Céphas Germain Ewangui, président de la Fecodho, sur la situation en Libye : «La recherche de bonnes solutions aux problèmes africains passe par notre propre autocritique»

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Kigali, la capitale du Rwanda, a abrité, du 7 au 8 novembre 2011, un atelier de suivi des recommandations de l'examen périodique universel du conseil des droits de l'homme, organisé par le haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, en partenariat avec le gouvernement rwandais, le P.n.u.d et le centre sous-régional pour les droits de l'homme et la démocratie en Afrique centrale, basé à Yaoundé (Cameroun). Avant de quitter Brazzaville, pour Kigali, Céphas Germain Ewangui, président de la Fecodho (Fédération congolaise des droits de l'homme), a bien voulu expliquer le but de cette réunion, tout en réagissant à la déclaration de la Caresco sur la Libye.

* Monsieur le président de la Fecodho, de quoi sera-t-il question à la réunion de Kigali?
**Il s'agit d'un atelier important qui vise le partage des informations et d'expériences concernant l'initiative instaurée par le conseil des droits de l'homme des Nations unies, à savoir: les examens périodiques universels dont la philosophie est d'inciter, d'encourager, d'accompagner les Etats à ne ménager aucun effort, pour créer les conditions propices à la promotion et à la protection des droits de l'homme.
Cet atelier regroupera, donc, les représentants des gouvernements, des institutions nationales des droits de l'homme, ainsi que les organisations de la société civile dont la vocation est de promouvoir les droits de l'homme. Il convient aussi de signaler que, outre le haut-commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme, il y a, aussi, le centre des Nations unies pour les droits de l'homme et la démocratie en Afrique centrale et le P.n.u.d qui sont impliqués dans l'organisation de cette rencontre.

* En tant que président de la principale plateforme des O.n.gs des droits de l'homme au Congo, peut-on savoir votre sentiment suite à la déclaration publiée par la Caresco, le 31 octobre dernier, dans laquelle elle marquait son étonnement face au silence déconcertant des O.n.gs des droits de l'homme au sujet de ce qu'elle a qualifié d'assassinat de l'ex-guide libyen?
** Déjà, pour la Fecodho, nous ne pouvons, pour l'instant, parler d'assassinat, puisqu'il y a des affirmations divergentes sur les circonstances de la mort de l'ex-guide libyen. Les Nations unies ont exigé une enquête. Les nouveaux dirigeants libyens n'y sont pas opposés. Pour les O.n.gs des droits de l'homme, il faut attendre les conclusions de l'enquête qu'on souhaite objective. Si les conclusions de cette enquête établissent qu'il y a eu assassinat et que, par la suite, aucune action judiciaire n'est engagée à l'encontre des auteurs, responsables, de ce fait, de la violation d'un certain nombre d'instruments juridiques des Nations unies, c'est à ce moment-là que les O.n.gs des droits de l'homme feront entendre leur voix, soit depuis les capitales africaines ou par d'autres organisations agissant plus efficacement sur la scène internationale.
* Pour vous, l'intervention de l'Otan en Libye ne constitue-t-elle pas une menace pour l'Afrique?
** Vous savez, il y a cinquante ans, depuis que nos pays sont indépendants, depuis que nous gérons, nous-mêmes, nos Etats. Les analyses sérieuses faites sur notre continent aboutissent à des approches de conclusions qui démontrent que l'Afrique n'est pas loin d'être agonisante. Monsieur Stephen Smith souligne, non sans arguments de taille, que le seul panafricanisme réellement existant, c'est celui de la douleur, des souffrances. L'accès à l'eau potable, à l'électricité, au logement, aux soins de qualité pour tous, bref, la situation des populations africaines n'est pas aisée, au regard des immenses ressources dont disposent nos Etats. Même les simples libertés publiques fondamentales qui sont les droits de l'homme les plus élémentaires ont été bafouées. C'est le cas en Libye, 42 ans durant, sous Kadhafi et bien ailleurs sur le continent.
Pour notre malheur, certains analystes affirment que c'est nous-mêmes, par notre complaisance, par notre cupidité, notre insouciance du bien commun, par notre irresponsabilité dans la gestion de la chose publique, oui, c'est nous-mêmes, les Africains, qui nous sommes érigés en ennemis de nous-mêmes. En bon journaliste, visitez un peu les chancelleries dans les pays africains et voyez là où bon nombre d'Africains vont chercher les visas: c'est pour aller dans les pays occidentaux, pour fuir la misère, les humiliations, les injustices de tous genres dans nos pays.
Pour nous, la recherche de bonnes solutions aux problèmes africains passe par notre propre autocritique, suivie d'une prise de conscience réelle et non d'une fuite en avant, en criant tous azimuts, à l'impérialisme, au colonialisme et au néo-colonialisme. Les peuples d'Afrique, comme ceux de tous les autres continents, aspirent à vivre dans un environnement où la jouissance pleine et entière des droits de l'homme et des libertés fondamentales est garantie. Si et seulement si les Occidentaux interviennent sur le continent, pour soutenir les aspirations des peuples à y accéder, franchement, les O.n.gs des droits de l'homme ne peuvent que s'en féliciter. Le cas de Hissène Habré est là pour démontrer notre incapacité à faire régner la justice et l'Etat de droit en Afrique, sans intervention extérieure.
Propos recueillis par

Joël NSONI

Informations supplémentaires