12ème anniversaire de la mort de Mgr Denys Moussavou: l’un des doyens des prêtres congolais (1905-1999) : «Opiniâtre et fidèle, il reste un pasteur modèle dans la mémoire collective»

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Pasteur infatigable, il est resté, jusqu’à la fin de sa vie, une des pierres vivantes de la jeune Eglise locale du Congo. Entré au séminaire contre Ie gré de ses parents, Ie jeune Denys a passé son temps de formation presque coupé des siens. Convaincu de sa vocation, il a accepté de poursuivre sa formation au Gabon suite au transfert du séminaire dans ce pays voisin. II a refusé d’aller dire au revoir à ses parents, de peur qu’ils l’empêchent de voyager. Ainsi, il est resté hors de son pays et loin de ses parents tout Ie temps de ses études.

II n’est rentré au Congo, que pour être ordonné prêtre par Mgr Henri Friteau, évêque de Pointe-Noire, Ie 30 mars 1939 à Pointe-Noire. C’était semble-t-il un vendéen venu en mission en terre africaine! Denys, qui était un des cinq premiers prêtres congolais du vicariat apostolique de Pointe-Noire, a commencé son ministère pastoral à Madingou. II est ensuite envoyé à Kimbenza puis à Pointe-Noire. En août 1960, Ie Congo devient un Etat indépendant. Le premier président de la République qui était, lui aussi prêtre congolais, Fulbert Youlou, lui propose de s’investir dans l’enseignement. C’est alors que Mgr Jean Baptiste Fauret, nouvel évêque de Pointe-Noire (1947) Ie nomme directeur de l’enseignement catholique du diocèse (1962-1965). Mais très tôt, tout s’arrête après la chute, par coup d’Etat, du premier président de la jeune République du Congo. En 1965, toutes les écoles sont nationalisées. L’abbé Denys est affecté à Mouyondzi où il s’investit de cœur dans la pastorale en milieu rural bembé pendant 22 ans. Bien que vivant avec des missionnaires spiritains, Ie jeune prêtre, n’avait pas droit à partager la même table avec ses confrères par respect, dira-t-on, des coutumes locales. II devait donc faire sa cuisine avec un autre frère congolais lui, religieux. Pour effectuer ses visites pastorales, il n’avait comme seuls moyens de déplacement: son courage, sa foi et ses pieds. En 22 ans de ministère, il a marqué plusieurs générations particulièrement la jeunesse qu’il a encadrée dans les mouvements de jeunes (Joc, Scouts,…) et dans la catéchèse. Le bembé était devenu sa troisième langue après Ie kugni et Ie français. II s’est adonné à la traduction des textes liturgiques en bembé. A 65 ans, au lieu de prendre sa retraite, de retour dans sa région natale, il a préféré, sur autorisation de son évêque, s’installer en 1970 à la paroisse Saint Paul de Dolisie, son pied-à-terre, pour desservir tous les villages kugni. Pasteur infatigable, en 365 jours de l’année, il passait près de 300 jours dans ces communautés chrétiennes rurales, pour annoncer la Bonne Nouvelle, emportant avec lui, en plus de son bréviaire, sa machine à écrire. Mangeant et buvant tout ce qu’on lui offrait. Avec Ie concours des catéchistes et responsables des C.e.b (Communauté ecclésiale de base), il a traduit en kugni, Ie missel romain. Aidé par quelques pasteurs de l’Eglise réformée, il a réussi à traduire toute la bible. Un travail colossal qui s’est échelonné sur plus de 10 ans. Pasteur opiniâtre et fidèle, il a fait construire des cases-chapelles dans plus de 20 villages. Tout Ie clergé congolais l’appelait «Doyen». Son engagement reconnu par tous, lui a valu un voyage à Rome en 1995. Cadeau que lui a offert la Conférence des évêques. Déjà, en 1989, sur sollicitation de son évêque d’alors: Mgr Ernest Kombo, il a reçu de Jean Paul II, la distinction honorifique de prélat. C’était à l’occasion de la célébration de ses 50 ans d’ordination sacerdotale. Homme de culture, au franc-parler, il était reconnu comme une bibliothèque vivante. En décembre 1998, alors qu’il était à sa 93ème année de naissance, il a été brutalement arraché à la vie, abandonné seul au presbytère sous Ie feu des balles et obus qui se sont abattus sur la ville de Dolisie, pendant la guerre civile. Ce sont des militaires qui I’ont enterré à la sauvette en janvier 1999. En 2001, tout l’épiscopat congolais, les prêtres, religieux, religieuses et les chrétiens, venus de divers horizons, ont fait son deuil après avoir exhumé ses restes mortuaires. IIs ont été ensuite enterrés dans la dignité après la célébration de la messe de sa sépulture. Depuis lors, Ie prélat, reste un pasteur modèle dans la mémoire collective du peuple de Dieu qui est au Congo.

Abbé Charles MABIALA-PAMBOU
Directeur spirituel aux grands séminaires (Brazzaville)

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