Rencontre entre la police et la presse : Lutter contre les déviances et établir des relations empreintes de professionnalisme

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La direction générale de la police a eu l’initiative d’inviter les responsables des médias et les journalistes à une rencontre, pour échanger sur leur travail respectif et sur ce que doivent être les relations entre les deux corps de métier. La rencontre a eu lieu, jeudi 14 novembre 2013, à l’hôtel Olympic palace, à Brazzaville, en présence des représentants des départements ministériels (communication, intérieur…), du C.s.l.c (Conseil supérieur de la liberté de communication), de la société civile travaillant pour la régulation de la communication et de l’information et des officiers de police responsables des différents services.

Cette initiative est partie de l’inquiétude de la direction générale de la police, qui a remarqué la publication des articles «diffamatoires et haineux» à l’encontre de la police congolaise. C’est le général de police de première classe Albert Ngoto, directeur général adjoint de la police, qui a patronné cette rencontre, en présence du colonel Jules Monkala-Tchoumou, directeur de la sécurité publique et nouveau porte-parole de la police.

La rencontre d’échange entre les chevaliers de la plume et du micro et les responsables de la police est une première entre les deux corps de métiers ayant la même matière première «l’information», mais dont les relations sont souvent teintées d’une certaine méfiance. «Nous sommes ici pour dialoguer, échanger», a lancé le général Ngoto, dans son mot introductif.
En effet, à la suite d’un article qualifié de «diffamatoire» par la police, publié par le journal «Sel-Piment», et intitulé «Voici comment la police nationale tue les Congolais», et les articles d’autres journaux, comme «La Griffe», qui a illustré un article sur la police congolaise, par une photo montrant, plutôt, des policiers d’un pays européen, la direction générale de la police a pensé qu’il était nécessaire d’attirer l’attention de la presse, sur certaines dérives qui ne l’honorent pas, et le faire de façon fraternelle, pour ne pas créer des malentendus. «Nous avons voulu mettre à votre disposition quelques pseudo-articles assortis de photos dûment montées dans le seul but de charger, salir l’image de notre police et la discréditer vilement à tout prix», a dit le général Ngoto.
Au départ, l’expression d’une inquiétude sur la presse: «En effet et vous ne nous contrediriez certainement pas, en votre sein, dans les milieux des intellectuels, dans l’opinion, bref partout, la situation de la presse congolaise, d’un certain journalisme se pose en termes d’inquiétude. La direction générale de la police ne prétend nullement se muer en structure régulatrice de la presse au Congo. Cependant, les policiers congolais, toutes entités confondues, ne sauraient tout autant être indifférents à l’image dévaluée que présente une certaine presse dans notre pays». Mais aussi une certitude: «Pour nous, services de police, la presse est un partenaire auquel nous accordons une importance majeure et dont nous avons grandement besoin, parce qu’elle est, entre autres et avant tout, une source d’information, ensuite, parce que nous considérons la presse comme un de ces organes puissants devant jouer le rôle de contrôle externe de notre police en complément de celui dévolu aux structures propres de la police, dans le cadre, cette fois, du contrôle interne».
La police fait toujours le toilettage dans ses rangs, a rassuré le général Ngoto: «Nous reconnaissons que certaines pratiques de nos cadres et agents n’honorent pas la corporation policière. Notre tutelle et le commandement de la direction générale de la police sont implacables à l’encontre de ces policiers déviants. Nous pouvons, du reste, vous annoncer, pour illustration que dans la période de 2011 à aujourd’hui, des sanctions disciplinaires et pénales ont été infligées à des cadres et agents». Le général Ngoto a, de ce fait, appelé la presse à accompagner la police dans cette lutte contre les impérities, les dérives de certains policiers. Tout en demandant aux journalistes de faire leur travail dans le cadre du professionnalisme, dans le strict respect de la loi. «Car, force est de constater que la presse congolaise ne saisit toujours pas la main tendue, l’invitation à une franche collaboration avec les services de police».
Qu’en est-il pour la presse? Le général Albert Ngoto a exhorté les journalistes à faire leur travail, dans le respect de leur déontologie et de leur professionnalisme: «Vous, journalistes, avez, notamment, votre code déontologique des métiers de l’information et de la communication où il est reconnu que «la mission d’information et de communication comporte, nécessairement, des limites que les communicateurs, eux-mêmes, s’imposent. Reconnaissons, ensemble, sans par ailleurs, la moindre intention pour nous d’être des donneurs de leçons, que ces exigences qui devraient constituer le substrat de votre travail, sont bafouées, distordues et galvaudées par certains d’entre vous».
Et c’est là où le bât blesse. D’après lui, le constat est que «la direction générale de la police est constamment dans le viseur de cette presse haineuse, qui se targue excessivement d’être  «indépendante», verse dans une calomnie effrénée et une ignominie indescriptible contre les services de police et leurs responsables».  «Pour ces journalistes approximatifs, la liberté d’expression se confond avec la liberté de mentir, d’inventer, de faire passer pour vrai ce qui est faux».
Face à cela, la direction générale de la police a décidé de ne plus se laisser faire: «Nul n’est censé ignorer la loi. Et le code pénal qui s’impose à nous a prévu des infractions et des peines applicables à ces fossoyeurs du journalisme. La direction générale de la police se réserve ainsi le droit de poursuivre, dorénavant, en justice, tous ceux qui s’évertueront, sans la moindre preuve, à diffamer, à monter des canulars médiatiques à des fins de diabolisation injuste et erronée de la police. Nous traînerons devant les tribunaux les auteurs de ce genre d’atteintes graves à la dignité de la police et au moral des policiers».
Dans l’assistance, il y avait des responsables des organes de presse et des associations professionnelles de journalistes. Durant le débat, ils ont évoqué le mauvais accueil que, souvent, les officiers de police réservent aux journalistes qui viennent chercher l’information. «Le journaliste doit-il avoir peur du policier?», a interrogé Joachim Mbanza, directeur de La Semaine Africaine et président de l’A.e.p.c (Association des éditeurs de presse du Congo). Notre confrère Adrien Wayi Lewi s’est élevé contre l’arrestation des journalistes par la police, insistant que, même si un journaliste a commis, il ne doit pas faire l’objet d’arrestation, mais plutôt, de plainte à la justice, comme on l’a vu en France sur les injures portées contre Mme Taubira. Il faut dire que le directeur de publication du journal «Sel-Piment», Ray-M, qui était présent à cette rencontre, avait été interpellé par la police et gardé à vue à la direction départementale de la police de Brazzaville. Il n’a été libéré que sur intervention du président du C.s.l.c, Philippe Mvouo.
Le colonel Monkala-Tchoumou a porté quelques éclaircissements sur l’accès aux sources d’informations au niveau de la police, disant que les portes sont ouvertes, mais il y a certaines informations qui ne peuvent être livrées à la presse, car frappées du sceau du «secret de l’enquête». Malgré le caractère fraternel de la rencontre, qui s’est terminée par un apéritif qui a permis de poursuivre les échanges entre journalistes et policiers, certains confrères journalistes n’ont pas apprécié de voir la police menacer les journalistes de poursuites judiciaires. Ils ont parlé de «rencontre d’intimidation». Selon eux, la police peut user, tout simplement, du droit de réponse, comme le prévoit la loi sur la liberté de communication. Quoiqu’il en soit, beaucoup ont apprécié cette rencontre d’échange et souhaité même sa tenue régulière.

Alain Patrick MASSAMBA

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