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