Anniversaire des F.a.c (Forces armées congolaises) : La naissance des forces armées ou les grandes dates à retenir

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Le 22 juin 2011, les F.a.c (Forces armées congolaises) célèbrent leurs cinquante ans d’existence. C’est l’occasion, pour les anciens que nous sommes, de partager nos connaissances et nos souvenirs avec les plus jeunes. Cette évocation historique peut prendre la forme d’anecdotes que l’on qualifierait de témoignage (un mot très en vogue) ou, tout simplement, un rappel de dates et d’évènements. J’ai choisi la deuxième forme, d’autant plus qu’en 1986 déjà, je projetais d’écrire une histoire de l’A.p.n (Armée populaire nationale), pour deux raisons: la première, c’était le 20ème anniversaire de l’A.p.n;  la deuxième, je suis moi-même de la classe 66, comme l’indique mon matricule 2-66-1107, du moins pour les initiés. Aussi avais-je glané, à l’époque, quelques notes auprès de ceux qui étaient alors colonel Raymond Damase Ngollo, commandant Joseph Niombella-Mambula, capitaine Jean Michel Ollanghas et adjudant-chef Mbolo. J’ai aussi profité des travaux de thèse de D.e.a (Diplôme d’études approfondies) de mon ami et camarade d’armes, feu général Casimir Bouissa-Matoko, qui porte sur l’évolution de l’A.p.n. Je les remercie pour leur apport substantiel, même si, pour des raisons personnelles, je n’ai jamais pu écrire ce livre. Je suis particulièrement reconnaissant à Bouissa-Matoko pour ses nombreuses références datées. Car, il n’y a pas d’histoire sans dates. A l’époque, je m’intéressais, surtout, aux transformations subies par l’A.p.n, en deux décennies d’existence.

Aujourd’hui, pour cet article, j’ai consulté mes  notes. Mais, je voudrais, surtout, situer la naissance des F.a.c, les grandes dates à retenir, évoquer quelques personnages et figures emblématiques, pour donner goût aux jeunes d’aimer et d’approfondir l’histoire d’une institution qui a joué un rôle majeur dans la vie politique de notre pays. L’histoire, même quand elle est tronquée et subit l’emprise de la politique (via les corrections du ministère de la vérité), reste une discipline passionnante, car elle vous entraîne sur les traces des grands hommes et des évènements dont la signification échappe au moment T où ils se produisent. Napoléon Bonaparte écrivait, je cite: «Que mon fils lise et médite l’Histoire, c’est la seule véritable philosophie militaire».

L’histoire des F.a.c commence en 1960, avec la création de la première compagnie d’infanterie. Le 28 juillet 1960, en effet, en prévision de la proclamation de l’indépendance du Congo, le 15 août 1960, le Congo et la France ratifiaient les accords de transfert de compétences. Le Congo indépendant devait se doter d’une armée, un des attributs essentiels de souveraineté. Pour les nouvelles autorités congolaises, la création d’une armée répond au triple but suivant:

1- C’est une question de principe. Un Etat indépendant et souverain ne peut se passer d’une armée, symbole d’autonomie et affirmation de puissance (du moins lorsqu’il s’agit d’une véritable armée et non d’un instrument de parade. Car, comme l’écrit Moustapha Benchenane, dans son livre «Les armées africaines», Ed. Publisud, 1-983, je cite: «La dépendance dans laquelle se trouvent les armées africaines vis-à-vis de l’extérieur, pose le problème même de la souveraineté de ces Etats», fin de citation.

2- L’armée est une force de maintien d’ordre du troisième degré, après la police et la gendarmerie. Mais, le pouvoir est convaincu qu’on peut la déployer avec plus d’efficacité au premier degré. Les évènements de Dolisie (1958), Pointe-Noire (1956 et 1958) et Brazzaville (1956, 1957 et 1959) ont donné la preuve de cette nécessité et de l’opportunité de cet emploi.

3- L’armée, disciplinée et neutre, peut servir de creuset pour forger le nationalisme et le patriotisme du jeune Etat où il y a déjà eu des affrontements à caractère tribal et ethnique. C’est le lieu de brassage idéal de tous les Congolais, surtout les jeunes, pour consolider l’unité nationale, grâce à l’emploi du français comme langue nationale, par l’unification du mode de vie, l’uniformisation des coutumes et, surtout, l’affermissement de l’esprit de corps.

D’habitude, chez les militaires, le sentiment d’appartenir à un corps constitue un sentiment de solidarité et de camaraderie plus fort que la conscience ethnique et régionale. L’exemple de l’armée française où l’armée se présente comme neutre, apolitique et disciplinée fait penser que les officiers congolais seront de bonne moralité, intègres et capables de servir dans les fonctions administratives et techniques, voire accomplir des travaux d’utilité publique, pour le développement du pays.

Les F.a.c sont, donc, créées le 15 novembre 1960, à partir du 9ème bataillon d’infanterie de marine de l’armée coloniale française (9ème Bima). La première compagnie voit le jour le 16 novembre 1960 et est dotée de fusils Mas 36 et de P.m Mat 49. Elle est présentée au président de la République, M. l’abbé Fulbert Youlou, le 25 novembre 1960 et reçoit, officiellement, son fanion tel qu’il est encore aujourd’hui.

Le 16 janvier 1961, par la loi 16/61 portant organisation de la défense du territoire de la République du Congo et recrutement des Forces armées de la République, est institué le principe de la constitution d’une force armée, pour assurer la pleine souveraineté de la jeune République. Le 16 février 1961, c’est au tour de la gendarmerie de voir le jour. Elle est dotée du même armement que les F.a.c, mais en plus grande quantité.

Le 15 juin 1961, la deuxième compagnie est mise sur pied, à Pointe-Noire, au camp Genin (devenu camp du 31 juillet, sous la Révolution). Suivra la troisième compagnie, à Brazzaville, le 1er octobre 1961. Le premier bataillon congolais est créé, officiellement, le 18 juillet 1962, par décret 627. Ce qui entraîne, d’office, la dissolution du 9ème Bima.

Aux formations précitées, s’ajouteront, bientôt, une section de commandement et de services, avec comme unités: un détachement des transmissions, un détachement de santé, deux rames de transport, une section portée de mortiers de 81, quelques mitrailleuses. Plus tard, le 1er janvier 1963, la première escadrille aérienne disposant d’un avion DC 3, trois broussards, un hélicoptère Bell, et une unité de marine dotée d’un escorteur fluvial baptisé reine Ngalifourou.

Voilà pour les débuts de cette armée qui fête, cette année, son cinquantenaire. Ses premiers hommes proviennent de l’armée française. Ils ont été sous-officiers pour la plupart, simples soldats ou miliciens (mbulumbulus). Les sous-officiers vont devenir les officiers de la première génération. En attendant, ce sont les officiers français qui commandent cette armée, comme le lieutenant-colonel Jean qui assume les fonctions de chef d’état-major (C.e.m), le commandant Sarlat, qui commande l’escadrille aérienne; le capitaine Lefèbvre, commandant de la compagnie de commandement; le capitaine Villeneuve à la tête de l’intendance, le lieutenant Lothe, chef du détachement des transmissions; l’adjudant Rande, chef du service du matériel.

La première génération d’officiers est, donc, issue des sous-officiers de l’armée française. Parmi eux: Ebadep, Mizingou, Faudey, Poignet. Viennent, ensuite, une promotion de jeunes formés, pour la plupart, à l’école de troupe général Leclerc. Ils ont été sélectionnés par voie de concours et ont suivi une formation à l’école de formation des officiers des territoires d’outre-mer et de Madagascar (Efortom ou Efortdm). Ils allaient, ensuite, dans des écoles d’application, avec leurs homologues français. Les David Mountsaka, Félix Mouzabakani, Kiyindou, Alex Leckonza, Henri Ondoko, etc, appartiennent à cette deuxième génération.

La «congolisation» des cadres s’est poursuivie avec la troisième génération d’officiers formés à l’Ecole spéciale militaire interarmes (Esmia), avec Yhomby, Ngouabi et à l’école spéciale militaire (E.s.m de Saint-Cyr) avec Alfred Raoul, Louis-Sylvain Goma, Kimbouala-Kaya, ainsi qu’à l’école militaire de Cherchell, en Algérie, avec, entre autres, Sassou, Mboungou, Kikadidi, et à l’école de l’air, avec Aimé Gilles Portella.

C’est cette armée qui jouera un rôle de premier plan, en recueillant la démission du premier président de la République du Congo, le 15 août 1963. Elle tient, en effet, une place à part dans l’histoire du Congo. Sur six présidents de la République que le Congo a connus depuis l’indépendance, trois sont des militaires et des huit chefs d’Etat recensés, cinq sont issus de l’armée. Le 31 juillet 1968, après le mouvement insurrectionnel pour le réajustement de la Révolution, un Conseil national de la révolution (C.n.r), un organe à priori politique, fut créé le 5 août 1968. Sur les 41 membres qui le composent, on compte plusieurs militaires. Enfin, le 19 mars, après l’assassinat du président Marien Ngouabi, un Comité militaire du parti (C.m.p), composé de onze membres du P.c.t, tous officiers, devint l’instance suprême de l’Etat.

Après la Révolution des Trois glorieuses, pour mettre fin aux structures des Forces armées congolaises, incompatibles avec le socialisme, un groupe d’officiers «progressistes» se crée et, après deux journées d’études, en février 1965, propose la création d’une armée populaire. Cette idée rencontre d’abord l’opposition du président de la République, Alphonse Massamba-Débat, qui a déjà créé son armée politique: le Corps national de la défense civile (C.n.d.c ou D.c). Sous la pression des forces révolutionnaires, le M.n.r fait adopter, par l’assemblée nationale, un texte créant l’Armée populaire nationale (A.p.n). Celle-ci voit, officiellement, le jour le 22 juin 1966.

Tout au long de la période révolutionnaire, on disait de cette armée qu’elle était «le fer de lance de la révolution» ou «le bras principal du noyau» qu’était le Parti congolais du travail (P.c.t).

En avril 1966, les révolutionnaires ont pris le contrôle de cette armée, mais le commandement reste aux mains des «anciens de la coloniale», car le commandant Mountsaka a été remplacé par le chef de bataillon Damase Ebadep. L’engagement idéologique commence seulement à prendre de l’ampleur et la suprématie sur tout le reste.

Lorsqu’empêtré dans des contradictions internes au M.n.r, le président Massamba-Débat finit par démissionner, après le mouvement insurrectionnel du 31 juillet 1968, après un très court intérim, le commandant Ngouabi, nouveau guide de la Révolution, devient chef de l’Etat. Il déclare «qu’il ne faut pas voir en ce mouvement, des militaires qui se rebellent contre l’autorité civile, mais des militants révolutionnaires qui mettent en cause la légitimité d’une direction qui a failli à ses responsabilités».

Et le 20 septembre 1968, au cours d’une prise d’armes à la base aérienne de Maya-Maya, en tant que commandant-en-chef, le commandant Ngouabi prononce une allocution dans laquelle il prône la démocratisation de l’armée (ce texte a été repris presque intégralement dans son essai: «Soldat du peuple»). Il y donne les orientations générales sur les transformations à opérer dans l’armée. Il proclame: «Au reste, l’apolitisme de l’armée se trouve, aujourd’hui, dépassé. Pour vaincre, le soldat d’aujourd’hui ne peut se contenter d’un patriotisme classique sans contenu politique. Prétendre réduire l’armée à n’être qu’un agent d’exécution d’une politique à laquelle elle n’aurait point pris part constitue une dangereuse erreur. Un soldat et plus spécialement un soldat citoyen et militant d’un peuple réellement démocratique ne peut être ni mercenaire ni indifférent à la couleur du drapeau qu’il sert. Un militaire est un cadre de la nation et en ce sens, la politique comme d’autres domaines de la vie de notre pays ne doivent pas lui être fermés, au contraire».

Il existe même un budget spécial pour la démocratisation de l’armée. C’est le début d’une nouvelle aventure qui va mettre fin à l’apolitisme de l’armée, aux valeurs éthiques de moralité et d’intégrité, puisque tout est subordonné à l’allégeance politique. Il y aura d’abord la confrontation F.a.c/défense civile, puis les intégrations, les dissolutions, les exclusions et les épurations. Avec la transformation de l’armée en structure politico-militaire, tout bascule. Une note de la direction politique à l’armée, la fameuse «Note 3020» qui institue le commandement collégial, stipule que toutes les décisions sont prises de concert par le commandant d’unité, le président du parti et le président du comité révolutionnaire (C.r). En plus de la lutte idéologique, les antagonismes d’origine ethnique ou régionaliste font aussi leur apparition.

A partir des années 70, le recrutement du personnel féminin s’opère dans l’armée et la police. Ce qui constitue une véritable révolution dans les structures des forces régulières du pays. En 1974, après la tenue du colloque à l’armée, le premier et le dernier du genre, désormais, il faut être rouge, de préférence rouge et expert, ou tout au moins patriote quand on est officier, pour espérer assumer des fonctions de commandement. C’est aussi l’abandon du commandement collégial au profit du commandement unique.

De 1980 à 1992, la stabilité politique entraîne la stabilité dans l’armée. Mais, il faudra attendre le congrès extraordinaire du P.c.t, en 1989, puis la Conférence nationale souveraine, en 1991, pour que l’armée retrouve pleinement sa mission de défense de la nation et des frontières nationales, sans s’occuper de politique. Les effectifs actuels justifient pleinement la présence d’officiers généraux et des centaines d’officiers supérieurs.

En 50 ans, il s’est passé tellement de choses. Ce qu’écrivait Moustapha Benchenane (Les armées africaines, Publisud, 1983), s’est amplement vérifié, à savoir, je cite: «Les armées africaines sont le cœur et l’axe du pouvoir d’Etat. Elles sont la préfiguration et le noyau de la société de classe. Elles sont le lien privilégié de contradictions qui animent les sociétés africaines. L’armée en Afrique est le fait de puissance autour duquel se bâtit l’Etat et éventuellement la nation», fin de citation.

Voilà de quoi nourrir la curiosité intellectuelle des uns, rafraichir la mémoire des autres et faire rêver. D’aucuns penseront aux traditions militaires restaurées ou non. D’autres regretteront l’esprit de corps, d’abnégation et le sens élevé des valeurs morales des premiers soldats congolais. Je leur rappelle cette phrase de Paul Valery: «La véritable tradition, dans les grandes choses, n’est point de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait faire ces grandes choses et en ferait faire tant d’autres en d’autres temps».

Bonne fête aux F.a.c d’aujourd’hui.

Col (cr) Gustave ZOULA 
Mie 2-66-1107 
Ancien Chef de Corps et Comtrans (72-74)

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