Quartier Kanga-Mbanzi (Talangaï, Brazzaville) : Les populations ont compris leur député, Jean-Claude Ibovi, mais...

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Le député de la deuxième circonscription de Talangaï et président du M.d.p (Mouvement pour la démocratie et le progrès), Jean-Claude Ibovi,  était, samedi 1er septembre 2012, face  aux populations du quartier 64 (Kanga-Mbanzi), dévasté par les explosions du 4 mars dernier. Cette rencontre citoyenne, qui s’est déroulée à l’hôtel A.b.g, dans un climat tendu au départ, avait pour but d’arrêter une démarche commune, afin de trouver des solutions aux multiples difficultés auxquelles les populations sinistrées de ce quartier sont confrontées. Ayant compris leur député, les populations concernées, particulièrement les jeunes, ont retiré leurs menaces d’envahir les édifices publics de leur arrondissement, en cas de pluie les empêchant de vivre chez elles dans des tentes, pourvu que le gouvernement  leur apporte l’assistance attendue.

Il fallait faire preuve de courage, d’humilité et de tact pour rencontrer les populations de Kanga-Mbanzi, au cœur même de ce quartier dévasté par les explosions du 4 mars dernier. Le député Jean-Claude Ibovi, qui a anticipé cette descente pour apaiser le climat social, a indiqué qu’il avait, lui-même, voulu que celle-ci se déroule à l’hôtel A.b.g, sérieusement endommagé, au cœur même du quartier sinistré. Plus de trois-cents personnes (adultes et jeunes) y étaient présentes.
Il faut dire que les populations de Kanga-Mbanzi, quartier situé juste derrière le camp du régiment blindé d’où les explosions avaient eu lieu, sont en colère avec les pouvoirs publics qu’elles accusent de les avoir abandonnées dans leur triste sort de sinistrés démunis. Certains parmi ces concitoyens étaient restés chez eux, au lendemain des explosions, pour garder leurs habitations détruites totalement ou en partie. D’autres y sont revenus, quelques mois plus tard, et vivent dans des tentes, en attendant la reconstruction de leurs maisons. Seulement, ils ont le sentiment que le gouvernement les a, depuis, oubliés. A l’approche de la saison des pluies, ils ont fait savoir qu’ils envahiront les édifices publics de leur arrondissement, pour s’abriter, puisque les tentes qui leur ont été distribuées ne sont pas pratiques contre la pluie.
Ainsi, c’est à cœur ouvert et sans tabou, que ces populations se sont librement exprimées devant leur député, pour manifester leur mécontentement et leur colère. Elles ont, tour à tour, exigé la réhabilitation de leurs habitations, le paiement de leurs allocations d’urgence, l’assistance alimentaire, la participation dans la prise des décisions les concernant, etc.
M.  Oko François, sexagénaire, s’est exprimé en ces termes: «Je suis pêcheur, je suis venu à Brazzaville avec mon propre billet. Ma maison que j’ai construite avec la sueur de mon front est partie. Pour quel motif? J’ai fait quoi? Je ne suis pas militaire, vous êtes partis acheter les choses pour protéger le pays et ma maison est détruite. Les pluies arrivent, je vais dormir où avec mes enfants? J’avais mes cinq portes de locataires; aujourd’hui, je ne perçois plus rien. Vous voulez que j’aille voler? Vous connaissez mon nom, venez me tuer, car je n’ai plus peur de la mort».
M. Oko Manga est, quant à lui, allé plus loin dans ses menaces: «Sentant la menace, le gouvernement vous envoie pour nous maîtriser. C’est vrai, ce n’est pas une rumeur, je vous le confirme. Il suffit d’un petit vent, nous allons occuper les édifices publics à notre portée à Talangaï… Nous sommes abandonnés; même la ministre des affaires sociales n’est pas venue nous rendre visite à Kanga-Mbanzi où résident toutes les couches sociales de la vie. On nous prend pour des idiots. Vous savez, les choses qui ont explosé au régiment blindé étaient des munitions. Mais, savez-vous où sont parties les armes? Certainement, dans les mains des tiers. Attention, nous sommes suffisamment outillés pour faire face à n’importe qui».
Sur le même ton, un intervenant s’en est pris à l’administrateur-maire de Talangaï et aux membres du gouvernement: «Un quartier dévasté comme le nôtre, le maire devrait être ici en permanence. En France, même lorsqu’une seule personne meurt, le président de la République se déplace. Les ministres ne viennent pas, le maire non plus».
A toutes ces préoccupations, Jean-Claude Ibovi a rassuré: «Ne vous croyez pas abandonnés. Communiquer, c’est arrêter l’intox et la rumeur. Vous avez fait passer vos préoccupations, avec beaucoup d’humilité. Tout ce qui vous préoccupe, aujourd’hui, c’est d’entrer dans vos droits, en percevant vos allocations d’urgence. Sachez que cette allocation est pour vous réinsérer dans la société. S’il y a eu ce retard, c’est parce que le gouvernement a voulu mettre de l’ordre dans les listes où il y’avait des gens qui percevaient 3 à 4 fois cette allocation».
Pour lui, le président de la République est sensible à cette situation; «il y pense, chaque jour. Aujourd’hui, le pays est comme arrêté. Tout le monde est allé préparer les marmites pour se maintenir au gouvernement. On ne sait pas à qui s’adresser. Donc, j’ai voulu anticiper et le jour que nous aurons un interlocuteur habilité, nous lui soumettrons vos problèmes».
Jean-Claude Ibovi a, par ailleurs, précisé qu’une large part du budget de l’Etat exercice 2013 sera consacrée au drame du 4 mars. «Voilà pourquoi, nous sommes venus prendre la température, pour rassembler les préoccupations des uns et des autres, afin que nous les soumettions au gouvernement», a indiqué le député qui, par ailleurs, a exhorté ces populations à abandonner l’idée d’aller envahir les édifices publics, en saison de pluies. Les populations l’ont compris, mais elles attendent des actions concrètes de l’assistance du gouvernement.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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