Bonaventure Mbaya, président du parti La Convergence citoyenne : «L’impact de l’élection de François Hollande sera considérable dans notre pays»

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Ancien ministre, président du parti Convergence citoyenne et membre de l’International socialiste, Bonaventure Mbaya entend porter un éclairage sur la doctrine de ce mouvement, partagée par 144 partis politiques à travers le monde. Dans l’interview ci-après, il se réjouit de l’élection du socialiste François Hollande, à la tête de la France. Pour lui, ce dernier a pris des engagements à travers ses relations avec le comité Afrique de l’International socialiste, pour une rupture avec la France-Afrique.


* Monsieur le président, quelles sont vos impressions par rapport à l’élection du socialiste François Hollande, en France?
** Toute élection d’un socialiste à la tête d’un pays est, pour nous, une occasion de satisfaction, parce que les libertés sociales, la justice sociale, la solidarité et l’économie sociale de marché vont faire des avancées dans cette partie du monde où il a été élu. La suprématie de la haute finance, celle des marchés qui imposent leurs lois à des Etats qui devraient, normalement, être souverains va reculer. En clair, la Banque mondiale et le F.m.i ne doivent pas imposer leurs diktats à des Etats souverains, sans tenir compte des catégories vulnérables qui existent dans ces Etats. Les socialistes disent qu’on peut rééquilibrer les balances des Etats, à partir de la croissance. C’est le combat de François Hollande.

* Peut-on savoir pourquoi, vous étiez, dernièrement, en France. Est-ce pour une rencontre avec le Parti socialiste?
** Je suis allé en France à deux reprises. D’abord, le 14 mars, parce que l’équipe de campagne du président François Hollande m’avait invité, simplement, parce que je fais partie de la cellule du comité Afrique de l’International socialiste qui a travaillé sur la politique africaine de la France, depuis 2005. Dirigé par le Sénégalais Ousmane Tanor Dieng, ce comité a réfléchi sur les relations de la France avec le continent africain. Le travail a abouti sur un certain nombre de propositions concrètes consignées dans un document que nous avons présenté à François Hollande et son équipe de campagne, dans un échange de camaraderie. Nous avons préparé l’arrivée au pouvoir, en France, de notre camarade socialiste. Nous avons travaillé à cela, et notre document a été adopté en l’état.
Je suis reparti, en France, au lendemain du deuxième tour de la présidentielle, c’est-à-dire le 7 mai, parce que François Hollande élu le 6 mai, au deuxième tour, souhaitait recevoir tous ses amis politiques. Le mercredi 9 mai, au cours d’une réception, j’ai eu l’occasion de revoir François Hollande, non pas comme candidat, mais en tant que président élu de la France. Bien entendu, nous avons abordé les questions d’intérêt commun pour l’Afrique, la France et l’Europe.

* En Afrique, beaucoup de gens pensent à des changements de politique africaine de la France, notamment un engagement soutenu à la démocratie. Pensez-vous que François Hollande sera à la hauteur de ces attentes?
**D’abord, je dois dire que dans notre réflexion depuis 2005, nous avons réaffirmé qu’il y aura toujours une politique africaine de la France. Nous distinguons la politique africaine de la France de la France-Afrique. Donc, lorsque les gens se demandent si François Hollande mettra fin à la France-Afrique, je dis oui. Il va travailler à cela. Mais, je crains que les gens fassent l’amalgame entre la France-Afrique et la politique africaine de la France. Il y a la politique africaine de la France qui s’impose, parce que, dans un monde qui se globalise, se mondialise avec des économies qui s’interpénètrent et la terre qui devient un village planétaire, grâce au développement de nouvelles technologies de l’information et de la communication, il est évident que les peuples sont condamnés à communiquer, dialoguer et coopérer. Donc, la France, cinquième puissance mondiale, aura, nécessairement, une politique africaine qui se justifie pour trois raisons: le passé colonial; la deuxième raison, est celle du destin qui est intimement lié à celui de l’Afrique, de par le fait colonial et les droits de l’homme; enfin, la proximité géographique. Car, la France est très proche de l’Afrique, l’Europe est le continent le plus proche de l’Afrique. Ainsi, pour des raisons économiques, elle aura toujours une politique africaine.

* Quel est l’impact politique de l’élection de François Hollande dans notre pays?
** L’impact sera considérable dans notre pays. Vous savez que je suis membre de l’opposition. Elle s’est battue, pendant plusieurs années, pour que nous ayons des élections transparentes que le pouvoir a toujours refusées, pour des raisons tactiques et non politiques. Cela ne sera plus possible avec François Hollande. Je peux vous le rassurer. Les choses vont changer, significativement, parce qu’en Afrique, on a tendance à marcher sur les constitutions que nous avons pourtant fait adopter nous même. Au Congo, nous avons la constitution de 2002 qui a été confectionnée par la majorité actuelle. Nous, en tant qu’opposition, nous nous sommes accommodés de cette constitution que nous voulons qu’on respecte. Mais, nous constatons que les concepteurs de cette constitution sont les premiers à ne pas vouloir la respecter. Les biens de nos dirigeants ne sont pas déclarés, alors que c’est prévu dans la constitution. Les mandats des élus ne sont pas respectés et nous avons, aujourd’hui, un certain nombre d’institutions constitutionnelles dont les dirigeants sont à mandats échus, on ne les a pas rectifiés: le cas du conseil supérieur de la liberté de communication et de la Cour constitutionnelle. Ces deux institutions sont devenues anticonstitutionnelle et, pourtant, elles régissent la vie de notre pays. Désormais, nous pouvons compter sur une France qui sera à cheval sur les principes démocratiques.
Ensuite, nous avons tous ces chefs d’Etat qui essaient de tripoter les constitutions, afin de se maintenir au pouvoir. Ce que la France de droite pouvait tolérer pour le Congo, je ne suis pas sûr que la France de la gauche le tolère. C’est à nous, Congolais, de prendre nos dispositions. L’alternance politique n’est pas une fin en soi. Aujourd’hui, dans ce pays qui a quand même souffert, la majorité et l’opposition devraient trouver un modus vivendi pour ne plus renvoyer nos concitoyens dans les guerres fratricides qui ne servent à rien, si ce n’est pas défendre les intérêts de quelques uns parmi nous. Je crois que la dynamique de la concertation d’Ewo était cela. Si le pouvoir a fait une petite ouverture à son opposition pour commencer à dialoguer, mais il faut poursuivre ce dialogue. Je crois qu’Ewo a été une première étape dont nous allons tester l’efficacité avec les élections législatives prochaines.
Propos recueillis par

Cyr Armel YABBAT-NGO 

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