Rumeurs

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Nous sommes le pays des rumeurs. D’un bout à l’autre de nos principales villes, et surtout de Brazzaville, les rues ne sont que rumeurs. Telle une traînée de poudre, elles se répandent de Djiri à Madibou sans qu’on sache comment elles naissent, comment elles s’éteignent, même si nous pouvons deviner qu’elles s’alimentent au bouche-à-oreille dont nous sommes, tous, les maillons zélés. Qu’elles prennent corps au bout que chacun en saisit et en colporte.

 

Nous ne devrions pourtant pas nous en émerveiller outre mesure. Car notre rumeur n’est ni plus dévastatrice, ni plus élégante que celle qui naît ailleurs, dans d’autres pays. Partout où l’information est déficitaire, retenue, bridée, orientée et soumise aux aléas artificiels, la rumeur prospère. Il s’agit de corriger instinctivement les vides à combler, les absences, les vérités qui n’en sont pas.
Plus le citoyen aura l’impression de se faire manipuler, et plus il recourra de manière naturelle à se fabriquer sa propre vérité. Et comme l’esprit est friand de sensationnel, ce qui sortira minuscule à Djiri aura des proportions de géant à Madibou et vice-versa. Partout on tricote, on brode, on coud, on lacère et on recoud: une information banale finit par devenir une clameur nationale.
En gros, la rumeur prend les dimensions que nous voulons bien lui donner, même à notre corps défendant. Car il n’est pas sûr que toutes les informations colportées méritent l’attention que nous leur sur-accordons. Mais au pays de disette, même un grain de riz devient une pastèque énorme. Il faut bien tuer l’ennui ! Se donner de quoi s’occuper, puisque l’information est si rare. Et le Gouvernement est le premier responsable de cette situation !
En multipliant les démentis du genre: «Contrairement à ce que racontent les réseaux sociaux…», il donne à croire au citoyen que la «bonne» information est là-bas. D’autant qu’il ne viendra jamais au même Gouvernement de faire une communication du genre: «Oui, comme l’ont dit les réseaux sociaux, c’est vrai que…». Entre attendre un démenti ou une confirmation et rien que du très ordinaire, le citoyen a vite fait de courir à la source. De consulter les dernières croustillances des réseaux sociaux !
En principe, il n’existe pas de bonne ou de mauvaise information. Il n’existe qu’une bonne manière d’informer l’opinion, celle qui ne triture pas les faits et ne les dénature pas à des fins partisanes. Le citoyen est adulte; il sait faire la part des choses, trier par lui-même dans le flot de nouvelles qui le sollicitent; se faire, justement, sa propre opinion dans le fatras de nouvelles qui le prennent d’assaut chaque jour.
Ne pas le comprendre, c’est s’obliger à des démentis de chaque jour. Ou à de la propagande en continu, une variante non vertueuse. C’est une phase de notre vie de nation que nous avons connue dans un passé récent, il est peut-être temps que nous essayions l’autre versant de la médaille. La première nous a conduits aux guerres et aux violences, voyons si la deuxième peut faire de nous des citoyens plus responsables, mieux éclairés. Plus éloignés des atavismes guerriers.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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