Les «démocrates de circonstance» et les «démocrates de principes»

  • Imprimer
Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien 

Les «démocrates de circonstance», les Jacobins, et les «démocrates de principes», les Montagnards, au 18ème siècle, professaient des dogmes révolutionnaires contradictoires.  On doit ces deux expressions à Alphonse de Lamartine, à l’aube de la République naissante. La première désigne les ambitieux et les vaniteux égoïstes, «pleins de spéculations extravagantes»,  préoccupés par les dividendes qu’ils peuvent tirer de leur activisme.

Les «démocrates de circonstance» me font penser à ceux qui, hier, défendaient la Constitution de janvier 2002 et la jettent, aujourd’hui, aux orties; ils me font penser, aussi, à ceux qui la conspuaient et s’en font, désormais, les défenseurs zélés. Une imposture. Comment peut-on avoir le culot de défendre une constitution qu’on a clouée au pilori, quelques temps avant?
Les «démocrates de principes» désignent ceux qui, exempts d’ambitions personnelles, font de la République et de la démocratie, l’axe de leur démarche politique et mettent la vertu au centre de la politique, pour l’avènement d’une société fraternelle, juste et équitable. Ceux-ci, il faut les trouver, et ce n’est pas gagné d’avance.
Dans les mordantes invectives auxquelles on assiste depuis quelques semaines, s’illustrent quelques illuminés qui, dans leurs embardées, s’ingénient, dans leurs chaumières, là où tout le monde tâtonne, à pondre des constitutions. Une autre  imposture. Le ridicule ne tue pas dans ce pays.
Au fond, ces apprentis constitutionnalistes ignorent, simplement, que l’enjeu, aujourd’hui, n’est pas tant la Constitution que l’avènement d’une nouvelle République, d’un nouveau pacte républicain. Quelle République voulons-nous collectivement? C’est la question préjudicielle. La Constitution viendra codifier les règles de gouvernance de la nouvelle République, issue d’une réflexion collective intelligente. Et pour cela, nul besoin ni d’Etats généraux, ni de dialogues politiciens, toutes choses qui ont montré leurs limites. Ces forums ont, souvent, été réduits à une rhétorique comminatoire et imprécatoire.
La pensée de tout un peuple repose, quelques fois, dans quelques individus. Le ministre Aimé-Emmanuel Yoka, dans le cadre de ses  attributions, pourrait utilement réunir un «brain-trust», composé d’une trentaine de personnes du monde politique, ecclésiastique, associatif et de la société civile, triée sur le volet, qui réfléchirait sur une nouvelle République et dégagerait les grandes lignes d’une  nouvelle Constitution consensuelle. C’est ainsi que notre  présent politique, qui clôt une longue période d’expédients constitutionnels et de commotions collectives, débouchera sur l’avenir que nous imaginons pour notre pays, afin que règne la démocratie, le but final.
«Il y a, comme le dit Alphonse de Lamartine, des époques dans l’histoire du genre humain où les branches desséchées tombent de l’arbre de l’humanité, et où les institutions vieillies et épuisées s’affairent sur elles-mêmes, pour laisser place à une sève et à des institutions qui renouvellent les peuples, en rajeunissant les idées».

MFUMU
Journaliste