DISPARITION : L’hommage de la République à Placide Lenga

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Décédé le 5 septembre 2019 en Afrique du Sud, à l’âge de 80 ans, l’ancien premier président de la Cour suprême, Placide Lenga, a été inhumé le 21 septembre à Yalavounga, son village natal, non loin de Kinkala, département du Pool. La République lui a rendu un hommage émouvant le 20 septembre au Palais des Congrès, en présence du chef de l’Etat. Des personnalités politiques, de la société civile, les corps constitués nationaux, les parents, amis et connaissances sont venus nombreux.

 

Le décor de deuil s’affichait dans le hall du Palais des congrès où a été exposée la bière contenant le corps de l’ancien premier président de la Cour suprême.
Il était environ 10 heures 55 minutes, lorsque le Président Denis Sassou-Nguesso a fait son entrée dans le hall du Palais des congrès où les femmes et les hommes, de noir vêtus, envahis par l’émotion, traversés par le chagrin, étaient en larmes ou étouffaient des pleurs.
Il venait exprimer la reconnaissance de la Nation à l’un de ses fils loyaux serviteurs. Le chef de l’Etat a déposé une gerbe de fleurs devant la dépouille du disparu, symbolisant sa reconnaissance et le souvenir que Placide Lenga a laissé dans sa mémoire, depuis leurs années d’école primaire à Mbounda.
Placide Lenga, éminent magistrat, a passé toute sa vie dans l’appareil judiciaire congolais.
Ardent serviteur de l’État, l’homme n’a sauté aucune marche pour parvenir à la sommité de sa profession. Une profession qui lui a également rendu un hommage, au Palais de justice de Brazzaville, là où il avait forgé le sens de sa vie à travers une action judiciaire qu’il assurait dans toute sa rectitude.
Magistrat dont l’exceptionnelle habilité faisait converger dans les salles d’audience, les admirateurs, à l’occasion des procès criminels, Placide Lenga a fait valoir ses droits à la retraite en 2018 après avoir occupé de multiples fonctions au sein de l’administration judiciaire.
Ses collègues magistrats, avocats, greffiers, huissiers de justice et autres notaires, ont témoigné de ce qu’en Placide Lenga, «les valeurs de travail et de probité étaient au centre de ses préoccupations», valeurs qu’il a su transmettre à ses jeunes confrères qui voient en la disparition de ce maître des prétoires, «l’incendie d’un de nos éminents patrimoines judiciaires».
Selon l’oraison funèbre lu par son successeur à la Cour suprême, Henri Bouka, «… le maître de la rhétorique, de cette belle rhétorique, s’est éteint. Il était le maître de la magie des mots, oui, Placide Lenga, ancien président de la Cour suprême de justice s’est éteint...Sous sa longue présidence, la Cour suprême s’est beaucoup transformée: de nombreux arrêts, des avis ont été rendus…», a-t-il déclaré.
Docteur en droit et diplômé de l’Ecole nationale de la magistrature de Paris, Placide Lenga est devenu magistrat en 1979. Parallèlement, il enseigne le droit foncier à l’Université Marien Ngouabi. Après plus de vingt ans à la plus haute juridiction nationale en qualité de premier président, Placide Lenga a passé le témoin le 20 mars 2018 à son successeur, Henri Bouka, qui l’a suppléé pendant de nombreuses années.
Lors de la célébration de la proclamation de la République, le 28 novembre 2010, l’éloge qu’il lut avec cette voix vibrante d’émotion, pour une invite au sursaut républicain, dans une Nation réconciliée avec elle-même, sonnait comme un testament. «Les morts ne sont pas morts, chez nous. Nos chants et nos danses ont célébré souvent, à l’occasion de ces décès, le triomphe et la vigueur de la vie. Au-delà de l’épreuve de la mort, la vie a toujours continué, splendide et inaltérable, épanouissante et orgueilleuse.
Nos cérémonies mortuaires ont signifié un solennel hommage aux disparus d’une part, et, de l’autre, ils ont préfiguré, par la mimique, les séquences d’expressions diverses, à travers la tristesse, le chagrin, et enfin la joie communicative, toutes choses qu’on prévoit pour eux dans l’autre vie.
Petit à petit, notre pensée s’est tournée de la nostalgie du passé vécu avec les défunts, vers l’avenir à partager avec eux dans la vie quotidienne. Du souvenir de nos morts à l’espérance de la vie future à vivre ensemble, en union constructive, le cheminement aura été douloureux, chargé de reliefs, mais combien consolant...
Ce sont là des valeurs génétiques propres à notre République. Plus tard, quand nous ne serons plus, plus tard, quand nous serons ensevelis dans la poussière des générations, n’oublions jamais, chers parents, tous membres de la République une et indivisible, que la postérité se lèvera, et elle se lèvera, comme toujours, pour juger, d’abord les Chefs; ceux qui auront pris ou n’auront pas pris la décision, au temps des grands drames de la Nation; ceux qui auront évité de remplir leurs obligations légales; ceux qui n’auront pas exercé leurs pouvoirs régaliens; ceux qui auront refusé de porter le drapeau... », écrivait-il.
Après les différentes cérémonies protocolaires, l’absoute a eu lieu en la cathédrale du Sacré-Cœur de Brazzaville. C’est à Yalavounga que Placide Lenga repose désormais pour l’éternité au milieu des siens, dans le caveau familial.

Cyr Armel
YABBAT-NGO

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