POINT DE VUE : L’organisation du défilé est-elle une priorité du FMI?

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La République du Congo célèbre le 15 août 2019, le 59e anniversaire de l’indépendance nationale sous le thème: «Relance économique par la diversification et le travail acharné». Comme à l’accoutumée, un défilé militaire et civil est prévu sur le boulevard général Alfred Raoul, dont les préparatifs vont bon train. Les festivités auront lieu à Brazzaville, où aucun chantier de modernisation n’a été amorcé, en raison sans nul doute de la crise économique et financière qui sévit dans le pays. Et pourtant, les Congolais s’interrogent : est-ce une priorité du FMI ?


La décision politique de chercher à conclure un programme économique et financier à moyen terme avec le FMI a été prise le 14 mars 2017, par le président de la République. L’accord obtenu le 11 juillet 2019 est donc l’heureux aboutissement des négociations entamées il y a près de trois ans.
Ce programme qui est celui du Gouvernement, est désormais l’un des cadres de référence important des politiques publiques, afin de sortir le pays de la crise économique et financière dans laquelle il est plongé depuis 2015. A la suite de la baisse des prix du pétrole, notamment.
C’est dans un contexte de fragilité de l’économie nationale que vont se célébrer les festivités marquant le 59e anniversaire de l’indépendance nationale, sous le signe de la «relance économique par la diversification et le travail acharné».
Mais, cela vaut-il la peine? quand on sait que la crise est encore là, malgré l’appui du FMI, qui donne la priorité à cinq grandes lignes. Parmi lesquelles, le rétablissement de la viabilité budgétaire et de la restructuration de la dette qui prévoit une réduction des dépenses; le remboursement des arriérés sociaux, à savoir les pensions de retraite, les salaires et bourses impayés ainsi que le remboursement de la dette intérieure pour le soutien de la croissance, la confiance et la stabilité du système financier.
La facilité élargie de crédit accordée par le FMI, après le Conseil d’administration du 11 juillet dernier, a pour objectif de soutenir le programme économique et financier du Congo pour les trois ans à venir. Prévoit-il les dépenses liées au 15 août? Les décaissements prévus au titre de cette facilité élargie de crédit qui s’effectueront tous les six mois, sont conditionnés par la mise en œuvre des 48 mesures contenues dans le mémorandum de politique économique et financier. Et surtout lorsqu’il faut payer avant le 31 décembre 2019, tous les arriérés dûs aux créanciers bilatéraux extérieurs (membres et non membres du Club de Paris). Une véritable épée de Damoclès.
Les enjeux sont importants et les dépenses liées à l’organisation de la fête du 15 août pouvaient être orientées au paiement de la bourse des étudiants, des pensions, à boucher correctement les nids de poules, assainir les voiries urbaines pour chasser les maladies, renforcer l’éclairage public, l’achat des cartons de passeport qui devient un véritable casse têt chinois, la réhabilitation des routes, etc.
Quoi qu’insuffisant pour certaines de ces dépenses, cet argent débloqué pour le défilé (dotation des militaires en nouvelles tenues et brodequins, location des chaînes et tribunes installés sur le boulevard général Alfred Raoul, le chapiteau devant la présidence de la République, l’apéritif, les administrations publiques, carburant, etc), auraient néanmoins peser à résoudre tant soi peu une difficulté.
Etant sous oxygène du FMI, le pays ne pouvait-il pas se passer du défilé, comme l’ont fait bien d’autres pays à l’instar de la RDC qui, depuis des années, n’organise plus les défilés. Il suffit de prendre une décision politique. Car, à l’impossible nul n’est tenu. Le pays n’est pas obligé de fêter pour fêter. Bien au contraire, il faut savoir s’assumer surtout en ces temps de crise qui obligent les Congolais à faire des sacrifices. Le pays ne peut-il pas le faire aussi? Comme le disent les Saintes écritures, «il y a un temps pour tout».
En tout cas, aux yeux des Congolais, la fête n’est plus une priorité maintenant. Bien d’autres défis attendent le pays, notamment la santé de base et la lutte contre les maladies, l’éducation de base, la protection sociale, l’assurance maladie universelle, la retraite automatique, la réduction du chômage, etc.

Cyr Armel
YABBAT-NGO


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