Conférence de la revue Géopolitique Africaine : Le regard de Martin Mbéri sur les cinquante ans d’indépendance nationale

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Vieux routier de la politique congolaise, ancien ministre d’Etat, Me Martin Mbéri a formalisé le témoignage de son long parcours politique dans un livre intitulé: «Congo-Brazzaville: regard sur 50 ans d’indépendance nationale», publié par les Editions L’Harmattan Congo. L’auteur a présenté son livre, au cours d’une conférence publique organisée le 26 novembre 2011, à l’auditorium du Ministère des affaires étrangères et de la coopération, par la revue Géopolitique Africaine. C’est Sébastien Souza Sayeto, officier colonel à la retraite, qui a été le modérateur de ce débat qui s’est déroulé en présence de quelques membres du gouvernement, notamment le Pr Charles Zacharie Bowao, actuel ministre à la présidence, chargé de la défense nationale, et directeur de publication de Géopolitique Africaine.

Véritable mea culpa de l’un des grands acteurs de la classe politique congolaise dont l’ouvrage de 137 pages était au cœur du débat entre l’auteur, Me Martin Mbéri, et les férus de la politique et de la culture congolaise. Dans son ouvrage, Me Martin Mbéri invite ses compatriotes, tout au moins la classe politique, à surpasser tous ce qui s’est passé dans le pays, afin de  construire un nouvel avenir pour le Congo, pour le bien des nouvelles généra-tions. «Le mal du Congo est la classe politique», a-t-il affirmé, sans ambages. C’est pourquoi, il estime que chaque acteur politique doit assumer sa part de responsabilité de ce qui s’est passé comme événements douloureux dans notre pays, depuis les premiers jours de l’indépendance, jusqu’aujour-d’hui.
Dans son ouvrage, l’auteur retrace les péripéties tumultueuses de la vie politique congolaise, et s’insurge contre ceux qui pensent à l’échec et au fatalisme. Pour lui, il faut aller vers l’essentiel, c’est-à-dire, ce qui va concourir au développement intégral du Congo. Me Martin Mbéri appelle les jeunes à ne pas commettre un jour, à leur tour, les mêmes erreurs que ceux de sa génération ont commises. Pas en tant qu’individu, mais  au nom de l’Etat.
En publiant ce livre, l’ancien ministre d’Etat a manifesté son intérêt de partager, avec ses compatriotes, sa réflexion sur les 50 ans d’indépendance du Congo. Il avait réussi l’exploit de passer du gouvernement du président Pascal Lissouba à celui du président Denis Sassou Nguesso, en 1997, après le renversement du premier par le second, au terme d’une sanglante guerre militaro-civile qui avait dévasté la capitale Brazzaville et fait pas moins de trois milliers de morts, épingle plusieurs causes qui, selon lui, sont à l’origine du retard du Congo sur le plan du développement. Parmi ces causes, il note, la nation qui est, pourtant, une réalité anthropologique, la question de l’Etat, les ethnies et les tribus, la sorcellerie, la  prédominance des chefs au sein de la nation. Et, pour ce faire, Me Martin Mbéri suggère quelques approches de solution dans son ouvrage, en proposant un découpage administratif du pays en cinq provinces seulement, en suggérant la révision de la constitution de janvier 2002, en créant un poste de vice-président et celui de premier ministre au gouvernement.
Très stratège, reconnaissant bien, pour sa part, les erreurs du passé, il s’appuie sur un principe de précaution tiré de la sagesse traditionnelle: «On sait d’où l’on vient, mais il est difficile de savoir où l’on va». Il pense, par-dessus tout, qu’il faut apporter des solutions et corriger les erreurs du passé, pour envisager un avenir radieux du pays.
Me Martin Mbéri invite les Congolais à agir pour l’intérêt de la nation. «Les erreurs, les fautes sont inhérentes à la nature de l’homme», se défend-il. Lui qui s’insurge contre la pléiade des partis politiques dans le pays. Ceux qui existent ne fonctionnement pas comme il se doit, pour un système démocratique normal. Il suppose que le système des partis politiques est à revoir. Selon lui, il existe plusieurs partis  au Congo pour «zéro parti».
Outre la proposition sur la limitation du nombre des partis politiques, Me Martin Mbéri suggère de revoir aussi le système organisationnel de l’Etat, pour mettre de l’ordre dans son fonctionnement. Il a fait savoir à l’assistance certains obstacles qui freinent le Congo d’avancer vers la mondialisation, à savoir: la tribu, la sorcellerie, la colonisation qui a divisé pour mieux régner. Pour ce faire, l’auteur cite trois  grands peuples qui peuvent faire l’équilibre dans le pays, notamment: Kongo, Téké et Ngala. Ces trois peuples forment de grands ensembles pour le Congo.
Revenant sur son idée de cinq provinces, il propose  la province du Nord avec les Ngala; la province du centre avec les Téké; la province Kongo et la province littorale à Pointe-Noire.
Ainsi, André Ongagna, qui a complété la présentation sommaire du livre a, en fait, marqué son désaccord par rapport à la nouvelle configuration administrative du territoire national proposée par Martin Mbéri, avec la création de cinq provinces. Jean-Pierre Lékoba, quant à lui, a fait la lecture critique de l’ouvrage, en avançant que le pays ne peut pas vivre en reclus. Il doit tenir compte de l’évolution, de la mondialisation et,  bien sûr, des mutations qui s’opèrent au plan international.
Comme on peut l’imaginer, le sujet a suscité un débat intense, dans une salle pleine où il y avait des acteurs politiques de la majorité, comme de l’opposition, des cadres intellectuels et aussi des jeunes ayant soif de suivre un célèbre ancien. Pendant trois heures, l’auteur a dû faire face à une pluie de questions, de témoignages sur les événements du pays. Chacun y est allé de sa «vérité» sur ce qui s’est passé. Et, s’agissant de l’avenir du pays, les jeunes n’entendent pas être mis à l’écart. C’est ainsi qu’un jeune a balancé, à l’endroit de l’auteur, qu’on a assez vu les gens de sa génération. Ils doivent laisser la place aux jeunes.
Dans ses réponses, Martin Mbéri a indiqué que s’il faut rêver de changement, il faut que ce soit un changement maîtrisé. Il a reconnu que c’est la classe politique, dont il fait partie, qui est responsable du retard que le Congo a connu, ajouté à cela toutes les guerres civiles qui ont sérieusement secoué le pays et fortement dégradé son tissu social.
«Nous devons nous remettre en cause. Il n’y a que nous pour dire que ce n’est pas bon…», a-t-il dit, avec le franc-parler qui a toujours été le sien.
Quoiqu’il en soit, le livre de Me Martin Mbéri est un véritable chef-d’œuvre d’un acteur politique ayant participé à des grands événements qui ont secoué le pays et ayant été aux affaires publiques. On peut lui reconnaître le courage d’avoir apporté son témoignage sur l’histoire du pays, quand on sait que beaucoup d’acteurs politiques terminent leur carrière, souvent, en Europe, dans un silence qui n’est pas du tout profitable aux nouvelles générations. N’étant plus aux affaires, depuis sa démission du gouvernement du président Denis Sassou Nguesso, en 2001, Me Martin Mbéri a mis à profit son temps libre, pour apporter sa part de «vérité» dans l’histoire du pays, et ses propositions sur la construction de l’avenir. Il enrichit ainsi le débat politique national. Il faut aussi être reconnaissant à la revue Géopolitique Africaine qui donne la possibilité au public, d’avoir un espace de débat libre sur la vie de la nation. Pourvu que cela ne s’arrête pas là.


Pascal NGALIBO-YALA

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