Débat sur le changement de la constitution : Aimé Emmanuel Yoka appelle à un débat républicain à l’assemblée nationale

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Le débat sur le changement de constitution continue de défrayer la chronique. Lors de la séance de questions orales au gouvernement suivies de débats, qui a eu lieu, vendredi 25 avril 2014, le ministre d’Etat Aimé Emmanuel Yoka, ministre de la justice et des droits humains, répondant à une question posée par le député Pascal Tsaty-Mabiala, président du groupe parlementaire de l’U.pa.d.s (opposition), a invité le président de  l’assemblée nationale, Justin Koumba, à ouvrir un débat républicain sur la constitution, à l’hémicycle.

«Ce n’est pas une question juridique. C’est une question politique. Monsieur le président, je vous propose d’ouvrir ce débat ici, pour que ce qui est indiqué par le député Tsaty-Mabiala comme un secret de polichinelle, devienne une évidence démocratique et républicaine», a-t-il déclaré. 

Contrairement aux précédentes séances de questions orales au gouvernement avec débats, la séance du vendredi 25 avril 2014 était plus sereine, ouverte, directe et franche. Les députés du groupe parlementaire de l’U.pa.d.s, qui avaient boycotté la séance précédente, étaient bien là.
Prenant la parole, Pascal Tsaty-Mabiala a engagé le débat sur le changement de la constitution. Pour lui, c’est un secret de Polichinelle que le président de la République veut changer la constitution du 20 janvier 2002, pour solliciter un troisième mandat que cette même constitution lui interdit, au titre de l’article 57 qui n’est pas révisable, conformément à l’article 187. «Plutôt que de recourir aux pratiques déjà expérimentées dans le passé et dans ce pays, qui consistent à faire parler les soi-disant notables dont la vulnérabilité expose à cette honteuse manipulation, pourquoi le gouvernement, qui est à la manœuvre, au travers de certains ministres, n’engagerait-il pas un véritable dialogue républicain avec la représentation nationale? Le groupe parlementaire U.pa.d.s voudrait, en effet, comprendre les motivations de cette modification constitutionnelle qui intervient à deux ans de la fin du mandat du président Denis Sassou Nguesso», a-t-il affirmé.
Répondant à cette question, le ministre d’Etat Aimé Emmanuel Yoka a fait, plutôt, preuve de sagesse et de prudence sur ce qu’il a qualifié de «plat de résistance». D’emblée, il s’est réjoui de constater que l’U.pa.d.s, comme tous les autres partis dans le pays, prend part à cette «excitation républicaine», autour de l’échéance de 2016. «C’est rassurant pour la démocratie et passionnant pour la liberté», a-t-il dit.
Avant de répondre à la question, il a rappelé quelques certitudes qu’il a qualifiées de nationales. «En 2016, le Congo comptera toujours 342.000 Km², le soleil se lèvera toujours à l’Est et nous resterons toujours frères et sœurs. Donc, vous voyez très bien que 2016 n’est pas la fin du monde», a-t-il lancé.
Dans son argumentaire, le ministre de la justice a rappelé que le parlement n’a pas besoin du gouvernement pour engager un «débat républicain» sur toutes les questions d’intérêt national. «C’est votre devoir et responsabilité. Vous êtes payés pour faire les lois de la République. Il vous suffira de dégager, ici, en votre sein, un consensus permissif pour que les choses soient possibles entre vous», a-t-il déclaré, tout en faisant une observation et une suggestion à double titre.
Comme citoyen, il s’est dit troublé par le fait que dans le pays, la classe politique a toujours tendance à compliquer les choses simples. «La démocratie est une chose simple, elle suppose les débats contradictoires. C’est un régime dans lequel celui qui a un conseil à donner à l’Etat, se lève, avance et parle. Pourquoi vouloir compliquer les choses qui sont si naturelles? Jouissez-en de votre liberté, proposez les schémas qui seront obéissants. N’ayez pas peur, faites-le», a-t-il dit, en sa qualité de citoyen.
En sa qualité de député, Aimé Emmanuel Yoka a demandé au président de l’assemblée nationale d’ouvrir un débat sur les institutions actuelles. «Ce n’est pas une question juridique. C’est une question politique. Monsieur le président, je vous propose d’ouvrir ce débat, ici, pour que ce qui est indiqué par le député Tsaty-Mabiala comme un secret de Polichinelle devienne une évidence démocratique et républicaine», a-t-il fait savoir.
Dans sa réplique, Pascal Tsaty-Mabiala, d’habitude très coriace, s’est dit, plutôt, surpris du sens élevé de responsabilité du ministre d’Etat Yoka. Il s’attendait à «une volée de bois verts qui allait se terminer dans une foire d’empoigne». Finalement, «c’est une leçon de prudence insoupçonnée, parce que, connaissant un peu le ministre Yoka, je l’en félicite pour le débat qu’il a placé à ce niveau», a-t-il poursuivi et saisissant la perche tendue par le ministre d’Etat Yoka, il a dit: «J’ai suivi le ministre d’Etat demander de ne pas avoir peur. Eh oui, nous n’avons pas peur et c’est pour cela que nous posons ces problèmes au meilleur endroit du débat républicain. J’espère que le président de l’assemblée nationale a pris bonne note», a-t-il souligné.
Le premier secrétaire de l’U.pa.d.s s’est dit certain quant à la volonté du chef de l’Etat de changer la constitution. «Les faits, les petites phrases, même les non-dits nous amènent, aujourd’hui, à nous poser des questions, voire à conclure qu’il est, lui-même, finalement, favorable à cette modification de la constitution. Elle ne l’est pas encore, mais, peut-être, le point de départ de ce qui pourrait arriver demain dans le pays. Sinon, comment expliquer que le président de la République laisse parler ses ministres sans avoir reçu une mission expresse d’ameuter les sages et les notables pour dire, en fait, ce qu’eux-mêmes veulent dire? Ils ne sont pas capables de le dire au président en conseil des ministres. Alors, si le président ne les rappelle pas à l’ordre, moi à la place, je les aurais même virés du gouvernement, pour inconduite. C’est quand même des questions sur lesquelles on ne fait pas ce zèle-là. Voilà pourquoi la question est tellement délicate et sensible qu’il serait bon, pour les ministres du gouvernement, d’arrêter. Avant, c’était la Likouala, Dolisie, Hinda, la Sangha et après, c’est Sibiti et demain, je ne sais pas. Tout ça ne nous amène à rien. Il faut faire un débat républicain et contradictoire», a-t-il dit, comme pour appuyer le ministre d’Etat Yoka.
Face à l’exhortation du ministre d’Etat et à la préoccupation du député Pascal Tsaty-Mabiala, le président Justin Koumba a laissé entendre qu’il est du ressort des députés de faire que «l’hémicycle demeure le lieu approprié pour engager, de manière responsable et sans préjudice, le débat sur la constitution». Il a estimé que «toutes les velléités qui se font jour, çà et là, pour créer un désordre suite à la prise de position de certains sur la constitution devraient être maîtrisées avec rigueur». «La démocratie, c’est le débat contradictoire, sans violence», a-t-il rappelé.
Espérons vraiment que ce débat sur le changement de la constitution, qui suscite tant de passion, aura lieu à l’assemblée nationale.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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