Jean-Claude Ibovi, président du M.d.p : «C’est un signal fort au pouvoir, ce qui vient de se passer dans la Bouenza et le Kouilou»

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Invité de Boris  Iloy Ibara à l’émission «Odyssée de la démocratie» du vendredi 21 octobre 2011, Jean Claude Ibovi, président du M.d.p (Mouvement pour la démocratie et le progrès), parti membre du R.m.p (Rassemblement de la majorité  présidentielle), a, principalement, répondu aux questions journaliste sur son refus d’intégrer le P.c.t et sur les élections sénatoriales partielles du 9 octobre dernier. Il a également donné son point de vue sur la constitution du 20 janvier 2002 qui, à ses yeux, mérite d’être changé, car le régime présidentiel n’est plus adapté au contexte actuel. Voici l’essentiel de ses propos, à ce sujet.

Le M.d.p n’intégrera pas le P.c.t.
Le P.c.t est le principal parti de la majorité. Il faut s’y intéresser, puisque c’est notre locomotive au R.m.p. J’ai toujours compris que nos camarades du P.c.t ont toujours des problèmes de gestion des alliances politiques. Ça ne date pas d’aujourd’hui. L’accord avec l’U.pa.d.s n’a pas marché, et après, il a été déclaré caduc. Tout comme l’alliance des F.d.u. Je l’ai toujours dis: je suis arrivé en politique, parce que j’ai découvert un homme qui a une vision, qui a des qualités, Denis Sassou  Nguesso. Il faut distinguer Denis sassou Nguesso et son parti politique, le Parti congolais du travail.
Denis Sassou Nguesso est un homme qui a beaucoup de qualités auxquelles beaucoup de Congolais peuvent s’accommoder et reconnaître les valeurs de paix, de construction du pays qu’il est en train de prôner, et qui n’ont rien à voir avec son parti politique.
Le P.c.t, c’est le parti de Marien Ngouabi, dont le président Sassou Nguesso préside le comité central. Sinon, on ne devrait pas avoir les deux photos du président Marien  Ngouabi et du président Denis Sassou Nguesso. C’est le parti de Marien Ngouabi, je suis ravi que le président Sassou soit le continuateur, parce que c’était son mentor dans sa vie politique. C’est lui qui l’a emmené en politique...
J’ai fait la ronde de ce pays, au nom de Denis Sassou Nguesso, pas au nom de son parti. C’est comme cela que je suis rentré en politique. Je n’ai jamais été activiste…
Nous sommes partis de la C.n.d.p.i.d, la Convention nationale pour la défense et la promotion des idées de Denis Sassou Nguesso, c’était normal que nous nous transformions en parti politique, le M.d.p, le Mouvement pour la démocratie et le progrès, dont je suis le président fondateur. Mais, c’est pour continuer l’œuvre que nous avons commencée, en incarnant les valeurs de paix de Denis Sassou Nguesso, pour les faire connaître aux Congolais, qui savent que ces valeurs n’ont rien à voir avec son parti…
Quand Marien Ngouabi a créé le P.c.t, c’était par rapport au contexte de l’époque où l’on prônait le marxisme-léninisme. C’était sur la base du travail, donc la houe, le marteau, les palmes; c’était ce qui caractérisait le travail… Pourquoi vous ne pouvez pas comprendre que Denis Sassou Nguesso est en train de se battre, pour que nous tournions la page, pour que nous adaptions ce pays par rapport à la nouvelle donne d’aujourd’hui? Pourquoi Denis Sassou Nguesso s’est-il fait élire, depuis 2002, sur le label de l’éléphant? Posez la question à ces gens-là?

Elections sénatoriales partielles du 9 octobre dernier
Si le M.d.p n’a pas eu de sénateur, ce n’est pas la conséquence d’une quelconque insubordination au P.c.t. Le M.d.p est conséquent, il avait présenté la candidature de Mme Iwele Ibinga Colette,  membre du bureau politique, qui avait battu déjà campagne. Mais, nous avons voulu être en harmonie avec la discipline de la majorité et nous nous sommes retirés au profit du sénateur Adoua du P.c.t. J’espère que le P.c.t aura la même élégance, quand nous serons aux législatives. Nous sommes en harmonie, nous ne sommes pas contre le P.c.t. C’est un problème de conviction politique…
L’injure que le pouvoir vient de subir dans la Bouenza: comment peut-on accepter qu’un vice-président du sénat, un président de la commission finance et économie du sénat soient battus, au moment où nous sommes majoritaires dans la Bouenza? La majorité présidentielle a 62 conseillers, tandis que l’U.pa.d.s a 28, sur un total de 90 conseillers.
Les gens n’ont pas tiré les conséquences de l’élection présidentielle. Vous savez que le président était battu dans la Bouenza, il était battu dans le Kouilou. La même chose se répète au Kouilou.
Comment vous pouvez accepter qu’une plateforme politique, un parti comme le P.c.t, majoritaire dans le conseil départemental, sorte avec un sénateur? Comment Poungui, tel qu’il est là, avec  l’agressivité qu’il a face à nous, pouvait-il être candidat face à nous, quand on sait que l’U.pa.d.s n’a que 28 conseillers? C’est ce que nous avons subi depuis les présidentielles. Les gens ne tirent pas les conséquences…
Vous avez les cadres qui sont autour du président Sassou, qui sont ressortissants de la Bouenza, personne n’est parti battre campagne, parce que c’est le grand-frère (Poungui) qui s’est présenté. Quel grand-frère? Donc, le grand-frère, ce n’est plus Sassou, il faut, maintenant, laisser le terrain à Poungui, libre, venir se faire acclamer comme un roi, comme un messie, à l’hémicycle? Mais, c’est des vieilles recettes! Voilà, tout ça, c’est permis par les cadres qui bouffent l’argent, avec toutes les fonctions qu’ils occupent, qui viennent ici à l’émission de ton frère Jean-Claude, qui parlent le beau français, au nom de Sassou, alors que dans la réalité, ils ne représentent rien, ils n’apportent rien dans le pouvoir de Sassou…
On a une expression chez nous qui dit: «Quand on grossit, il ne faut pas oublier qu’on était maigre». C’est chez Bounkoulou que nous avons signé le mémorandum, quand il a démissionné de l’U.pa.d.s pour nous rejoindre. C’est moi qui avais conduit l’escorte présidentielle, pour amener le président chez Bounkoulou, signer le mémorandum de l’opposition, face à Lissouba. Donc, il ne faut pas avoir la mémoire courte…

A propos de la transparence des sénatoriales
Quelle élection? C’est une tricherie! J’ai lu dans La Semaine Africaine un sénateur de l’U.pa.d.s dire: «Il y avait la transparence». Quelle transparence? Comment lui, qui n’a que 28 conseillers de l’U.pa.d.s, il peut dire que c’est transparent? C’est d’une manière tribale qu’on a voté, on a manipulé les gens!
Le scrutin sénatorial n’a pas été transparent, puisqu’il y a eu trahison des conseillers de la majorité présidentielle face à leurs candidats de la majorité, pour aller faire le choix de la tribu, le choix de la région…
Ce qui s’est passé dans la Bouenza, c’est la manipulation du corps électoral, d’une manière tribale. Un opposant ne peut passer que si et seulement si le pouvoir pense qu’il contribue dans le cadre républicain et il appuie son action. C’est le cas de Nic Fylla…

Les leçons à tirer des sénatoriales
C’est un signal fort au pouvoir, ce qui vient de se passer dans la Bouenza et le Kouilou. Et si on ne tire pas les conséquences politiques et administratives, rien à faire, demain, ce sera encore l’échec. On sera surpris, comme en 2009. En politique, il faut éviter d’être surpris. Qu’on ne s’amuse pas. En politique, c’est ça: on vient, on apporte quelque chose. Quand on n’apporte pas quelque chose, on laisse la place. Aujourd’hui, on est là, on est battu aux législatives et on est maintenu ministre, il n’y a qu’au Congo qu’on voit ça. Comment quelqu’un qui est rejeté par le peuple, peut-il gérer pour aller chercher des solutions aux problèmes du peuple? Impossible…

Le R.m.p, un instrument politique de Denis Sassou Nguesso
Aujourd’hui, nous avons un président par intérim du R.m.p, Pierre Ngolo, qui a tous les pouvoirs, parce qu’à l’époque, on disait que Mvouba n’était qu’intérimaire au secrétariat général du P.c.t. Il faut qu’il regarde comment gérer les alliances politiques. Le problème du P.c.t, c’est qu’ils ne savent pas comment gérer les alliances politiques. Ce n’est pas une affaire d’aujourd’hui. Ils doivent réaménager ce côté-là, savoir comment entretenir les alliés…
Je crois au R.m.p, parce que c’est l’instrument politique de Denis Sassou Nguesso. Le R.m.p avait un objectif qu’il continue d’avoir. C’est à lui (le président par intérim) de montrer comment rassembler toutes les forces qui parlent au nom de Denis Sassou Nguesso. On n’a pas besoin de l’uniformisme. Il faut une diversité d’opinions, à côté du P.c.t, il y a d’autres forces. Est-ce qu’on peut mettre tous les œufs dans un même panier? L’ouverture démocratique a été initiée par Denis Sassou Nguesso, à partir des années 90. Ce n’est pas lui qui va nous ramener encore aux années de la révolution.

La Constitution
La constitution que nous avons adoptée n’est plus en harmonie avec le contexte actuel. Au sortir de la guerre de 1997, on avait besoin d’un président qui soit rassembleur et la clé de voûte de toutes les institutions, afin de restaurer l’autorité de l’Etat et faciliter la réconciliation nationale. Cette constitution a fait son temps. Nous devons passer à la séparation réelle des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif, afin que les ministres soient responsables devant le parlement et non devant le président de la République. Tout bon politique devrait raisonner de cette manière. Il doit y avoir un consensus national sur une telle question: pas d’opposition, pas de majorité. Comme on constate, aujourd’hui, la reconnaissance de l’impartialité de la Conel, par le secrétaire général de l’U.pa.d.s, Tsaty-Mabiala.
Vous voyez que là, le social est un problème brûlant qui retarde «Le chemin d’avenir». Je vais vous faire une confidence: quand on a publié le gouvernement, le président a créé des pôles. Sur les quatre pôles, j’avais dis à mon grand-frère Ntsiba que j’étais parti féliciter, qu’il a le pôle le plus difficile. S’il n’a pas de ministres compétents, la tâche sera difficile pour lui. Car celui des infrastructures aura moins de problèmes, puisqu’il ne va que récolter ce que les grands travaux vont faire. Celui de mon père, Yoka Emmanuel, il y aura moins de problèmes, puisque l’Etat existe, il y a la justice, l’armée et le territoire, en tant qu’avocat, il n’aura plus qu’à apporter sa touche sur le volet justice. Au niveau du pôle économique, nous avons l’embellie financière, il ne reste qu’à se rattraper pour aller signer avec les institutions de Bretton Woods. Ce sera le combat de ce pôle et, aujourd’hui, nous avons pu atteindre le point d’achèvement.
Mais, le pôle le plus compliqué, c’est le pôle socio-culturel, parce que c’est le social. Car, avant de nourrir les yeux, il faut nourrir le ventre. C’est là où l’on attend les résultats. Malgré sa bonne volonté, les ministres qui sont autour de lui, en matière socio-éducative, ne sont pas à la hauteur de la tâche. Ce qui complique sa responsabilité. Il suffit de voir l’évaluation qui est faite au niveau du gouvernement, les points les plus faibles sont à ce niveau.
Tout ceci, le président l’a toujours dit,  dans ses discours sur l’état de la nation devant le parlement réuni en congrès. Il revient, toujours, sur le social. Nous disons, comme Giscard D’Estaing, quand une montre est en panne, il ne suffit pas de changer les aiguilles, c’est tout le système qu’il faut changer. Ceci est valable en politique. C’est pourquoi, nous sollicitons, pour le Congo, un régime semi-présidentiel, pour que le président soit au-dessus de la mêlée.

Propos retranscrits par J. MBANZA
(Les intertires sont de la rédaction)


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