Assemblée nationale : Trois députés indépendants indignés par la non-exécution du budget d’investissement 2013 dans leurs circonscriptions

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Députés indépendants et nouveaux venus à l’assemblée nationale, Joseph Tsalabiendzé (Mossendjo), Anicet Gomas (Boko) et José Cyr Ebina (Ignié) ont animé, mardi 12 novembre 2013, dans la salle de conférence Louis Badila, au siège du bihebdomadaire La Semaine Africaine, à Brazzaville, une conférence de presse, au cours de laquelle ils ont exprimé leur vive indignation sur la non-exécution des projets prévus dans le budget d’investissement 2013 dans leurs circonscriptions respectives, après la séance de l’assemblée nationale pendant laquelle le ministre d’Etat Gilbert Ondongo, ministre de l’économie, des finances, du budget, du portefeuille public et de l’intégration, a présenté le projet de budget de l’Etat exercice 2014.

Les trois députés indépendants ne comprennent pas pourquoi le ministre des finances n’a pas, tout d’abord, expliqué la non-exécution des projets prévus cette année au budget de l’Etat, avant de les inviter à voter la nouvelle loi financière.

Ils forment un trio particulier de députés indépendants à l’assemblée nationale et n’ont pas leur langue dans la poche. Refusant de jouer un jeu consistant à mener en bateau les mandants dans leurs circonscriptions respectives, ils veulent voir clair dans l’exécution du budget de l’Etat. Car, leur constat est amer et les met en boule. L’année dernière, ils sont allés, enthousiastes, dans leurs conscriptions, faire un large écho du budget de l’Etat, en vantant les projets retenus dans leurs circonscriptions et louant ainsi la pertinence du projet de société du chef de l’Etat, «Le chemin d’avenir». Un an après, grande est leur désillusion: aucun projet n’a connu même un début d’exécution. Et ils sont confus. Ils ne savent plus quel langage tenir devant les populations.
Face à la presse, le trio de députés n’a pas eu des mots tendres envers le gouvernement, autant que leur déception est grande et ne sachant plus à quel saint se vouer, comme l’explique le député de Mossendjo, Joseph Tsalabiendzé, dans le mot liminaire: «Nous allons voter le budget 2014 d’ici le 15 décembre 2013, date à laquelle nous clôturons cette présente session budgétaire. Et vous savez bien que c’est une session très importante, au moment où le gouvernement de la République vient exposer aux élus du peuple, ce qu’il peut faire comme dépenses et investissements, au cours de l’année 2014. Vous savez aussi que c’est notre deuxième budget que nous allons voter. Nous avons voté un budget en 2013, qui a été, semble-t-il, arrêté déjà par le gouvernement. Mais, nous devons vous dire que nous sommes déçus de constater que ce que le gouvernement a prévu, pour nos localités, rien n’a été fait».
La non-exécution des projets a entamé en quelque sorte le crédit des députés. «Comme vous le savez, quand nous avons été élu l’an dernier. Tout naïvement, après la session budgétaire, comme nouveaux députés, ambitieux de vouloir travailler et aider le président dans le suivi et le contrôle du gouvernement, nous avons disséqué le budget d’investissement et de fonctionnement 2013 en localités, Mossendjo, Boko et Ignié. Et nous avons fait la tournée, à travers nos trois localités, pour dire aux populations: voilà ce que le président de la République va faire pour vous, cette année. Nous avons distribué ce budget aux cadres fonctionnaires, aux anciennes autorités, aux chefs de villages et de quartiers.  Aujourd’hui, nous devons aller voter le budget 2014, mais nous avons des inquiétudes, parce que nous avions fait le tour de nos circonscriptions respectives, rien n’a été fait du budget 2013, qu’allons-nous dire aux populations?». Comme quoi, il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
Après le mot liminaire, chacun des trois députés indépendants a énuméré quelques projets retenus dans sa circonscription en 2013: «Pour Mossendjo, il a été prévu la construction du palais de justice, de la maison d’arrêt, pour cela, il a été prévu 450 millions de francs Cfa; on avait prévu la construction des tribunaux: 840 millions; construction et équipement des maisons du sous-préfet et du secrétaire général: 575 millions; réhabilitation des logements administratifs: 185 millions. Aujourd’hui, on ne peut plus aller à Mossendjo par avion, l’aéroport n’existe plus, depuis plus de 20 ans. Nous pensons que le pays a évolué, mais au fond, il a régressé. Aujourd’hui, pour se rendre à Mossendjo, il faut un véhicule 4X4». De tous ces projets, rien n’a été fait, a expliqué Joseph Tsalabiendzé.
Pour Boko, Anicet Gomas, appuyant les propos de son collègue de Mossendjo, a relevé, lui aussi, les projets prévus dans sa circonscription dans le budget 2013: construction du tribunal: 950 millions; réfection des logements administratifs: 840 millions; réfection des C.s.i (Centre de santé intégré) du district de Boko: 2 milliards; mise en place des pharmacies: 500 millions. La liste est longue des projets prévus rien qu’en 2013. Aucun de ces projets n’a connu un début d’exécution. «Ce qui est vrai, c’est que nous serons interpellés par les populations qui vont nous demander pourquoi nous leur avons donné des sujets totalement faux», a dit Anicet Gomas.
José Cyr Ebina a parlé d’Ignié, sa circonscription électorale qui souffre d’un déficit criant en enseignants, dans le cycle primaire et secondaire. «Je me suis beaucoup intéressé à la formation, parce que le ministre des finances a insisté sur le recrutement des enseignants. Mais, quand je vois, dans nos différents districts, il y a toujours des problèmes de manque d’enseignants. Je parlerai plus d’Ignié où il y a des écoles qui posent un gros problème d’enseignants: dans une école, il n’y a qu’un seul enseignant. Je me demande tous ces enseignants recrutés sont envoyés où? On a voulu chercher à comprendre et savoir. Aujourd’hui, nous attendons des réponses, parce qu’on a demandé à rencontrer les autorités compétentes, pour qu’ils puissent nous édifier sur ce sujet. On s’était organisé pour aller dire aux populations que le gouvernement nous a dotés d’un budget. A Ignié, ce budget représentait près de 365 millions, rien que le budget de fonctionnement. Mais, je me retrouve avec des enseignants qui se plaignent, parce qu’ils n’ont pas leur budget de fonctionnement. Si nous voulons que notre pays aille vraiment à l’émergence, il faut que nous puissions former», a dit le député d’Ignié. Il s’est aussi posé la question, concernant les 800 km de route latéritées dans le département du Pool, dont a parlé le ministre des finances. Car, pour lui, dans le district d’Igné, il ne sait pas s’il y a même eu 50 Km de route qui ont été faits.
Parmi les questions posées aux trois députés, par les journalistes, on peut retenir celle de savoir ce qu’ils attendent du gouvernement, face à cette situation. Ils ont répondu qu’ils veulent des éclaircissements de la part du ministre d’Etat Gilbert Ondongo, sur les causes qui ont fait que les projets prévus dans leurs circonscriptions ne soient pas réalisés, de façon qu’ils aillent expliquer aux populations ce qui s’est passé. Ce qui leur donnera la possibilité de parler du budget 2014. Autrement, ils passeraient pour des marchands d’illusions. Ce qu’ils ne veulent pas.
Rappelons que la conférence de presse s’est déroulée en présence de leurs partenaires suédois, qui ont procédé à la clôture d’un séminaire de formation organisé à Mossendjo en faveur des jeunes agriculteurs venus de leurs trois circonscriptions.

Pascal Azad DOKO

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