GOUVERNEMENT : Limogée, Inès Ingani a cédé le témoin à Jacqueline Lydia Mikolo

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Depuis plusieurs jours, un enregistrement audio attribué à Mme Inès Bertille Néfer Ingani fait le buzz sur les réseaux sociaux. Dans cet audio où elle est en conversation avec le jeune Donald Mobobola, de la Force montante congolaise (FMC), l’ex-ministre éclabousse tant des personnalités de la majorité que de l’opposition. Après l’indignation suscitée par cet enregistrement, le président de la République, sur proposition du Premier ministre, a mis fin aux fonctions de la ministre concernée.

Le décret a été signé le 17 septembre 2019. L’ex-ministre de la Promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement redevient simple députée de la deuxième circonscription de Moungali, dans le quatrième arrondissement de Brazzaville.

Cette fermeté du président de la République augure bien de ce que le prochain remaniement aura des airs de purge. Dans cet audio, l’ex-ministre de la Promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement est allée jusqu’à affirmer à Donald Mobobola, que le président de la République aurait organisé une réunion politique secrète avec Jean Dominique Okemba et Michel Ngakala, afin de manigancer des tambouilles politiques.
Mme Inès Bertille Néfer Ingani n’a-t-elle pas payé le prix de son imprudence, en tentant de fomenter un complot avec un jeune encore immature en politique? Par cette révocation, le Président de la République vient-il sonner la fin de la recréation?
La voie n’est-elle pas maintenant ouverte au chef de file de l’opposition congolaise, Pascal Tsaty Mabiala, qui avait décidé le 13 septembre dernier, de porter plainte contre l’ex-ministre de la Promotion de la femme, pour diffamation.
Dans cet enregistrement, l’ex-ministre accuse le premier secrétaire de l’UPADS d’avoir reçu de l’argent de certains cadres du Parti congolais du travail (PCT), notamment Pierre Ngolo, président du Sénat; le ministre Jean-Jacques Bouya et Jean-Jaurès Ondelé, président du groupe parlementaire de la majorité, pour tenir des propos outrageux contre le député d’Oyo, Denis Christel Sassou-Nguesso.
Outre la plainte qui devrait être déposée, l’UPADS avait, dans sa déclaration, demandé au président de la République de décharger de leurs fonctions «les ministres et autres autorités publiques qui baissent la fonction ministérielle et insultent la République».
Ce vœu, a-t-il été exaucé? En tout cas, Mme Inès Bertille Néfer Igani a été débarquée du Gouvernement. Le désormais ex-ministre devra désormais faire face à la justice, si tant tel que la plainte a été déposée ou sera déposée!
Dans cette saga, le premier secrétaire de l’UPADS devra faire face aux députés de la majorité qu’il doit convaincre pour lever l’immunité parlementaire de l’ex-ministre, si le procureur de la République arrivait à le demander en cas de plainte. L’affaire pourrait alors prendre une autre tournure. A moins que cela se règle autrement.
En effet, Inès Nefer Ingani est une femme politique. Impliquée dans le monde associatif, elle a exercé la fonction de secrétaire nationale chargée de la culture, des arts, des sports et des loisirs au sein de l’Organisation des femmes du Congo. Elle a également présidée l’association «Actions innovatrices pour la paix et le développement culturel», au sein de laquelle elle a organisé une «marche républicaine des femmes pour la paix au Congo», le 1er mars 2015, à laquelle plus de 13 000 femmes ont participé.
Membre du Parti congolais du travail (PCT), elle en a présidé la cellule de Moungali (Brazzaville). Elle a également représenté le PCT lors d’un voyage en Chine sur invitation du Parti communiste chinois, durant lequel elle a fait un exposé concernant l’évolution de la condition de la femme au Congo.
Le 30 avril 2016, elle fait son entrée au sein du Gouvernement Mouamba au poste de ministre de la Promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement. Elle fait partie des 8 femmes ayant intégré le Gouvernement, ce qui est alors un record dans l’histoire du Congo. Le 7 mai, à l’occasion de la passation de pouvoir avec sa prédécesseur Catherine Embondza-Lipiti, elle déclarait que sa priorité est de faire voter et appliquer la loi sur la parité, restée en veille jusqu’alors. Elle ajoutait également vouloir lutter contre les «antivaleurs», comme la corruption ou la concussion.
Lors des élections législatives de 2017, elle est élue députée de la 2e circonscription de Moungali, dès le premier tour, et prend ses fonctions lors de la rentrée parlementaire du 19 août. Quelques jours plus tard, à l’occasion d’un remaniement, elle est reconduite à son poste au sein du Gouvernement Mouamba II.
En septembre 2017, elle dénonce la situation de crise que connaît le département du Pool, et particulièrement les conditions des femmes qui y vivent. Elle en appelle à une «solidarité nationale, surtout féminine», pour résoudre la crise. Elle annonce que son ministère va proposer un programme de réinsertion sociale pour les jeunes ninjas qui «sortiront des forêts».
Le ministère est désormais rattaché au ministère de la Santé et de la population. La passation de service entre l’ex-ministre et Jacqueline Lydia Mikolo a eu lieu, jeudi 19 septembre à la Tour Nabemba.
A cette occasion, Mme Inès Bertille Ingrid Ingani a remercié le président de la République pour la confiance qu’il a bien voulu placée en elle et l’honneur faite à sa famille. «j’ai eu l’insigne honneur d’animer le département de la Promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement».
Elle a aussi témoigné sa reconnaissance à toutes et à tous ceux qui l’ont accompagnée et soutenue.
Avant de passer le témoin, la ministre sortante a présenté à Mme Jacqueline Lydia Mikolo, le rapport de situation du ministère dont elle avait la charge et qui compte quatre directions rattachées au cabinet et deux directions générales, vingt-quatre directions départementales, six maisons de la femme, un établissement dénommé Centre de recherche, d’information et de documentation sur la femme et 220 agents en 2019, dont 62% de femmes et 38% d’hommes.
«Le combat n’est pas fini. Même si je ne suis plus à la tête du ministère, je serai là, dans l’ombre».

La cérémonie s’est déroulée dans la sérénité et dans un esprit détendu empreint de convivialité. La ministre sortante a réitéré à sa collègue entrante, son soutien ainsi que celui de son cabinet qui a «servi avec brio et disponibilité le ministère dont j’ai eu la charge de gérer avec passion. Vous pouvez compter entièrement sur ma disponibilité pour améliorer le statut multiforme de la femme», a-t-elle déclaré.
Mme Inès Bertille Ingrid Ingani s’est adressée aux femmes du Congo en leur promettant que la lutte continue. «Nous sommes des femmes, nous devons montrer aux hommes que nous sommes solidaires».
Elle les a exhortées à accompagner la ministre Mikolo. «Le combat n’est pas fini. Même si je ne suis plus à la tête du ministère, je serai là, dans l’ombre», a-t-elle déclaré.
Prenant la parole, Jacqueline Lydia Mikolo a remercié la ministre Ingani pour le témoin assez lourd qu’elle lui a passé. «Je reconnais que vous avez géré ce ministère avec passion et dynamisme. En tant que femme, toutes les deux, je ne peux que me réjouir du travail gigantesque que vous avez apporté à notre combat commun. Je m’engage à pérenniser les résultats positifs que notre société congolaise en tire. Les acquis seront préservés, je peux vous rassurer et  ils connaîtront une amélioration, à coup sûr, avec votre apport dont je suis certaine de continuer à bénéficier», a-t-elle affirmé.


Cyr Armel YABBAT-NGO

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